Sur cet immeuble de la rue Jean-Pierre Lévy, à Lyon, a été installée une antenne 5G. Photo : NB/Mediacités.

Peut-on installer une antenne 5G au-dessus d’un collège et à proximité d’une crèche ?

Question de Géraldine : « Bonjour, une antenne 5G vient d’être installée sur le toit de l’immeuble des numéros 7, 9 et 11 de la rue Jean-Pierre Lévy, à Lyon, à 20 mètres du collège Gilbert Dru et à moins de 100 mètres d’une crèche. Comment est-ce possible ? »

Bonjour Géraldine et merci pour votre question,

Plantons déjà le décor. Effectivement, l’immeuble de la rue Jean-Pierre Lévy que vous mentionnez, dans le 3e arrondissement de Lyon, se trouve à proximité immédiate du collège Gilbert Dru. Seule la rue, une piste cyclable et les voie du tramway séparent les deux sites. Depuis les balcons de cette résidence de huit étages, les occupants ont une vue plongeante sur les terrains de basket de l’établissement scolaire. À quelques pas de là se trouvent, d'un côté, le jardin Château Sans-Souci avec ses jeux pour enfants, et, de l'autre, une crèche, la Souris verte, rue Kimmerling.

Venons-en au fond de votre question. Cet immeuble appartient au bailleur social Alliade Habitat. Son toit compte une antenne de téléphone, implantée là (au niveau du numéro 9) depuis 2012 par l’opérateur Bouygues Telecom. En échange, le propriétaire perçoit une redevance de 13 000 euros par an. C’est sur cette antenne, déjà utilisée pour la 4G, qu’a été installé un dispositif 5G. « À partir du moment où l’opérateur ne modifie pas l’emprise sur le toit, la convention passée en 2012 autorise des modifications liées aux évolutions de technologies », détaille Frédéric Lafont, directeur des expertises techniques d’Alliade Habitat, contacté par Mediacités.

Le bailleur s’assure néanmoins que la commune ait donné son feu vert pour ces travaux. Ce qui a été le cas pour l’antenne de la rue Lévy, d’après notre interlocuteur d’Alliade Habitat. Contactée, la ville de Lyon n’avait pas répondu à notre demande d’information au moment de notre publication. En matière de téléphonie, les pouvoirs des maires sont très limités à partir du moment où les opérateurs ne contreviennent pas aux règles de l’urbanisme [(re)lire sur Mediacités : L’offensive de dernière minute des maires anti-5G du Grand Lyon].

Un élu local, même s'il est opposé à la 5G - c'est le cas de l'écologiste Grégory Doucet, qui, avec d'autres, avait réclamé un moratoire sur le développement de cette technologie en septembre 2020 - ne peut pas invoquer le principe de précaution pour empêcher l'installation d'une antenne, comme l'a entériné une décision du conseil d'Etat en 2011. La loi Abeille, votée en 2015, permet néanmoins au maire d'exiger, s'il le souhaite, de mesurer l'exposition aux ondes des habitants avant les travaux et d'informer ses administrés. Ce ne fut pas le cas pour l'immeuble du 3e arrondissement. « On fait procéder à des mesures si une association de locataires le réclame », confie Frédéric Lafont, d'Alliade Habitat.

55 000 logements, 75 antennes

Le bailleur qui gère 55 000 logements, essentiellement dans le Rhône, compte 75 antennes sur ses toits. Un chiffre qui ne devrait plus augmenter. L’office HLM refuse désormais toute nouvelle installation sur ses immeubles. « Nous sommes dans une démarche d’écoute de toutes les parties prenantes et, en général, les comités de locataires ne sont pas forcément pour. Par ailleurs, on pense que les villes sont désormais suffisamment équipées en antennes », défend le directeur des expertises techniques.

Mais cela n'empêche pas le déploiement de la 5G via les antennes déjà en place. D’après Frédéric Lafont, à chaque installation d’un équipement prévu pour « la 5e génération de la téléphonie mobile », les résidents de l’immeuble concerné sont informés par un mot glissé dans les boîtes aux lettres. Le voisinage, dont le collège ou la crèche, n’en sait en revanche rien. Donc, Géraldine, pour répondre directement à votre question, non seulement il est possible d'installer une antenne 5G à proximité de ces établissements mais il est aussi possible de ne pas en informer ceux qui les fréquentent.

Certaines municipalités ou métropoles, comme celle de Nantes, avaient demandé aux opérateurs de ne pas mettre en service leurs antennes 5G situées à proximité des crèches ou des écoles avant la publication d'un rapport de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) sur le sujet. L'organisme a rendu sa copie en avril dernier. Il conclut que cette nouvelle technologie ne présente « pas de risques nouveaux » pour la santé. L'Anses recommande toutefois de poursuivre les études car « les données ne sont pas suffisantes pour conclure à l’existence ou non d’effets sanitaires » concernant l'exposition à la bande des 26 GHz, déployée en même temps que la 5G [pour en savoir plus, lire dans notre précédente publication l'encadré La bande « pionnière » qui inquiète].

Rue Lévy, la convention entre Alliade Habitat et Bouygues pour l’antenne du toit de l'immeuble court jusqu’en 2023. « On se réinterrogera à ce moment-là pour déterminer si on la renouvelle ou pas », conclut Frédéric Lafont.

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