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Ce qu’il s’est passé

Le Premier ministre Jean Castex était de passage à Tourcoing ce mercredi 6 octobre, accompagné du ministre de l’Intérieur - et ancien maire de Tourcoing - Gérald Darmanin ainsi que du ministre délégué aux Transports Jean-Baptiste Djebbari. Objet de la visite : dévoiler les lauréats de l’appel à projets pour des transports collectifs en site propre, lancé par son gouvernement en décembre dernier. Le choix de Tourcoing ne doit rien au hasard.

Au total, quelque 900 millions d’euros ont été attribués à 96 collectivités et établissements publics locaux afin de les aider à développer leurs projets. Mais la MEL fait figure de grande gagnante de cette distribution. Bénéficiaire de 120 millions d’euros, elle récolte plus de 13 % de l’enveloppe totale ! Loin devant Lyon (81 millions), Nice (57 millions) et Strasbourg (41 millions).

Cette subvention permettra de donner un coup de pouce à cinq projets métropolitains : 

  • la création d’un réseau de lignes de tramway pour le pôle Roubaix-Tourcoing : d’une longueur de 22 kilomètres, il relierait Roncq au nord, Herseaux (Mouscron) à l’est, et Hem au sud (40 millions)
  • la création d’un réseau de lignes de tramway pour le pôle de Lille : d’une longueur de 30 kilomètres, il doit relier Wambrechies et Lille-Europe, au nord, à Hallennes-lez-Haubourdin et Seclin, au sud (40 millions d’euros)
  • le renouvellement de rames de tramway sur des lignes existantes (17,38 millions d’euros)
  • la mise en place de deux lignes de bus « à haut niveau de service » (22,56 millions)
  • le développement d’un pôle multimodal à Fort de Mons (370 000 euros)

 

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Les principales lignes envisagées par le schéma directeur des infrastructures de transports de la Métropole européenne de Lille.

Dotés de 40 millions d’euros chacun, les deux projets de tramways bénéficient du plus haut niveau de subventions prévu par l’appel à projets. Seuls sept projets retenus par le gouvernement ont eu droit à ce montant plafond. Et la MEL est la seule à faire un tel doublé. Y aurait-il une raison à ce « favoritisme » ?

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L’analyse de Mediacités

D’aucuns verront dans l’importance des subsides accordés par l’Etat le résultat de l’influence de Gérald Darmanin, qui accompagnait le Premier ministre dans sa visite tourquennoise. Le « local de l’étape », comme le rappelait La Voix du Nord dans son compte-rendu. Jean Castex, lui, a rendu hommage à la qualité du dossier de la MEL. « Les projets que vous avez bâtis dans le cadre de votre schéma directeur [des infrastructures de transports, voté en juin 2019 ndlr] ont été reconnus comme parmi les plus efficients, les plus ambitieux, répondant le mieux aux objectifs stratégiques et politiques du gouvernement en matière de transports en commun en site propre », a-t-il justifié lors de son discours.

Autre élément d’explication, « les taux de subvention attribués aux projets retenus sont variables, en fonction de l’intérêt des projets et de différents bonus attribués », détaille le ministère de la Transition écologique. Parmi eux, « la desserte des quartiers prioritaires de la politique de la ville ». Bingo ! La future ligne reliant Neuville-en-Ferrain à Hem, en passant par Tourcoing et Roubaix, permet justement de relier plusieurs quartiers classés comme prioritaires.

Le montant décroché par la MEL ne satisfait toutefois pas tout le monde. Chez les écologistes, certains font la fine bouche. « 120 millions pour un projet qui doit coûter 1,6 milliard, c’est bien, tweete Jérémy Crépel, porte-parole des Verts au conseil municipal de Lille. Mais j’espère que cela ne s’arrêtera pas là. Sinon, c’est une aumône. »

Les deux nouveaux réseaux de lignes de tramway représentent un coût de 1,4 milliard d’euros (sur un dossier global déposé par la MEL de 1,6 milliard). Sachant qu’ils sont subventionnés à hauteur de 80 millions, il reste donc 1,320 milliard d’euros à financer. Une belle somme ! Mais est-ce vraiment un point bloquant ? Si la MEL a tardé durant des années à lancer de nouvelles infrastructures de transport, c’est parce qu’elle a largement sous-investi lors du mandat précédent, comme l’a expliqué Mediacités dans cet article. Conséquence, elle s’est, dans le même temps, fortement désendettée. Une situation qui lui laisse quelques marges de manoeuvre pour emprunter afin de financer des travaux.

Certes, la crise du Covid a impacté les finances de toutes les collectivités locales, sans épargner celles de la MEL. Mais c’est justement la pandémie qui a décidé le gouvernement à doubler l’enveloppe destinée à des projets de transports collectifs en site propre. Celle-ci a été portée de 450 à 900 millions d’euros. Les 120 millions promis constituent donc bien un précieux coup de pouce. Même s’il faudra sans doute parvenir à les compléter avec des subsides du plan de relance européen.

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Les travaux vont-ils bientôt commencer ?

Non. La MEL s’est d’ailleurs peut-être un peu avancée en déposant son dossier de demande de subventions. Une des conditions d’attribution est en effet que les travaux démarrent avant la fin 2025. Or Sébastien Leprêtre, vice-président de la MEL aux transports publics, semblait en douter fortement à la fin de l'année dernière. « Il n’y aura pas le début du commencement d’une nouvelle ligne de tramway pendant ce mandat », avait-t-il lâché le 4 décembre dernier, lors d’une réunion de la réunion de la commission « transports, mobilité, accessibilité ». Mandat qui, rappelons-le, court jusqu’en 2026.

De fait, les projets subventionnés par l’Etat font partie d’un programme - ou plus précisément d’un Schéma directeur des infrastructures de transport (SDIT) - voté en juin 2019 par la MEL. Mais sa mise en oeuvre a connu de sérieux retards à l'allumage, d’où le verdict amer de Sébastien Leprêtre. Heureusement, l’année 2021 enregistre les premières avancées. Le parcours des nouvelles lignes de tramway doit faire l’objet d’une concertation publique préalable. Or la Commission nationale du débat public (CNDP) a enfin désigné, le 7 juillet dernier, les garants chargés d’arbitrer les échanges (Christophe Bacholle et Jean-Claude Ruysschaert). L’annonce d’une aide d’Etat constitue une autre étape positive.

La mise en service des nouveaux tramways est toutefois encore très lointaine. Elle n’est annoncée qu’en 2028. Outre la concertation publique, il faut, avant les travaux, finaliser de nombreuses études préparatoires, comme nous le soulignions déjà en décembre 2020. Une phase « qui va demander du temps, beaucoup de temps ».