Vous organisez le 4 juin à L’Union, en banlieue nord de Toulouse, un colloque scientifique sur l'infertilité. Son titre, particulièrement accrocheur (« Y aura-t-il encore des petits Occitans en 2040 ? »), résonne comme un cri d’alarme. La situation est-elle grave à ce point ?               

Selon une étude de Santé Publique France dirigée par Joëlle Le Moal, datée de 2014, une diminution globale de la concentration des spermatozoïdes et leur morphologie a été observée entre 1989 et 2005 chez 26 609 hommes. C’est le plus grand échantillon jamais utilisé pour étudier les tendances de la qualité du sperme. Que nous dit cette étude ? Que la concentration de spermatozoïdes a diminué dans presque toutes les régions de France. Plus encore en Aquitaine et en Midi-Pyrénées, les deux régions les plus touchées. Cette étude est sortie il y a quatre ans. Elle constitue un sérieux avertissement en matière de santé publique. Pourtant, on n’a pas vu de mobilisation pour comprendre les causes de ce phénomène et agir. Or si on trace schématiquement une droite entre aujourd’hui et 2040, on arrive à un niveau d’infertilité générale ! Voilà la raison de ce titre. Si on ne fait rien, on risque de ne plus avoir de petits Occitans à l'horizon 2040.

A-t-on décelé les principales causes de cette baisse de la qualité des spermatozoïdes ?

L’hypothèse soulevée par l’auteure de l’étude est que Midi-Pyrénées est la première région française pour le nombre d'exploitations agricoles et la deuxième pour les surfaces agricoles. Ce qui signifie que pendant des décennies, les populations du Sud-Ouest ont été exposées à l’emploi massif d’un grand nombre de pesticides reconnus comme perturbateurs endocriniens. C’est l'une des explications majeures. Ces perturbateurs agissent directement sur l’organisme ou indirectement en engendrant de l’obésité qui est une cause d’infertilité. Ils sont également impliqués dans les cancers du sein et de la prostate.

Une explication complémentaire est la présence dans notre environnement proche d’autres perturbateurs endocriniens comme les phtalates et le Bisphénol A. Les phtalates sont des composés chimiques couramment utilisés comme plastifiant, que l’on trouve dans des produits du quotidien tels que les cosmétiques, les rideaux de douche, les revêtements de sol, les peintures et même les médicaments. Quant au Bisphénol A, c’est une substance chimique que l’on trouvait jusqu’à son interdiction en 2015 dans tous les contenants alimentaires (biberons, bouteilles, conserves…).

Une étude menée sur le rat montre qu’au même niveau de contamination que celle l’espèce humaine, on induit une hausse des cas d'infertilité chez les fils, les petit-fils et les arrière-petit-fils ! Dans tous les cas, on est face à un risque caché qui ne se sent pas, qui ne se voit pas mais qui est particulièrement inquiétant.

Comment sortir d’une telle situation ?

On a compris une partie des causes, donc on peut agir. Par exemple, on sait éliminer les phtalates en les remplaçant par d’autres composants chimiques. Quant aux pesticides, il faut pousser les agriculteurs conventionnels à passer en bio. Seule une mobilisation totale du public permettra de d’éliminer ces substances. C’est l'objet de ce colloque. Il s'agit de donner au plus large public possible des informations sur l’état des connaissances. Sans cette prise de conscience - qui doit dépasser les clivages politiques -, nous continuerons d’être spectateur d’une catastrophe sanitaire qui se déroule sous nos yeux.

André Cicolella vient de publier « Les perturbateurs endocriniens en accusation : cancer de la prostate et reproduction masculine », aux Editions Les Petits matins.