Aucune ville d’extrême droite dans le Nord, vraiment ?

Lors des dernières élections municipales, et alors qu’il réalisait une progression fulgurante dans le Pas-de-Calais (14 mairies contre deux auparavant), le Rassemblement national n’avait aucune victoire à fêter dans le département du Nord. Au terme d’une minutieuse analyse, Mediacités a pourtant identifié plusieurs dizaines de maires « sans étiquette »... mais vrais soutiens du parti à la flamme. Le signe d’une banalisation réussie.

Mediacités a identifié de nombreuses proximités entre des maires "sans étiquettes" ou "divers" et les élus du Rassemblement national. De gauche à droite et de haut en bas : Catherine Mercier Dhennain, maire d'Escaudain ; Alain Mension, maire de Raimbeaucourt ; Mickaël Fasciaux, maire d'Estrun ; Anthony Mériaux, maire de Hergnies, Jean-Claude Bonnin, maire de Locquignol et Claude Merly, maire de Marchiennes. Montage : ESM/Mediacités.

En investissant 25 têtes de liste dans le Nord pour les municipales 2026, le Rassemblement national (RN) espérait faire mieux qu’en 2020, année où ses espoirs d’accéder à au moins une mairie du département avaient été déçus. Ce sera finalement à nouveau la douche froide pour le parti lepéniste, qui n’a grappillé que quelques sièges de conseillers municipaux supplémentaires.

Peut‐on néanmoins dire que ce territoire est hermétique à l’extrême droite ? En 2023, un premier sénateur RN, Joshua Hochart, avait fait son entrée à la chambre haute, réussissant l’exploit de réunir pas moins de 433 voix. Puisque le collège de grands électeurs du Sénat est avant tout composé de maires et de conseillers municipaux, ce score historique témoigne d’un soutien massif émanant des communes du Nord ; un département particulièrement riche en communes – il en compte 647 – dont beaucoup sont rurales, et qui compte une majorité de maires sans étiquette. 

Selon Clémentine Belle Grenier, docteure en sciences politiques et enseignante vacataire à l’université Paris‐Dauphine, les scores réalisés aux élections sénatoriales démontrent que « le RN fait un sacré travail de terrain, de ratissage au niveau local. Elus et militants vont chercher à connaître les élus locaux, à les convaincre. Et ce travail démarre avant même les élections municipales, dans les communes où ils peuvent avoir du mal à trouver des candidats. Le RN va tenter de convaincre des candidats qui vont se faire élire sur des listes sans étiquette, et s’en servir pour faire élire des sénateurs et obtenir des parrainages [à la présidentielle] ».

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Temps de lecture : 15 minutes

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Par Eden Sakhi Momen