À l’université, la lutte contre les violences sexuelles reste un sport de combat

À l’université Jean-Jaurès de Toulouse, une récente accusation de harcèlement révèle les obstacles dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles : poids des structures hiérarchiques, importance des enjeux de pouvoir, œillères corporatistes et division du travail défavorable aux femmes.

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Le campus de l’université Jean-Jaurès. / © Kuremu Sakura

Septembre 2019. B.*, doctorante en anthropologie et enseignante vacataire à l’université Toulouse Jean-Jaurès (UT2J), se trouve dans le bureau de Y.*, son directeur de thèse qui a toujours « survalorisé » son travail.

Ce jour-là, « il m’a dit que mon travail était de la merde […]. J’ai pleuré, je me suis effondrée devant lui. Il m’a dit qu’on n’était pas au bureau des pleurs. Mon cerveau s’est éteint », raconte-t-elle à Mediapart, trois ans plus tard, encore éprouvée par la violence de cet échange.

B.* est toujours doctorante et a changé de directeur de thèse. Y.*, récemment parti à la retraite, a décroché l’éméritat – un titre honorifique qui permet de poursuivre certains travaux scientifiques.  

Au printemps 2020, la présidente de l’UT2J, Emmanuelle Garnier, s’est vu remettre un dossier comportant plusieurs témoignages mettant en cause ce professeur. Il émanait de la Cellule de lutte, d’information et de prévention du harcèlement sexuel (Cliphas) de l’établissement. La présidente a pourtant choisi de ne pas saisir la commission disciplinaire.

Contactée par Mediapart, Emmanuelle Garnier n’a pas souhaité s’exprimer, réaffirmant « son engagement dans la lutte contre les VSS [violences sexistes et sexuelles – NDLR] ». Les 31 janvier et 1er février, l’UT2J renouvellera ses instances de direction et la présidente sortante est candidate (SGEN-CFDT) à sa réélection.
Un cas emblématique
Le cas de Y.* est emblématique des tensions au sein des communautés universitaires face aux accusations de violences sexistes et sexuelles. Cinq ans après l’instauration de cellules dédiées, de nombreux obstacles structurels perdurent. 

Entre 2014 et 2019, ce professeur des universités aurait instauré avec B.* une relation sortant des clous d’un rapport « normal » encadrant-doctorante. Proposition, selon elle, de lui payer un téléphone, son loyer ou de faire d’elle son « héritière », invitations réitérées, comme en attestent des mails que Mediapart a pu consulter, à venir travailler, seule avec lui, dans sa résidence secondaire, propos sur sa « beauté »… Y. aurait également eu un geste déplacé. Le jour où il apprend que B.* a un petit ami, son encadrant aurait changé de ton et serait devenu « blessant ». Jusqu’à l’entretien ravageur de septembre 2019.

Contacté par Mediapart, Y.*, fait savoir par la voix de son avocate toulousaine que « ces accusations particulièrement graves […] n’ont à ce jour justifié d’aucune plainte, ni de la mise en œuvre d . . .

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Publié le

Temps de lecture : 8 minutes

Par Emmanuel Riondé (Mediapart)