Le Cric, une association d’aide à l’insertion des personnes handicapées à la dérive

Valse des managers et des formateurs, difficultés de communication, arrêts maladie à répétition... Cette institution régionale du secteur du handicap serait devenue "un lieu maltraitant" selon de nombreux salariés interrogés par Mediacités. La qualité même des formations est aussi dénoncée par des stagiaires handicapés. Mais malgré des risques psycho-sociaux avérés, rien ne bouge dans cette structure biberonnée aux fonds publics.

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Illustration GC

Dans le paysage de l'insertion professionnelle et sociale des personnes handicapées, le Centre de rééducation pour les invalides civils (Cric) est incontournable à Toulouse. Le fonctionnement de cette institution vieille de soixante-dix ans est pourtant régulièrement remis en cause par ses salariés et ses usagers depuis quelques années. Ces dernières semaines, le malaise est encore monté d’un cran dans cet établissement et service de réadaptation professionnelle (ESRP), financé à hauteur de près de 10 millions d’euros par des fonds publics.

Le 16 août, une petite trentaine de salariés ont débrayé en cette journée de rentrée de leurs apprenants. La raison ? Ce jour-là, Stéphane Viguier, alors numéro 2 de l'association, était convoqué pour un entretien préalable à son licenciement. Il sera licencié quelques jours plus tard pour faute grave, après seulement treize mois de présence. Son tort ? Avoir dénoncé les dysfonctionnements et l’absence de projet d’établissement. Il était le quatrième responsable d'activité du Cric en deux ans.

Stéphane Viguier n’est pas le seul à avoir alerté - en vain - sur les problèmes d’organisation, en le payant au prix de son poste. Ce même 16 août, Cécile D. débute comme formatrice de la section Conseiller d’insertion professionnelle (CIP). « Comme la formatrice est partie brutalement, ils m’ont appelée à la rescousse alors que je devais embaucher plus tard sur un autre poste. Les apprenants sont venus me chercher dans la cour et m’ont prévenue qu’il y avait une grève. Les collègues grévistes m’ont demandé de suivre leur combat, mais je ne pouvais pas me positionner contre la direction alors que je venais d’arriver. Je voulais surtout protéger mes stagiaires, qui sont des gens cassés, avec des pathologies lourdes », raconte la cadre.

« L’équipe est en détresse. Je n’imaginais pas ça en arrivant dans un établissement médico-social, surtout un ESRP »

Cécile D., une formatrice du Cric
La formatrice se démène pendant plus d’un mois pour dispenser ses cours sans accompagnement malgré plusieurs sollicitations, notamment auprès du nouveau directeur d’activités. « Les apprenants n’avaient pas été évalués une seule fois depuis janvier. Je devais travailler quinze heures par jour car il me fallait tout construire pour mes cours », explique la cadre de 53 ans, elle-même reconnue travailleuse handicapée à cause d’une maladie dégénérative des bronches.

Désemparée, Cécile alerte une énième fois sur sa fatigue et celle de ses apprenants, expliquant qu’elle souhaite consulter la médecine du travail « pour pouvoir rester en télétravail pendant la période de stage à venir ». Lorsqu’elle est enfin reçue par son supérieur, le 27 septembre, ce dernier lui tend une lettre de fin de période d’essai. « Ils ont écrit que je n’avais pas donné satisfaction sans savoir m’expliquer pourquoi, s'émeut Cécile D., encore sous le choc et inquiète pour ses collègues. L’équipe est en détresse. Je n’imaginais pas ça en arrivant dans un établissement médico-social, surtout un ESRP. »

« Ce lieu est maltraitant », renchérit Christine Ginibre, elle aussi licenciée pour faute grave, le 22 août, trois mois à peine après son entrée en fonction. Recrutée comme référente de la formation [annexe link="PEPS . . .

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Temps de lecture : 10 minutes

Par Armelle Parion