Il est 17h15 ce vendredi soir, l’heure pour Nicolas Brien d’enfourcher son vélo jusqu’à la gare de Lille-Europe pour sauter dans le TGV pour Paris. Pas question de le louper car ce jeune papa doit aller chercher son fils, Basile, 13 mois, à 19h15 à la crèche. « Je transitionne tranquillement de Paris à Lille où je compte m’installer à terme », indique-t-il, un sourire aux lèvres. Ce vendredi 8 octobre, Nicolas Brien prendra le métro afin d’achever l’interview qu’il nous a accordée et qui a débuté avec 45 minutes de retard en raison d’un embouteillage de réunions…

Bidule_carre_512pxQui est-il?

Nicolas Brien est le tout nouveau patron d’Euratechnologies, le pôle d’innovation numérique de la métropole de Lille et de la région Hauts-de-France, depuis la fin juin. Un poste hautement stratégique qui fut tenu à bout de bras douze ans durant par Raouti Chehih jusqu’à sa démission surprise en mars dernier. Malgré « d’autres candidats plus capés » que lui, le choix s’est arrêté sur ce jeune homme (32 ans) au pedigree déjà impressionnant. Diplômé de Sciences Po Paris et de la Howard University (Washington), il est passé par l’institut de sondage Kantar-TNS Sofres, le cabinet de l’ex-ministre socialiste Najat Vallaud-Belkacem et – surtout – la direction de France Digitale, la « fédé des start-ups de France », comme il qualifie ce lobby très introduit dans les sphères politiques.

La politique, Nicolas Brien l’a pratiquée assidûment de 17 à 27 ans jusqu’à devenir 1er secrétaire de fédération PS de l’Allier, où il a des attaches familiales. Est-il tombé petit dans la marmite politique ? « J’avais une grand-mère d’extrême-droite très Algérie française, un père anarcho-libertaire… mais je suis le premier social-démocrate de l’arbre généalogique familial, s’amuse-t-il. D’où mon fort attachement à la recherche du consensus et mon profond respect pour les convictions fortes. » En 2018, après deux deuils familiaux de très proches, il décide de quitter la politique pour se recentrer sur les siens. Et d’embrasser une carrière professionnelle exclusivement dédiée au numérique.

Bidule_carre_512pxQue va-t-il faire ?

« Euratechnologies est la seule entreprise au monde qui sait transformer des friches industrielles avec du numérique responsable », martèle-t-il, heureux de sa formule. D’accord mais concrètement… ? Concrètement, il s’agit de s’appuyer sur l’histoire des territoires « pour créer de l’impact » en sélectionnant des start-ups responsables qui font progresser la société. Sous-entendu : pas celles qui feront les plus belles levées de fonds et verseront les plus gros dividendes. « L’anti-Station F », ose-t-il, en référence au campus digital parisien créé par Xavier Niel, le patron de Free.

Nicolas Brien aura fort à faire pour relancer un campus multisites (Roubaix – avec Blanchemaille –, Willems, Saint-Quentin et Lille) qui a fonctionné un peu au ralenti ces dernières années. D’autant que l’hémorragie de cadres se poursuit dans cette société d'économie mixte qui compte près de cinquante salariés. Dernier départ en date ? Celui du n°2, Massimo Magnifico, qui a quitté le navire le 1er octobre dernier. Le recrutement d'un adjoint - « de préférence une adjointe », précise Nicolas Brien - est en cours.

L’ampleur de la tâche ne semble pas effrayer l’impétrant qui parle de « l’ouverture d’un nouveau cycle ». Le cap semble clair : « Faire d’Euratechnologies le premier incubateur zéro carbone au monde avant 2030 » ; et développer le nombre total d’emplois en CDI – 7 000 officiellement depuis la création en 2009 – tout en multipliant les actions d’insertion sociale. Un exemple ? En janvier 2022, chacune des 300 entreprises résidentes aura l’obligation d’accueillir un stagiaire de classe de 3e. Autre exemple : la poursuite de l’expérience du « learning center », un espace de 300 mètres carrés intégré au campus principal des Bois-Blancs, qui permet à des jeunes des quartiers d’apprendre à coder.