En investissant 25 têtes de liste dans le Nord pour les municipales 2026, le Rassemblement national (RN) espérait faire mieux qu’en 2020, année où ses espoirs d’accéder à au moins une mairie du département avaient été déçus. Ce sera finalement à nouveau la douche froide pour le parti lepéniste, qui n’a grappillé que quelques sièges de conseillers municipaux supplémentaires.
Peut‐on néanmoins dire que ce territoire est hermétique à l’extrême droite ? En 2023, un premier sénateur RN, Joshua Hochart, avait fait son entrée à la chambre haute, réussissant l’exploit de réunir pas moins de 433 voix. Puisque le collège de grands électeurs du Sénat est avant tout composé de maires et de conseillers municipaux, ce score historique témoigne d’un soutien massif émanant des communes du Nord ; un département particulièrement riche en communes – il en compte 647 – dont beaucoup sont rurales, et qui compte une majorité de maires sans étiquette.
Selon Clémentine Belle Grenier, docteure en sciences politiques et enseignante vacataire à l’université Paris‐Dauphine, les scores réalisés aux élections sénatoriales démontrent que « le RN fait un sacré travail de terrain, de ratissage au niveau local. Elus et militants vont chercher à connaître les élus locaux, à les convaincre. Et ce travail démarre avant même les élections municipales, dans les communes où ils peuvent avoir du mal à trouver des candidats. Le RN va tenter de convaincre des candidats qui vont se faire élire sur des listes sans étiquette, et s’en servir pour faire élire des sénateurs et obtenir des parrainages [à la présidentielle] ».
Dans le Nord, cette stratégie a été appliquée à Hergnies, et s’est avérée payante. Le 15 mars, Anthony Mériaux a en effet remporté l’élection municipale dans cette commune de 4 500 habitants du Valenciennois, battant le dauphin du maire sortant Jacques Schneider, qui ne s’était pas représenté après 37 ans de mandat. La préfecture le qualifiait alors comme un candidat « divers extrême droite ».
Durant la campagne, Anthony Mériaux a pourtant régulièrement été présenté dans la presse comme un candidat « à la tête d’une liste citoyenne sans étiquette ». Technico‐commercial engagé dans la vie associative de sa commune, le candidat faisait partie d’un collectif s’opposant notamment à la destruction d’un centre dédié à la nature et à l’environnement dans le parc naturel régional de la Scarpe‐Escaut.
Une charte signée en catimini valant soutien pour le RN
Au fil de la campagne municipale, Anthony Mériaux s’est fortement rapproché du député RN de sa circonscription, Guillaume Florquin, épinglé par le média Les Jours pour son appartenance à des groupes Facebook racistes.
Sur des tracts distribués aux habitants de la commune, on peut voir un large bandeau bleu marine indiquant que la liste d’Anthony Mériaux a « le soutien » de Guillaume Florquin. « Je connais bien Anthony et son équipe (…) Ils souhaitent faire de la sécurité et de la dynamisation de la commune leurs priorités. J’invite tous les électeurs qui m’ont fait confiance à apporter votre confiance (sic) à la liste menée par Anthony Mériaux », est‐il écrit.

Un soutien que l’élu RN manifeste également sur les réseaux sociaux. Peu de temps après le scrutin, le député publie un post sur X pour célébrer sa victoire : « Toutes mes félicitations à mon ami Anthony Mériaux, qui devient le nouveau maire de la belle commune d’Hergnies. »
Selon les informations de La Voix du Nord, Anthony Mériaux a également signé la charte de soutien lancée par le Rassemblement national à destination « des candidats souhaitant oeuvrer et s’investir à ses côtés aux élections municipales de 2026, sans pour autant estampiller leur liste ». Les engagements de cette charte sont nombreux (13) et reprennent directement les éléments programmatiques mis en avant par le RN. On y trouve notamment ceux de « s’opposer à toute augmentation des taux de fiscalité locale », de « faire de la lutte contre la délinquance et l’insécurité une priorité », ou de lutter contre l’immigration. Enfin, ce faisant, le candidat s’engage à « parrainer le candidat soutenu par le RN » pour l’élection présidentielle de 2027.
Des maires anciennement candidats FN, ou encartés Reconquête !
