Depuis deux mois, une partie des eaux usées toulousaines se déverse directement dans la Garonne. La cause ? L'effondrement d'un important collecteur d'une capacité de plus de 100 000 habitants, comme l'a relaté Actu Toulouse, début mars.

Dans un premier temps, Asteo, une filiale de Suez exploitant l'assainissement pour le compte de Eau de Toulouse Métropole, a assuré à nos confrères que les rejets dans le fleuve avaient duré du 8 au 17 février, et qu'un système de pompage avait été mis en place par la suite.

Les rejets ont, semble-t-il, débuté bien plus tôt. « Je m'en suis ému dès la fin janvier. J'ai été alerté par les macro-déchets qu'on voyait passer dans le flux », assure à Mediacités Olivier Plasseraud, directeur de la fédération de pêche de Haute-Garonne. Interrogée sur ce point, l'entreprise Astéo assure désormais que « des moyens de pompage de secours » ont été installés dès le 3 février 2021.

Ce système de pompage s'est révélé insuffisant puisque les rejets se sont poursuivis en mars, comme l'a constaté encore une fois Actu Toulouse. Une quatrième pompe a donc été disposée. « Afin de sécuriser le dispositif, des équipements complémentaires de pompage ont été installés cette semaine et un second réseau temporaire de transfert des eaux usées est mis en place, confirme Eau de Toulouse Métropole à Mediacités. Ces équipements permettront, dans le courant de la semaine prochaine, de rediriger, par temps sec, la totalité des effluents vers la station d'épuration. »

D'après nos propres observations, le 25 mars, un filet d'eau marron s'écoulait encore dans la Garonne à quelques encablures du pont de Blagnac, au Sud du Parc des Ramiers. Nauséabond, le flux charriait des déchets de toutes sortes comme on peut le voir sur la photo ci-dessous.

Garonne Plastique 7
Le 25 mars, un flux d'eaux usées coulait encore directement dans la Garonne. / © Gael Cérez

Peu agréables pour les narines, ces eaux usées posent-elles un problème pour l'environnement ? Pas vraiment selon Eau de Toulouse Métropole qui estime qu'il n'y a pas de danger pour le fleuve en raison de leur dilution dans le fort débit de la Garonne. « Les volumes rejetés avant l'installation des moyens de pompage représentaient au maximum 0,2 % du volume de la Garonne. La qualité d'eau de la Garonne n'a pas été déclassée avec ces rejets momentanés et fait l'objet d'une surveillance régulière », assure l'entreprise.

« La dilution est bonne car cela s'est passé en période hivernale, avec une eau froide et en fin de crue, confirme Olivier Plasseraud, pour la fédération des pêcheurs de Haute-Garonne. L'été, en période d'étiage, cela aurait été catastrophique. Là, nous n'avons pas observé de mortalité de poissons. » Du côté de l'association France nature environnement (FNE), on est plus prudent. « On nous a dit que cela n'était pas trop grave selon les analyses, mais cela a pu polluer la nappe d'accompagnement en bordure du cours d'eau », s'inquiète Jean-Pierre Jenn, référent de l'association en Haute-Garonne sur cette question.

Des berges recouvertes de déchets

Si les excréments humains et le papier toilette charrié dans les eaux usées devraient être « digérés par l'écosystème », selon Olivier Plasseraud, les déchets non dégradables posent un problème plus délicat. Avec la décrue, « on observe des lingettes, des couches, des préservatifs et des emballages plastiques de protection féminine qui tapissent les fonds du fleuve et dans les branches des arbres. Les gens les jettent dans les toilettes par commodité », déplore l'hydrobiologiste. D'après Eau de Toulouse Métropole, environ 700 tonnes de lingettes, cotons-tiges, masques et produits hygiéniques sont jetées dans les eaux usées par an à Toulouse. Filtrés par le système d'épuration, ces déchets sont incinérés. 

Garonne Plastique 3
Une boue malodorante tapisse les berges tandis que les déchets plastiques restent accrochés aux branches. / © Gael Cérez

Une simple balade le long des berges de la Garonne permet de saisir l'ampleur de la pollution. À proximité du conduit dont s'écoulent les eaux usées, les arbustes sont tapissés de déchets.

Garonne Plastique 2
C'est le printemps. Les arbres bourgeonnent malgré les déchets. / © Gael Cérez

Garonne Plastique 5
/ © Gael Cérez

La pollution - vraisemblablement liée à ces eaux usées - est importante sur plus d'un kilomètre, avant de diminuer progressivement en densité. À deux kilomètres du lieu de rejet, d'autres types de déchets - plus classiques - pendent dans la végétation.

Garonne Plastique 6(1)
Un drapeau tricolore, charrié par la crue, s'est pris dans les branchages, en aval de Toulouse. / © Gael Cérez

Garonne Plastique 6
Des déchets plastiques "décorent" un arbuste poussant dans le lit du fleuve, à deux kilomètres environ en aval du pont de Blagnac. / © Gael Cérez

Plusieurs solutions de nettoyage des berges seraient à l'étude, mais impossible d'en chiffrer le coût à l'heure actuelle. « Il va falloir les collecter à la main, car sous l’effet des ultraviolets et des crues, ces plastiques vont se fragmenter en microparticules qui vont finir dans l’océan et, à long terme, dans la chaîne alimentaire », prévient Olivier Plasseraud. De son côté, FNE étudie la possibilité de porter plainte au titre du délit de pollution des eaux.