Presse et politiques : « La connivence est beaucoup plus tolérée en France »

Alexis Lévrier, maître de conférences à l’Université de Reims, enseignant à Sciences Po et historien du journalisme, a publié en octobre 2016 "Le Contact et la distance", un essai sur la porosité entre presse et pouvoir. Pour Mediacités, il décrypte l’histoire de cette endogamie très française.

SIPA-LaurenceHaim-1000
Pendant la campagne présidentielle, Laurence Haïm, ex-journaliste à I-Télé, a rejoint l'équipe d'Emmanuel Macron (photo : Sipa).

Le titre de votre livre reprend une phrase célèbre du fondateur du journal Le Monde, Hubert Beuve‐Méry : « le journalisme, c’est le contact et la distance ». Il ajoutait : « Les deux sont nécessaires. Tantôt il y a trop de contact et pas assez de distance. Tantôt, c’est l’inverse. Un équilibre difficile. ». Cet équilibre est‐il encore plus difficile à trouver en dehors de Paris ?

Je n’ai pas travaillé au niveau local, mais j’ai eu des échos, notamment parce que je suis intervenu auprès de responsables de médias locaux. Eux‐mêmes me disaient que cet équilibre est plus difficile en province parce qu’ils sont tributaires du pouvoir local, notamment pour enquêter. Il y a aussi une très forte pression économique. Et par ailleurs, les médias locaux sont très peu diversifiés. Il y a souvent, et c’est le cas à Lyon avec Le Progrès, un seul quotidien. Le manque de diversité fait qu’il est extrêmement compliqué de trouver les moyens de l’indépendance.

Vous écrivez que contrairement aux croyances, la France n’est pas vraiment le pays de la liberté d’expression. Que cette porosité entre presse et pouvoir existe depuis la Révolution, voire l’Ancien Régime. Vous citez Emile de Girardin, grand patron de presse français, qui a été l’un des premiers à être dans cette proximité avec le monde politique.

C’était le « Napoléon de la presse » comme on l’appelait. C’est vraiment lui qui est à l’origine de la naissance de la presse contemporaine et populaire, en 1836 avec le journal La Presse. Mais Emile de Girardin est aussi un homme politique. Il a été député sous trois régimes politiques différents. On est déjà à l’époque dans l’idée d’une proximité totalement acceptée entre ces deux mondes. Tocqueville, avec qui je conclus mon livre, donne une clé d’interprétation qui me semble très juste : il explique que …

Nous vous offrons l’accès à cet article

Profitez de deux jours pour lire cet article et parcourir tous nos autres contenus :

En renseignant votre adresse e‑mail, vous acceptez nos conditions générales d’utilisation.
Mediacités s’engage à ne pas céder votre adresse e‑mail à des tiers. En cas d’échec, écrivez à contact@mediacites.fr
  • J’accède aux 4 éditions de Mediacités (Lille, Lyon, Nantes et Toulouse)
  • Je découvre un média 100 % indépendant, avec 0 % de publicité

Notre survie dépendra de vous

Un journal local, sans pub, qui enquête chaque semaine sur les pouvoirs locaux en toute indépendance. Voilà ce que propose Mediacités. Voilà ce que vous pouvez sauver en prenant ce [contre] pouvoir. Abonnez‐vous aujourd’hui, et faites la différence. 

Notre survie dépend de vous

Un journal local, sans pub, qui enquête chaque semaine sur les pouvoirs locaux en toute indépendance. Voilà ce que propose Mediacités. Voilà ce que vous pouvez sauver en prenant ce [contre] pouvoir. Abonnez‐vous aujourd’hui, et faites la différence.
Je m’abonne

  • J’accède aux 4 éditions de Mediacités (Lille, Lyon, Nantes et Toulouse)
  • Je soutiens un média 100 % indépendant, avec 0 % de publicité
  • J’empêche les pouvoirs locaux de gouverner en rond
  • Je peux résilier mon abonnement à tout moment et facilement

Publié le

Modifié le

Temps de lecture : 6 minutes

Favorite

Propos recueillis par Mathieu Martiniere