A l’occasion des 70 ans de la décentralisation théâtrale, 22 directeurs et directrices de Centres dramatiques nationaux (CDN), dont Cécile Backès, directrice de la Comédie de Béthune, viennent de publier dans le Monde une tribune que vous soutenez. De quoi s’agit-il ?

Samira El Ayachi : Ces 22 directeurs et directrices de CDN s’engagent à plus de diversité et plus de parité. C’est un geste fort. On est quand même en 2017, les premiers CDN ont été créés en 1947. Ces hommes et ces femmes expliquent qu’ils veulent des salles représentatives de la population française. Ils souhaitent que l’institution artistique respecte la parité. Ils s’engagent à « agir avec volonté et respect pour une meilleure visibilité de la diversité des origines de la population, que ce soit sur les plateaux, dans les choix des artistes, des œuvres, dans les esthétiques et les récits des théâtres ». C’est une façon pour eux d’affirmer que « la culture n’a rien perdu de sa fonction première de cohésion sociale et qu’il nous appartient d’activer cette faculté, si nécessaire, pour répondre aux fractures que connaît actuellement notre société ».

Dans cette tribune, la question des femmes est importante. C’est un sujet récurrent dans vos différents travaux.

Oui, il faut être vigilant quant à une représentation paritaire. On voit à quoi fait référence mon festival lancé l’an dernier et intitulé L’Origine des mondes. Par ailleurs, j’ai créé cet événement à la suite d’un constat : dans tous les festivals liés à la littérature où je suis invitée, on retrouve toujours des gens qui aiment déjà les livres. Or, il faut aussi aller à la rencontre de ceux qui ne sont pas dans cet univers. Dans mon parcours de vie, le livre m’a emmené ailleurs, ça a été une rencontre pour moi.

Vous souvenez-vous de vos premières lectures quand vous étiez enfant ?

Mon premier livre, c’était Ramona la Peste, la collection des J’aime lire, et ça se passait à la bibliothèque municipale de Méricourt. Il n’y avait pas ces livres-là à la maison. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y avait pas de littérature orale. Pour moi, le plaisir de lire est arrivé par le biais de la bibliothèque. A six ou sept ans, tu vois des portes qui s’ouvrent à toi par le livre. Tu accèdes à d’autres mondes en étant physiquement là.

Les livres ont-ils toujours été votre univers ?

Je suis fille de mineur marocain, née dans une famille du bassin minier comme les autres, avec plusieurs frères et soeurs. Je n’ai pas baigné dans une culture élitiste mais dans une autre culture. L’exil qu’a pu vivre ma famille est déjà une première forme de narration car tu vois ta culture en fonction des critères des autres. Et je veille toujours à ce que l’on fasse attention à ne pas tomber dans le misérabilisme.

« Je cherche à retrouver de l'intimité dans un espace collectif »

Que cherchez-vous à travers vos ateliers d’écriture, votre festival, vos rencontres dans les . . .

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