Anthony Mériaux n’a jamais assumé avoir signé cette charte, expliquant n’avoir « rien à déclarer à ce sujet ». A Hergnies, d’autres personnalités de la majorité affichent également leur proximité avec le Rassemblement national. L’adjoint au maire Dominique Vilain‐Allard, connu dans la région pour avoir été durant près de trente ans le délégué local du concours Miss France, apparaît plusieurs fois en photo lors de rassemblements organisés par Guillaume Florquin. A l’image du bilan de sa première année de mandat en juin 2025, où il pose tout sourire aux côtés du député et du sénateur Joshua Hochart. Sur un autre cliché posté par Victor Catteau, candidat RN malheureux à Haubourdin, on peut également l’apercevoir sur scène lors de la cérémonie des vœux de Guillaume Florquin. Si bien qu’Hergnies apparaît comme une « quasi‐mairie » RN.

D’autres maires pourtant affichés comme « sans étiquette » ont été réélus en mars alors qu’ils soutiennent de longue date Marine Le Pen. Ainsi, Jean‐Claude Bonnin, qui entame son huitième mandat à Locquignol (il est élu depuis 1983), s’est déjà présenté… comme candidat FN suppléant lors des élections législatives de 2017. Il déclarait alors : « j’ai commencé à coller pour Chaban‐Delmas. Mais j’ai été déçu par les élus de droite. Les dossiers n’avancent pas ». L’édile a apporté son soutien à Marine Le Pen en la parrainant pour la présidentielle en 2017 et en 2022. Parmi ses promesses phares pour son huitième mandat : installer des caméras dans son village de 300 habitants…
A Raimbeaucourt, commune de 4000 habitants du Douaisis, le maire Alain Mension s’est quant à lui illustré comme soutien d’Eric Zemmour, qu’il avait parrainé en 2022. « Son diagnostic de la situation du pays, son programme, mais aussi sa détermination m’ont convaincus », justifiait‐il alors. Il avait même reçu en personne le candidat identitaire dans la salle des fêtes de sa commune pour un dîner. Moment au cours duquel il avait indiqué sa volonté de s’impliquer au sein du parti. « Il n’y a pas que des racistes chez Reconquête !, mais des gens qui ont des valeurs et des patriotes à qui on fait un mauvais procès », déclarait‐il à cette occasion.
Un an plus tard, il était exclu de la majorité de Douaisis Agglo après avoir pris sa carte chez Reconquête!. Alain Mension s’affiche également comme proche des parlementaires du RN. Le député Thierry Tesson a choisi d’organiser ses vœux 2026 dans sa commune, où il est régulièrement invité à participer à des événements. Déclaré candidat sans étiquette pour un quatrième mandat en mars 2026, Alain Mension a néanmoins été classé… divers droite par la préfecture.
Des proximités plus ou moins assumées
Parrainer Eric Zemmour, « ce n’est pas un soutien politique mais un devoir civique. Il faut que ces gens‐là aient le droit de se présenter », expliquait de son côté le maire de Jenlain, Johan Dremaux. « Parrainer pour la démocratie, c’est l’un des premiers arguments mis en avant par les élus, observe Clémentine Belle Grenier, qui a consacré sa thèse au sujet. Mais en général, un élu ne va pas parrainer un candidat dont il est fondamentalement éloigné. Le parrainage témoigne aussi du fait que le candidat est jugé comme “acceptable” dans le spectre politique. C’est une rupture par rapport à l’époque où il y avait encore un cordon sanitaire vis‐à‐vis de l’extrême-droite. »
Pascal Mompach, maire de Doignies, réélu pour la quatrième fois dans son village de 300 habitants en mars, disait quant à lui assumer pleinement son choix de parrainer le candidat Reconquête!. « Il a de bonnes idées », déclarait Bernadette Popelier, réélue à Borre, commune de 500 habitants située près d’Hazebrouck. Deux autres maires du Nord, toujours en exercice, ont également fait partie de ces “parrains” zemmouristes : le maire divers droite de Béthencourt, Paul Souply, élu maire pour la première fois en 1983 et la maire sans étiquette de Wylder, Catherine Clicteur, élue depuis 2008.
Un adjoint d’une liste sans étiquette fan… d’un député RN
Du côté d’Haucourt-en-Cambrésis, village de 190 habitants situé près de Cambrai, le maire Pascal Boniface se fait discret sur ses prises de position. En revanche, Charles Dewitte, l’un de ses nouveaux adjoints élus en mars ne fait pas mystère de ses appétences partisanes. Sur son profil Facebook personnel où il apparaît en photo avec son écharpe d’élu, il multiplie les commentaires de soutien au député RN Alexandre Dufosset.
