Mediacités a dévoilé les critiques d'un rapport confidentiel de la Chambre régionale des comptes sur le coût du déménagement du siège de la Métropole de Lille dans l'immeuble du Biotope. Nous avons proposé à Alain Bernard, vice-président chargé des finances à la MEL, de réagir. Il a accepté le 16 janvier de répondre à nos questions dans des conditions… un peu particulières : il a tenu à enregistrer cet entretien téléphonique. Nous publions cette interview sans aucune reformulation, en dehors de quelques scories propres à l’oral. Certains passages redondants ont été coupés pour ne pas alourdir le propos : ils sont signalés comme tels par des crochets. Les précisions apportées par le directeur général adjoint aux finances au cours de l’entretien sont également signalées.

https://www.mediacites.fr/enquete/lille/2020/01/17/la-chambre-regionale-des-comptes-dezingue-le-choix-du-nouveau-siege-de-la-mel/

Puisque vous souhaitez enregistrer cette conversation, je vous enregistre également, si cela ne vous ennuie pas.

Vous savez, comme c’est un sujet susceptible d’être taxé de délit par rapport aux procédures habituelles de la Chambre régionale des comptes, nous on prend nos précautions. On ne veut pas après être taxé d’entrave ou de contournement de ces procédures tellement sérieuses.

Mes questions portent bien sûr sur le contenu du rapport. Nous allons voir comment procéder dans ces conditions.

Je ne pourrai pas faire référence au rapport. Moi, je veux bien vous apporter quelques réponses. Sachez d’abord en premier lieu je suis totalement serein. C’est un sujet qui n’a pas lieu d’être parce qu’il y a une décision qui a été prise à une très forte majorité (je pense que c’était 88 % au niveau du conseil). Cela a donné lieu à une mission d’information et d’évaluation qui a été très pointue dans sa démarche et qui a été pilotée par un éminent spécialiste du droit et des finances. Les conclusions ont été claires : la décision que la MEL avait prise concernant le siège se justifient financièrement et par rapport aux procédures. […]

Sur le plan financier, la Chambre régionale des comptes conteste l’analyse financière qu’a fait la MEL concernant le coût de cette location du Biotope par rapport à la reconstruction d’une tour sur le site actuel. Les magistrats estiment le surcoût à 41,7 millions d'euros sur 36 ans. Que pensez-vous de ces calculs ?

Je vous renvoie encore une fois à la mission d’information et d’évaluation [MIE], dont le rapport est public et a été présenté en conseil métropolitain. La grande différence, c’est que la MEL n’a jamais travaillé sur 36 ans. Les études ont porté sur une période qui est liée au bail de 18 ans. Refaites les calculs en prenant cette jauge de 18 ans et vous verrez qu’il n’y a pas photo : l’avantage économique pour la MEL est énorme. On l’avait chiffré dans la MIE à 62 millions d'euros sur 18 ans. Je suis prêt à vous le démontrer quand vous voulez à partir des documents étudiés par la mission d’information et d’évaluation.

Que pensez-vous de la durée de 36 ans qui correspond selon la Chambre à la durée d’occupation standard d’un bâtiment public ?

No comment ! Vous savez, c’est une opportunité que l’on a saisie par rapport à la criante nécessité de changer de siège, trop petit, vétuste, très consommateur d’énergie. Et il y avait un problème de structure même du bâtiment. Il y a eu cette opportunité que l’on a saisie. On a repris le bail sur 18 ans. […]

Deuxième point dans le rapport, les conditions contenues dans le « bail investisseur » signé par la MEL. Ce qui pose problème à la CRC, c’est la prise en charge de l’entretien et des réparations pendant ces 18 ans par la MEL, ainsi que l’impossibilité de résilier le bail.

Je pense que le bail a été extrapolé à partir du bail qui était prévu par l’Agence européenne du médicament. J’imagine qu’à ce niveau européen tous les spécialistes fiscalistes et juridiques peuvent éplucher ce bail. Pour moi, il n’y a pas de souci majeur.

[Alain Bernard donne la parole au DGA finances, Romain Roguet :] C’est la reprise des conditions du bail qui avaient été négocié par l’Etat pour l’Agence européenne du médicament. Il y a bien eu cette vérification de leur part. Nous avons déjà ces clauses dans au moins un autre bâtiment dans un bail de 2003 [le bâtiment Euralliance juste à côté du siège de la métropole]. On ne commente pas le rapport mais on vous invite à vérifier si c’est si inhabituel que ça.

