La gentrification – qui tend à uniformiser les grandes villes, des logements à la sociologie en passant par les espaces publics ou les commerces -, n’est pas qu’une affaire de responsabilités individuelles. Au-delà des choix et des modes de vie de certains gentrifieurs que Mediacités scrute pour son enquête collaborative #DansMaVille, l’auteure de « Paris sans le peuple », Anne Clerval, met en lumière et insiste sur le rôle des pouvoirs publics. Faute entre autres de réelle politique de régulation du marché immobilier, les décideurs nationaux comme locaux se feraient en quelque sorte les complices du système capitaliste, dont les mutations relèguent progressivement les classes populaires en périphérie. Entretien.   

Ces dernières décennies, New York, Montréal, Amsterdam, Londres, Paris, mais aussi Lyon ou Nantes ont changé à la fois de visages et d’habitants. Cette recomposition en cours des grandes villes est-elle un phénomène naturel ?

La désindustrialisation du cœur des grandes villes et de leurs proches banlieues, puis la concentration des activités tertiaires stratégiques en leur sein, ne sont pas des évolutions « naturelles » du capitalisme. Les changements sociaux n’ont jamais rien de « naturel ». C’est le résultat de choix politiques, ici nationaux et internationaux bien plus que locaux, au demeurant.

Depuis la fin des années 1970, les politiques néolibérales en faveur du libre-échange et de la mondialisation financière, qui continuent de s’accentuer aujourd’hui, ont produit une nouvelle division internationale du travail. En France, cette restructuration de l’économie mondiale est notamment à l’origine de la métropolisation, et donc de la concentration croissante de groupes sociaux très diplômés, à fort capital culturel, dans les grandes villes   

Pour autant, les grandes villes ne se sont pas toutes transformées en enclaves bourgeoises peuplées uniquement de cadres, de startuppers ou d’ingénieurs…

Si de nombreux emplois d’ouvriers ont été détruits au niveau local, les classes populaires n’ont en effet pas disparu des villes. Parmi les anciens ouvriers, certains sont à la retraite, d’autres au chômage, tandis qu’une partie s’est reconvertie vers des emplois tertiaires souvent précaires, moins protecteurs et moins bien rémunérés.

Pourtant, ceux-ci sont progressivement chassés des quartiers anciens du centre et des banlieues situées à proximité vers la périphérie. Et . . .

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