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Gilets jaunes : les enseignements du « rond-point de Corsieux », près de Lyon    

C’est un travail précieux pour comprendre le mouvement des gilets jaunes. La Vie des idées, site rattaché au Collège de France, vient de publier « La banlieue jaune – Enquête sur les recompositions d’un mouvement ». Le texte est signé par cinq sociologues et politistes de Sciences Po Lyon, de l’université Jean-Monnet de Saint-Etienne et de Paris-Dauphine. Dès fin novembre 2017, quelques jours après le premier samedi de manifestation, ce groupe de chercheurs a suivi la vie d’un rond-point occupé de l’agglomération lyonnaise. Pour garantir l’anonymat de leurs interlocuteurs, le lieu est rebaptisé « rond-point de Corsieux ».

A travers des « centaines d’heures d’observations et une trentaine d’entretiens », les universitaires dissèquent les étapes successives du mouvement : 1/ la formation d’un collectif à partir du rond-point ; 2/ l’apparition de leaders dans le groupe ; 3/ « le transfert » de la mobilisation au cœur de Lyon, lors des samedis de manifestations, une fois « Corsieux » évacué par les forces de l’ordre. Cette enquête sociologique au long cours « nous a montré la manière dont un groupe de gilets jaunes issu des banlieues populaires s’est inscrit dans la durée, malgré des épreuves considérables : la stratégie répressive de l’État d’une part, et, de manière plus diffuse, la relégation de leur mode d’action au contact des militants du centre-ville, écrivent les auteurs. Mais ces épreuves ne sont pas synonymes de démobilisation, elles ont au contraire conduit ce groupe à une réorientation permanente de ses moyens d’action ».

« Les gilets jaunes sont depuis le début traversés par des tensions internes et c’est grâce à ces tensions que le mouvement dure. Cela permet d’être gilet jaune de plusieurs façons », analyse aussi Christophe Parnet, l’un des cinq chercheurs, contacté par Mediacités. A l’image de Christine, 55 ans, « mobilisée depuis le 17 novembre » et qui « adopte une forme d’autocontrôle » sur le rond-point de « Corsieux » : « Bien qu’elle s’affirme clairement comme une femme de gauche, elle tolère la présence de personnes qualifiées de "racistes", au nom de l’ouverture du mouvement ».

Le travail de suivi du groupe se poursuit. « On observe maintenant des questionnements entre gilets jaunes sur le nom même du mouvement, constate Christophe Parnet. Certains trouvent l’étiquette un peu galvaudée voire péjorative, plaident pour utiliser le mot "citoyen". » Signe que malgré la baisse tendancielle de la mobilisation, le mouvement continue de se réinventer.


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BFM Lyon : pas encore lancée, déjà achetée

Où s’arrêtera le mantra du « rayonnement » de la Métropole de Lyon ?  Quatre ans après sa création, la collectivité estime ne pas être suffisamment connue du grand public. Qu’à cela ne tienne, elle est sur le point de conclure un accord avec la future chaîne de télévision BFM Lyon, nouvelle mouture de TLM après son rachat par le groupe Altice fin 2018, révèle le magazine spécialisé Intermedia cette semaine. Contre près de 200 000 euros d’achats publicitaires par an (sur trois ans), la chaîne d’information, qui doit être lancée en juin prochain, devrait finalement être baptisée « BFM Lyon Métropole ».

Une sorte de juteux contrat de naming à 600 000 euros concocté ces derniers mois via des rencontres entre Alain Weill, le patron d’Altice, et David Kimelfeld, président du Grand Lyon. A titre de comparaison, la Métropole a dépensé l’année dernière moins de 80 000 euros en publicités chez TLM... Du côté du Grand Lyon, on précise que la somme couvrira « de l’achat de visibilité et des opérations de promotion croisée sur des événements de la Métropole et des contenus pédagogiques autour de ses actions ». En clair : de la com', de la com' et encore de la com'.

L’arrivée de la chaîne avait déjà attiré les foudres des médias locaux, notamment le groupe Espace (Jazz Radio, Radio Espace, LyonMag.com), inquiets de voir le gâteau publicitaire capté par le petit (géant) nouveau [lire l’œil de Médiacités du 27 février]. A un an des élections municipales et métropolitaines, les Grand Lyonnais apprécieront ce besoin frénétique – et coûteux – de reconnaissance de la part de leur collectivité. Peut-être s’interrogeront-ils aussi sur le poids de ce financement sur l’indépendance de BFM, qui promet d’embaucher une quinzaine de journalistes dans sa future rédaction ? Un conseil : continuez de lire et de faire découvrir Mediacités Lyon, sans communication du Grand Lyon, ni de personne d'ailleurs, et sans milliardaire en coulisses. Puisqu'il faut faire sa pub, on aurait tort de se priver !


