Avec ses 13 000 habitants et habitantes, la ville de Graulhet cocherait toutes les cases pour figurer au tableau de chasse du RN.
Naguère capitale industrielle du cuir, elle a perdu son poumon économique quand la production est partie en Asie ou a été remplacée par des produits de la pétrochimie. La commune est aujourd’hui parmi les plus démunies du Tarn et affiche un taux de pauvreté de 26 % en 2023. Plus de 3 000 Graulhétois et Graulhétoises vivent dans le quartier prioritaire Crins – En Gach, où ce taux grimpe à 43 %. On ne compte plus que 3 % de cadres sup” dans la population active (10,7 % au niveau national), et la part d’adultes sans diplôme est de 33 % (24 % en France).
Malgré quelques rues commerçantes et des aménagements récents, comme la passerelle et le nouveau cinéma autour du parc Millet, l’impression globale en traversant la ville est celle d’une commune sinistrée. De nombreuses vitrines abandonnées, des rues ou des trottoirs défoncés, un ancien hôpital en friche. Des services publics ont fermé, depuis la maternité en 1987 jusqu’à la trésorerie en 2021. La population hérite d’une agence France services, qui sert de (maigre) point‐relais pour les administrations. Ces deux dernières années, quatre classes de primaire ont été supprimées et, pour pousser le bouchon, une école a fermé récemment pour risque d’effondrement.
Un territoire sinistré
Rencontrée au café le Kanterbrau, fief du Sporting club graulhetois qui faisait jadis partie de l’élite rugbystique, Céline revient sur la « chute » de l’industrie : « On n’imaginait pas que ça allait s’effondrer comme ça. C’était la capitale mondiale du cuir de peaux, il y avait 185 mégisseries. Avant, le maire avait son siège, mais c’était les patrons qui décidaient. Ces familles ont pris l’argent et se sont barrées ailleurs. Il y avait trois marchés énormes, des magasins, et ça a fermé, ça a fermé… Les jeunes sont partis et c’est devenu une ville dortoir ».
Tayeb, le tenancier du bar, soutient que Graulhet « c’était de gauche tant que c’était une ville ouvrière… » Lui est un peu nostalgique de ce passé, de son ancien bar « La place du peuple » et du rugby populaire : « À l’époque les joueurs ne cherchaient pas l’argent, c’était pour le maillot ».
Il déplore aussi la fermeture récente de la piscine par manque d’entretien : « Ils l’ont abandonnée, et ils l’ont fermée… une piscine olympique ! Alors que Aznar [le maire sortant] était directeur de cette piscine pendant onze ans, pourquoi il n’a rien vu ? On était connus pour le sport [rugby et natation] et le travail, on a perdu les deux ! »
Du côté de l’accès aux soins, « c’est une cata », selon Chloé, orthophoniste. « Les gens sont laissés pour compte. L’hôpital n’a qu’un service de soins de suite et de réadaptation, et la gériatrie ; il n’y pas d’urgence, pas de chirurgie. Il y a quand même trois médecins, mais ils sont débordés et sans moyens. »
Le groupe médical public a fermé en 2020, et, même si la mairie a initié une maison de santé, « les gens ont du mal à avoir un généraliste, alors certains vont jusque Albi », à 30 kilomètres. « Ça suscite des colères, déplore le candidat LFI Jean‐Marie Vigny. Ces gens éloignés de tous ces services publics, ils ne trouvent pas à qui parler, car on n’a plus les étendues politiques et sociologiques du PC des années 1970, avec les cellules …