« Merci à toi également de ton dévouement pour la nation », écrit‐il, le 2 septembre, sous une photo du député à un hommage aux soldats et à la Libération. « Présent sur tous les fronts, bravo Alexandre », écrit‐il encore, sous une photo du député lors des cérémonies du 14 juillet. La veille, le député s’était d’ailleurs rendu à un barbecue dans la commune d’Haucourt-en-Cambrésis. « Du bon jambon au barbecue… préparé par le maire ! », avait‐il commenté.

Dans ses propres publications, Charles Dewitte, ancien gendarme reconverti dans la sécurité privée, prose régulièrement sur l’actualité du parti à la flamme. Le 27 septembre, il reposte ainsi un visuel publié par le RN se félicitant de sa « victoire historique » aux sénatoriales, en réagissant par un « bravo ». Le 19 septembre, il partage une vidéo de Jordan Bardella prenant la parole sur les prix du carburant, en commentant « 2027 » accompagné d’un drapeau français. Le 9 septembre, alors que la ville RN de Carcassonne est au cœur d’une vive polémique après la diffusion des propos racistes d’un de ses policiers municipaux, Charles Dewitte écrit : « Merci Christophe Barthès pour cette action ! Ça montre une nouvelle fois l’inefficacité de l’ancienne municipalité. BRAVO ! ».
Selon Clémentine Belle Grenier, « une liste sans étiquette, c’est un peu un terme fourre‐tout. Beaucoup de maires sont élus sans étiquette dans les petites communes car dans ces espaces la paix sociale repose sur le fait qu’on ne fait pas de politique. Derrière, on peut avoir des listes qui mixent différentes préférences politiques, d’autres qui ne veulent être affiliées à aucun parti… En réalité, les gens savent si le maire est plutôt à droite, ou à gauche. Mais il y a une sorte de cloisonnement. Comme si dans ces petites communes on pouvait dire qu’on ne fait pas de politique alors qu’on en fait dans d’autres espaces ».
Des relations banalisées avec l’ensemble des parlementaires
En 2024, sept députés RN ont été élus ou réélus au Palais Bourbon. Particulièrement présents sur le terrain, ils multiplient les déplacements dans différentes communes de leur circonscription, et s’assurent d’en relayer les photos sur l’ensemble de leurs réseaux sociaux.
Illustrée par plusieurs dizaines de cas, notre analyse démontre que les relations entretenues entre maires et députés RN dépassent régulièrement la simple « cordialité républicaine ». Si cette attitude ne signifie pas forcément une adhésion totale aux idées du parti, elle témoigne en tout cas de la réussite de leur stratégie d’ancrage local.
« [Cette stratégie], c’est de se faire connaître et reconnaître, analyse Clémentine Belle Grenier. C’est de montrer qu’on est là, qu’on est à l’écoute. [Les élus de petites communes] ont peu de moyens, doivent gérer beaucoup de choses, ont de plus en plus de responsabilités avec de moins en moins de marges de manœuvres. » Pour eux, recevoir des marques d’attention de la part de députés ou de militants RN peut donc s’avérer payant, « d’autant qu’on est aussi dans une dynamique de dédiabolisation du parti », note‐t‐elle.
C’est à Flines‐lez‐Mortagne, village de 1 600 habitants situé près de Saint‐Amand‐les‐Eaux, que le député Guillaume Florquin a choisi d’organiser ses vœux. Là aussi qu’il avait appris sa grande victoire, lorsqu’en 2024 il avait battu sèchement le président du parti communiste Fabien Roussel. Le député fréquente depuis régulièrement cette commune, où il s’affiche aux côtés du maire Bernard Lebrun Vandermouten. Ce dernier a même été « mis à l’honneur » lors de la soirée de bilan de la première année de mandat de Guillaume Florquin, décrit un post Facebook du sénateur Joshua Hochart.

Maire et député se mobilisent ensemble sur plusieurs dossiers : cet été, la page officielle de la mairie a par exemple appelé à signer une pétition aux couleurs du RN, contre une fermeture de classe envisagée dans la commune. On peut aussi noter que le trio composé de Joshua Hochart, Guillaume Florquin et Bernard Lebrun Vandermouten s’est rendu conjointement à l’invitation du conseiller municipal d’opposition Marc Merlin pour découvrir son exploitation d’escargots. A Flines‐lez‐Mortagne, nombre de personnalités politiques semblent donc en phase avec le Rassemblement national. Et là encore, Bernard Lebrun Vandermouten se présente « sans étiquette ».