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Asvel : Villeurbanne, tu l’aimes ou tu la quittes

Il va finir par se fâcher. Le maire de Villeurbanne Jean-Paul Bret commence à s’impatienter des atermoiements de l’Asvel, le club de basket phare de la ville, propriété de Tony Parker. Cause de son courroux : le club fait traîner depuis des mois le lancement des travaux de son Arena, une nouvelle salle destinée à remplacer l’Astroballe. Alors que la ville de Villeurbanne assure avoir déjà modifié le plan d’urbanisme, le club de « TP » serait toujours en discussion avec Jean-Michel Aulas, le patron de l’Olympique lyonnais, qui souhaite lui aussi construire une salle similaire du côté du Parc OL. Le tonton du foot lyonnais a déjà soumis l’idée d’un soutien financier du club à l’Asvel, en contrepartie de son image.

De quoi vexer sérieusement Jean-Paul Bret, dont la ville dépense chaque année près d’un million d’euros pour son club de basket [lire note enquête]. L’idée de voir partir le joyaux sportif de la commune ne l’emballe guère. « Si l’Asvel met son avenir (…) dans les mains d’Aulas (…), le club mettra en péril le projet qu’elle avait retenu, en devenant une sorte d’OL-Basket », déclare-t-il auprès de Rue89Lyon, décrivant « un avenir qui ne s’inscrit plus dans l’histoire du club ». Et de poser un utimatum : « On a besoin rapidement maintenant que les dirigeants sortent du flou », prévient le maire socialiste, incitant l’Asvel à « déposer un permis de construire avant juillet ». En bon businessman, Tony Parker n’a plus qu’à faire monter les enchères.


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Ecole Lévi-Strauss : Collomb mange son chapeau

Petite victoire, mais victoire quand même, pour les défenseurs de l’école Lévi-Strauss. Vendredi dernier, le tribunal administratif a rendu son verdict : « Au regard du caractère irréversible de cette décision », il suspend temporairement la délibération de fermeture de ce petit établissement (43 élèves) située entre la place des Terreaux et l’église Saint-Nizier. La nouvelle sonne comme un revers pour Gérard Collomb qui avait entériné la fermeture lors du conseil municipal du 25 mars dernier. Le maire de Lyon est donc contraint de revoir sa copie et d’organiser « dans l’urgence », souligne Le Progrès, la rentrée de septembre prochain. Il s’est lui-même déplacé ce lundi, à la rencontre des parents d’élèves, pour annoncer le maintien de l’école « pour l’année prochaine ». Quid pour les suivantes ? La justice administrative doit, dans les prochains mois, se prononcer sur le fond du dossier. A n’en pas douter, le sort de l’école Lévi-Strauss devrait aussi s’inviter dans la campagne des élections municipales de 2020…


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Post-scriptum : prison avec sursis pour le patron du Dauphiné Libéré 

journal 1La condamnation du tribunal correctionnel de Lyon est tombée jeudi dernier : poursuivi pour « violences sur conjointe » et « outrages » à l’encontre de gendarmes, le PDG du Dauphiné Libéré Christophe Tostain écope de six mois de prison avec sursis et d’une amende de 4000 euros. Une peine plus clémente que le réquisitoire du procureur, qui réclamait neuf mois de prison avec sursis, mais inscrite au casier judiciaire. L’avocat du patron de presse avait plaidé pour que ce ne soit pas le cas.

Mediacités vous avait raconté, début avril, le procès de Christophe Tostain. Au moment de la révélation des faits par l’AFP, en mars 2018, l’affaire était passée sous silence dans les colonnes du Dauphiné Libéré comme dans celles du Progrès (les deux journaux appartiennent au même groupe, Ebra). Rien de tel cette fois-ci : l'un comme l'autre ont repris l’information de la condamnation.  

https://www.mediacites.fr/lyon/enquete-lyon/2019/04/08/pdg-juge-pour-violences-conjugales-malaise-et-omerta-au-dauphine-libere/