Un autre point concerne la date du vote de la location du Biotope, le 23 février. D’après le rapport, c’est problématique puisque la décision avait déjà été prise auparavant. Qu’en pensez-vous ?

[Alain Bernard reprend la parole : ] A priori non. Les décisions ne sont effectives qu’à partir du moment où on a le vote en conseil. Le vote est intervenu le 23 février. Il peut y avoir des discussions. En tout cas, il n’y a pas eu d’anticipation de la décision.

Selon la Chambre, « la MEL s’est engagée de manière irréversible par arrêté en janvier 2018 dans l’acceptation d’un bail d’une durée de 18 ans ». C’est cette date de janvier 2018 qui paraît poser un problème.

Comprenez bien qu’on ne fait pas référence au rapport. Là-dessus, je confirme ce que je vous ai dit sur la décision du conseil métropolitain qui est effective et qui est valable.
[Romain Roguet complète le propos :] Vous pouvez reprendre la hiérarchie des normes et vous verrez bien que la décision d’un conseil prime sur toute autre décision dans une assemblée.

Dernier point sur le rapport, le Biotope est trop petit pour les 1 800 agents de la MEL, ce qui vous oblige à envisager...

[Alain Bernard reprend la parole : ] Absolument pas ! C’est une cabale. J’ai déjà eu l’occasion de répondre à la presse et de rencontrer les syndicats pour leur certifier. Les syndicats annoncent 5 mètres carrés par individu. On est dans nos calculs à 10 mètres carrés, c’est-à-dire tout à fait conforme à la réglementation sur les conditions de travail. Il faut savoir qu’il y a deux bâtiments dans le futur siège : le Biotope qui se termine et un bâtiment complémentaire qui nous permettra de rapatrier le reste des personnels qui sont actuellement dans des surfaces louées. Mais il n’y a aucun souci. Je pense que vous comprendrez facilement qu’on ne va pas acquérir un bâtiment trop petit, ça serait un non-sens. Il y aura des évolutions dans la façon de travailler en équipe, avec des surfaces dédiées au travail personnel. Donc c’est un mix de travail en collectif et de travail individuel. D’ailleurs on organisera bientôt une visite du Biotope, vous pourrez vous en apercevoir, c’est vachement bien étudié. On n’a aucune crainte. C’est une fake news de dire que le Biotope est trop petit. Ce n’est pas vrai.

Le Biotope 1 en construction va accueillir 1 400 agents alors qu’il faut loger 1 800 agents dans les services...

On est près de 3 000 dans 90 locaux qui appartiennent à la MEL. On a du personnel un peu partout. Croyez-moi, il n’y a pas de souci de surpopulation pour le Biotope dans le bâtiment 1.

À terme, l’idée c’est quand même bien de rapatrier 1 800 agents sur ce site Biotope 1 et 2.

Le temps de construire le deuxième bâtiment, ça nous permettra d’accueillir tout le monde et de regrouper tout le monde sous le même toit. Le premier satisfait sera le personnel qui aura des conditions de travail uniques. Objectivement, c’est le plus beau bâtiment, le plus fonctionnel au nord de Paris. Il n’y a pas d’équivalent en France puisque cela a été construit avec des normes très strictes qui correspondaient aux attentes de l’Agence européenne du médicament. C’est quelque chose qui économiquement, fonctionnellement, au niveau des conditions de travail, écologiquement, va répondre à toutes les attentes.

Vous m’avez dit tout à l’heure [au moment de prendre rendez-vous] que vous trouviez que cette affaire était montée dans un cadre politique. A quoi pensez-vous ?

À rien de particulier. Simplement, je m’étonne que par rapport à une procédure qui est très connue, très stricte, que ça sorte juste à quelques semaines des élections. J’ai de la suspicion, disons. Par rapport à personne en particulier. Mais je m’interroge. Il n’y a pas que moi : le président de la Chambre régionale des comptes s’interroge aussi sur cette divulgation prématurée. On sera prêt à en débattre une fois que ce sera passé en conseil et que ce sera publié officiellement.