Bidule_carre_512pxCe qu'il a dit

https://twitter.com/doclamarre/status/1428342708574334981?s=11

Bidule_carre_512pxLe contexte

Ce tweet du docteur Lamarre, médecin très connu à Roubaix pour ses engagements auprès des plus démunis, alerte sur l'explosion de la pauvreté dans la ville. « J'ai eu cette information en vaccinant un chauffeur du Secours populaire qui m'a expliqué qu'il était passé de 50 à 250 colis alimentaire par jour », explique Christophe Lamarre, joint par Mediacités.

« Cela ne m'a hélas pas surpris car le directeur d'un centre social à Roubaix m'avait dit que les gens avaient faim. Et j'ai vu des patients être vraiment dans la merde au niveau financier... »

Bidule_carre_512pxVrai ou faux ?

« On a explosé les plafonds de l'aide alimentaire d'urgence depuis le début du Covid : ce qu'on faisait en une année, on le fait maintenant en un mois », confirme Fabrice Belin, secrétaire général du Secours populaire à Roubaix. Chiffres à l'appui : « Nous distribuons en moyenne 150 colis d'urgence par jour lors de nos permanences. Il faut y ajouter entre 400 et 500 repas le samedi et le dimanche lors de maraudes auprès des SDF ou de familles qui n'ont pas de logement stable. Et encore 150 colis d'urgence tous les quinze jours pour des étudiants. » Ce qui correspond bien à une moyenne de 200 à 250 colis par jour, tout compris.

« Depuis début 2020, on est passé de 5 000 familles inscrites à 8 500 », ajoute Fabrice Belin, qui a dû réorganiser le fonctionnement du comité local du Secours pop' (qui compte une centaine de bénévoles) pour faire face à la demande. « Malgré la réouverture d'autres dispositifs comme les Restos du cœur ou la Croix rouge, la demande reste régulière. Nous avons de plus en plus de public en difficulté lourde, avec des situations très complexes. » Le maintien des aides sociales et les indemnisations des salariés en chômage partiel n'ont donc pas réussi à empêcher cette explosion de la pauvreté ?

« Les gens sont sur le fil du rasoir au niveau financier, répond Fabrice Belin. Certains ont perdu leur boulot à cause du Covid. Ceux qui complétaient leur RSA avec de l'intérim ont du mal à retrouver des missions. C'est aussi la fin du travail au black pour les sans-papiers. Et les étudiants étrangers n'arrivent plus à trouver de petits jobs. Je pense aussi qu'il y a eu un repli chez certains : des personnes qui faisaient quelques heures de ménage déclarées sont restées chez elles avec les confinements. » La peur du virus reste forte et peut empêcher le retour à la vie d'avant.

Le docteur Lamarre avance une autre hypothèse : le très net ralentissement de l'activité informelle, cette « économie de la subsistance » documentée par le collectif Rosa Bonheur. « Avec le confinement, le troc, les coups de main pour la garde d'enfant, les garages de rue, la virée à plusieurs pour aller chercher des kilos de patates en promo avec une seule voiture pour économiser de l'essence… Tout ça s'est arrêté net. Les gens n'arrivaient plus à finir le mois et à manger. Et ils ne s'en sont toujours pas remis, à cause des autres confinements et des règles sanitaires », explique-t-il.

https://www.mediacites.fr/interview/lille/2019/09/20/roubaix-voyage-au-pays-des-gens-qui-ne-font-rien/

Dans un colis d'urgence préparé par le Secours populaire, on trouve quelques boîtes de conserve, des pâtes, du riz, des produits d'hygiène, parfois du pain, des légumes et des yaourts. De quoi tenir une semaine pour une personne seule, deux ou trois jours pour une famille. « Nous avons toujours besoin de dons de produits alimentaires, précise Fabrice Belin. Et de bénévoles ! »

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Titulaire de la carte de presse depuis 1999, après un passage à l’école de journalisme de Lille, j’ai écrit pour le magazine Pays du Nord, les suppléments de La Voix du Nord et le groupe L’Etudiant. Journaliste pour l’agence de presse AEF depuis 2003, je couvre l’actualité de l’éducation, de la formation et de l’emploi dans les Hauts-de-France. Je réalise régulièrement des enquêtes pour Mediacités Lille.