Des élus RN partout sur le terrain auprès de maires qui le leur rendent bien
« Ces déplacements donnent l’opportunité à ces parlementaires de faire preuve de leur respectabilité, et du fait que c’est peut être acceptable de les côtoyer. Être député ouvre des portes et permet légitimement d’élargir un réseau », décrit Clémentine Belle Grenier.
S’il est de coutume que les parlementaires parcourent tout au long de l’année leur circonscription et aillent à la rencontre des maires qui la composent, comme l’illustrent les exemples ci‐dessous, ces relations privilégiées dépassent bien souvent les simples entrevues techniques.
A Escaudain, commune de 9000 habitants du Denaisis, la nouvelle maire élue en mars, Catherine Mercier Dhennain, a reçu Sébastien Chenu pour la cérémonie du 8 mai ainsi que Joshua Hochart pour la journée nationale d’hommage aux Morts pour la France en Indochine. Dernièrement, lors de l’inauguration du nouveau CCAS de la ville, la maire pose en photo tout sourire à leurs côté. Classée divers droite, la buraliste déclare auprès de L’Observateur du Douaisis : « Je n’ai pas de modèle en politique, j’écoute tout et je me fais mon propre avis », tout en affirmant ne pas être « féministe » et avoir comme principal projet la création d’une police municipale.
La paire Chenu‐Hochart, qui avait remis la médaille de l’Assemblée nationale à l’ancien maire d’Abscon Patrick Kowalczyk, tente également de renouveler les relations avec le nouvel édile de la commune de 4 000 habitants située près de Denain, Eric Granato. Sébastien Chenu s’est notamment rendu à son conseil d’installation tout en le félicitant publiquement sur ses réseaux sociaux. Classé divers droite, Eric Granato avait fait campagne sur la nécessité de redresser les finances de la commune.
Les décisions d’un maire ont‐elles une connotation politique même dans les villages ? « Il y a toujours une marge, même minuscule, pour faire de la politique, analyse Clémentine Belle Grenier. Cela va être dans les spectacles que la commune choisit de financer ou non, d’assurer certains postes de dépenses en faveur d’un électorat particulier. »
Apolitisme opportuniste
A Famars, commune de 2 400 habitants du Valenciennois, Véronique Dupire, réélue pour un quatrième mandat, avait accueilli Sébastien Chenu pour ses vœux en janvier 2026, puis pour son conseil d’installation. En présentant son programme pour ce nouveau mandat, l’édile avait mis en avant la nécessité de « bénéficier d’une commande groupée de l’agglomération pour renouveler et renforcer la vidéoprotection, en plus de la mise en place d’un référent sécurité dans chaque quartier ».
Dans un article publié par La Voix du Nord en 2017, on pouvait lire : « Famars, ville de droite donc, mais pas d’extrême droite. Véronique Dupire dément au passage ceux qui la disent penchée vers le Front national – on a croisé Sébastien Chenu lors de ses vœux en janvier, et son fils Paul Dupire était sur la liste Bleu Marine lors des dernières Régionales ». La maire ajoutait : « Il est sorti du parti aujourd’hui. Il a ses idées, et moi, les miennes. Mais non je n’ai pas d’idées extrêmes ».
A l’occasion de cet article, Véronique Dupire réagissait par ailleurs sur la question de « la sécurité » dans sa commune : « Famars est une commune qui ne connaît pas de problèmes, pas de violence. On n’a pas non plus beaucoup de population immigrée (…) A Bruay, ils ne gèrent pas la même population ». Un lien – maintes fois démenti – entre insécurité et immigration qui rappelle bien l’argumentaire du RN.

En ce début du mois d’octobre, alors que Véronique Dupire s’est vue remettre la médaille de l’Ordre national du Mérite, Sébastien Chenu était présent et a partagé plusieurs clichés, commentant : « moment d’émotion particulier aujourd’hui à Famars (…) chère Véronique, vous faites partie de ces élus qui oeuvrent sans relâche pour le bien commun et l’intérêt général sans jamais rien attendre en retour (…) Toutes mes félicitations ».
Du côté de Monchaux‐sur‐Ecaillon, Sébastien Chenu est venu féliciter Bernard de Meyer pour sa réélection à la tête d’une équipe « apolitique », portant en priorité les enjeux de sécurité avec le déploiement de la vidéo surveillance et la poursuite du partenariat avec la gendarmerie dans son village de 600 habitants.
