Il l'a éclusée en trois longues gorgées, sans faire de manières. Venir à bout de la « tasse aux énormes dimensions » est le rite de passage des futurs compagnons du Beaujolais. Ce 30 avril 2016, c'est au tour de Laurent Wauquiez de faire son entrée dans cette confrérie à la devise bravache : « Vuidons les tonneaux ». Une fois le liquide avalé, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes est adoubé avec un pied de ceps « par Bacchus, dieu du vin, par Noé, sauveur de la vigne et devant Saint-Vincent, patron des vignerons ». Mine réjouie, diplôme en main et affublé du cordon vert qui retient la « tassée » de dégustation, l'impétrant dit son « honneur » de devenir l'un des représentants d'« un joyau de notre région ». Un « terroir qui [l]'a touché », auquel il a promis dans son discours un « vrai programme d'accompagnement », afin de « dresser le nouvel élan, le nouveau dynamisme de cette patrie du Beaujolais, qui le mérite bien ».

https://twitter.com/berthouxb/status/726469735211229184

C'est chose faite huit mois plus tard, lors du vote par l'assemblée plénière du conseil régional du « plan de relance économique du vignoble Beaujolais », le 17 novembre 2016. Hasard du calendrier, le jour est hautement symbolique : il marque, cette année-là, la sortie du primeur, le fameux Beaujolais nouveau, au goût de banane, de framboise ou de cerise, qui a fait les grandes heures marketing de ce territoire avant de précipiter sa disgrâce.                          

Le Beaujolais va mal. Dans l'hémicycle, en introduction de la délibération de vote, c'est ce constat que détaille Emilie Bonnivard, vice-présidente déléguée à l'agriculture et à la ruralité : « En crise structurelle depuis de nombreuses années, le vignoble du Beaujolais a aujourd’hui une image dégradée. Il subit un décrochage économique en raison d’absence d’investissement dans les exploitations et les caves, de déficit de restructuration du vignoble, couplée d’arrachage, d’une priorité donnée à la vente en vrac causant plusieurs difficultés, des exploitations aux coûts de production désormais trop élevés qui n’arrivent plus à atteindre un volume de production suffisant, pas suffisamment valorisé. Une priorité donnée aux primeurs, qui a fait aussi la . . .

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