Grégory Doucet, maire de Lyon : « Je ne reconnais pas mon pays »

À la tête de la plus grande ville écologiste du pays, l’élu de 53 ans appelle, dans une interview accordée à notre partenaire Mediapart, à se saisir de l’élection présidentielle pour offrir un débouché aux mobilisations en cours et combattre la progression « délirante » du racisme dans la société.

Le maire de Lyon Grégory Doucet (Les Ecologistes). Photo : N.Barriquand/Mediacités.

Une déambulation fasciste le 19 octobre ; un rassemblement d’un groupuscule suprémaciste le 31 octobre, pour protester contre la venue – finalement reportée – du député insoumis Raphaël Arnault. Près de neuf mois après la mort du militant néonazi Quentin Deranque à la suite d’une rixe avec des groupes antifascistes, le climat politique ne s’est pas franchement apaisé à Lyon, où l’extrême droite radicale est bien implantée.

La troisième ville de France a pourtant, elle aussi, vu se propager l’onde de la mobilisation de la jeunesse, des manifestations contre la vie chère et des appels au sursaut antiraciste qui ont suivi l’attentat de Trappes et de La Verrière (Yvelines). Son maire écologiste, Grégory Doucet, livre à Mediapart son regard sur le moment que traverse le pays, dans un mélange d’angoisse et d’enthousiasme.

Réélu en mars 2026 face à l’homme d’affaires Jean‐Michel Aulas, que tous les sondages annonçaient comme favori, l’ancien travailleur humanitaire défend le pouvoir d’agir des élus locaux, menacé par de nouvelles restrictions budgétaires de l’État. À cinq mois de l’élection présidentielle, il réaffirme par ailleurs son soutien à Marine Tondelier et appelle à se projeter… sur les législatives qui suivront.

« Mediapart » : En tant que maire de Lyon, vous êtes bien placé pour témoigner de la diffusion des idées d’extrême droite dans le pays. Encore le 19 octobre, ils étaient plus d’une centaine à scander dans votre ville « Remigration ! » et d’autres slogans nationalistes. Que faire ?

Grégory Doucet : J’attends un traitement sans équivoque de l’ultradroite. Dans ce pays, l’incitation à la haine est un délit. Donc les voyous qui sont allés scander des slogans racistes en pleine ville méritent d’être attrapés et condamnés. Je ne suis pas passif face à cela. Quand certains d’entre eux ont voulu aller au contact des manifestants le week‐end suivant, avec l’intention d’en découdre, c’est la police municipale qui, grâce à notre réseau de vidéosurveillance, les a coursés pour les dégager du centre‐ville. 

L’attentat de Trappes est une parfaite illustration de l’évolution d’une société où les uns et les autres ont le sentiment qu’ils sont légitimes à aller au combat. À force d’entendre des horreurs racistes, à la télévision ou à la radio, matin, midi et soir, certains se disent qu’il faut agir. Ils prennent un fusil à pompe et décident d’aller faire les justiciers eux‐mêmes. C’est abominable. Je suis fondamentalement …

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Publié le

Temps de lecture : 9 minutes

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Par Sarah Benhaïda et Ilyes Ramdani (Mediapart)