A Wasnes‐au‐Bac, le nouveau maire Sylvain Riché élu sur une liste sans étiquette en mars a sollicité un rendez‐vous avec le président de la fédération RN du Nord, peu de temps après son accession à la mairie. Rare élu à avoir répondu à Mediacités [lire l’encadré “En coulisses”], il explique : « Monsieur Chenu est notre député (…) il est proche de ses administrés et disponible pour échanger avec les élus locaux. (…) J’exerce mon mandat de maire sans étiquette et travaille avec l’ensemble des élus et institutions, quelles que soient leurs appartenances politiques, dès lors qu’il s‘agit de défendre les intérêts de Wasnes‐au‐Bac et de ses habitants ».
Prises de parole, médailles : le tapis rouge déroulé aux élus RN
Et la liste des amabilités d’élus nordistes à des parlementaires RN se poursuit. Du côté de Marchiennes, où Claude Merly (divers droite) a retrouvé son fauteuil de maire après avoir été rendu inéligible pendant deux années, le député Matthieu Marchio s’est rendu à la cérémonie du 14 juillet, et a même pu prendre la parole. Dans un post Facebook résumant sa participation, il écrit notamment : « J’ai pu rappeler combien être Français c’est avant tout partager une histoire, des valeurs et une communauté de destin ».

Contacté, Claude Merly se dit « choqué » que l’on s’interroge sur ses liens avec un député RN. « On est en démocratie, c’est un élu de la Nation », justifie‐t‐il, ajoutant recevoir dans sa commune des parlementaires et des élus de toutes les couleurs politiques. « Je ne suis pas encarté. Je m’étais d’ailleurs engagé sur la liste des non‐inscrits [lors des élections sénatoriales de 2017] aux côtés de Dany Wattebled », précise‐t‐il. Celui‐ci nous glisse tout de même à cette occasion que le RN « ne [le] dérange pas » et qu’il « préfère le RN à LFI ».
Matthieu Marchio avait également été invité à prendre la parole le 8 mai, lors d’une cérémonie à Montigny‐en‐Ostrevent, par le nouveau maire Pascal Jumeaux. Joint par téléphone, il explique n’avoir « aucune affinité particulière avec le Rassemblement national. « M. Marchio est mon député, comme M. Beauchamp (PC) est mon conseiller départemental, M. Bertrand (LR) mon président de Région… Je ne fais pas de politique. Celui qui vient chez moi, je lui serre la main, lui propose un accueil républicain. Tous les parlementaires sont élus dans les urnes. Il faut travailler avec tout le monde. » Le « cordon sanitaire » semble bien loin.
A Moeuvres, commune de 400 habitants près de Cambrai, le député RN Alexandre Dufosset s’affichait quant à lui proche de l’ancien maire Gérard Sétan – il avait notamment pris la parole lors de ses derniers vœux à la population -, décédé avant de pouvoir passer le pouvoir à son premier adjoint Damien Plateaux en mars. Il lui avait remis la médaille d’honneur de l’Assemblée nationale le 14 juillet 2025. Gérard Sétan avait notamment parrainé la candidature d’Eric Zemmour en 2022.
Alexandre Dufosset semble également avoir noué des liens avec le maire (divers droite) de Neuville‐Saint‐Rémy, Christian Dumont. Le député y a notamment organisé sa cérémonie des vœux 2026, avant de participer à l’assemblée générale des anciens combattants, présidée par… Christian Dumont, par ailleurs colonel de réserve. Le député RN avait également participé aux vœux de Fabrice Lefebvre, maire de Paillencourt élu en 2014, où il avait été invité à prendre la parole.

Le 9 juin, Alexandre Dufosset a convié les maires et conseillers municipaux des 84 communes de sa circonscription à venir à sa rencontre à Proville. Ils étaient plusieurs dizaines à avoir fait le déplacement. La liste des maires proches du Rassemblement national identifiés par Mediacités est ainsi loin d’être exhaustive…
Pendant plusieurs semaines, Mediacités a scruté les réseaux sociaux, la presse locale et le site du Conseil Constitutionnel pour tenter d’identifier les affinités des maires “sans étiquette” du Nord et de comprendre l’ancrage du Rassemblement national et de l’extrême droite dans ce département officiellement “hermétique” au RN au niveau municipal, au contraire du Pas‐de‐Calais voisin.
A l’issue de ce travail, la majorité des maires cités dans cet article ont été contactés par nos soins afin de réagir à leur proximité affichée avec le parti à la flamme. Parmi tous les maires contactés, seuls quatre ont choisi de nous répondre – dont l’un pour dire qu’il ne souhaitait pas donner suite à notre demande.
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