Xavier Bertrand. Capture d'écran / vidéo Le Point

Les Hauts-de-France, laboratoire de la candidature de Xavier Bertrand à la présidentielle

Xavier Bertrand officiellement candidat à la présidentielle ? Une non information, pour nombre d’observateurs, tant sa participation à l’élection majeure de 2022 ne faisait pas de doute. Reste qu’il y a bien eu une accélération du calendrier. En septembre 2019, sur France 2, Xavier Bertrand indiquait qu'il devrait d'abord passer par sa réélection dans les Hauts-de-France pour confirmer sa candidature à la magistrature suprême. « Il est évident que si six millions de personnes ne souhaitent pas que je continue, ne sont pas satisfaites de mon action, ne sont pas d'accord avec mes idées, mes propositions, (alors) dans ces cas-là, je n'ai aucun crédit pour être candidat à l'élection présidentielle », indiquait-il à l’époque.

Son annonce via une interview au magazine Le Point a donc été abondamment commentée, jusqu’à son choix, inhabituel chez lui, d’un costume noir « pour faire plus présidentiable ». Parmi les nombreuses analyses, on se contentera de relayer ici le décodage du site Politico. « S’il peut se targuer de bons sondages de second tour, dans le cas où il affronterait Marine Le Pen, Xavier Bertrand n’est en tête des enquêtes d’opinion, à droite, pour le premier tour de la présidentielle, que de quelques petits points, écrit la journaliste Pauline de Saint-Rémy. Or il refuse toujours de participer à une primaire et cherche à s’imposer comme le candidat naturel de son ancienne famille. Pas question de faire dépendre sa crédibilité des régionales, donc, a fortiori quand celles-ci risquent encore d’être décalées. »

Ce faisant, Xavier Bertrand a ouvert un bel angle d’attaque à ses adversaires aux régionales. « Au lieu de consacrer son énergie aux habitants des Hauts-de-France durement touchés par l'épidémie, Xavier Bertrand étale ses ambitions personnelles. Notre région n'est pas un marche-pied. Elle a besoin d'un président à temps plein. La France ou les Hauts-de-France, il faut choisir », a taclé Laurent Pietraszewski, la tête de liste LREM, sur le réseau social Twitter. « Les habitant(e)s des Hauts-de-France ne méritent pas d'avoir un président de région en campagne permanente (...) Sacrifier une région sur l'autel de ses ambitions personnelles, c'est un scandale », a réagi l'écologiste Karima Delli sur France Inter. « Comment voulez-vous candidater à deux élections en même temps ? A moins d'avoir le don d'ubiquité...», a raillé Patrick Kanner, le président du groupe socialiste au Sénat, dont le parti a signé un accord d’union avec les autres forces de gauche. « La région l’intéresse-t-elle encore ? Pour lui, les Hauts-de-France ne sont qu’un tremplin », a asséné Sébastien Chenu, le chef de file du Rassemblement national.

Reste à savoir si se présenter à une élection régionale avec une stature nationale est un handicap ou un atout. La question est ouverte. Xavier Bertrand semble avoir décidé, dès 2015, que les deux n’étaient pas incompatibles. Au contraire. Il a fait des Hauts-de-France le laboratoire de sa future candidature à la présidentielle, passant son tour lors de l’échéance présidentielle de 2017 afin de mieux préparer celle de 2022. On peut ainsi retrouver dans son action à la tête de la région plusieurs des éléments qui vont structurer sa campagne nationale.

Une candidature anti-Le Pen et « au dessus des partis »

Politiquement, il met en scène depuis son élection en 2015 son rôle de meilleur rempart face au Front puis au Rassemblement national. Non sans succès, apparemment, puisque selon le dernier sondage Ifop, pour Marianne, il ferait mieux qu’Emmanuel Macron dans un second tour à la présidentielle face à Marine Le Pen. C’est aussi à la tête de la région qu’il a élaboré son positionnement « en dehors des partis », démissionnant de sa famille Les Républicains, et tendant la main aux adversaires de gauche qui s’étaient retiré de la compétition régionale pour permettre sa victoire, déjà, face à Marine Le Pen.

Seul problème et de taille ! Cette gauche de 2015, dominée par le PS de Martine Aubry et du regretté Pierre de Saintignon, n’a rien à voir avec la grande alliance unissant EELV, La France Insoumise, le Parti Communiste et une nouvelle génération d’élus socialistes. Xavier Bertrand sait qu’il ne pourra pas compter à nouveau sur un désistement au second tour, qu’il s’agisse des régionales... ou de la présidentielle.

Ce n’est pas son coming out écolo ambigu de la fin 2019 - comme Mediacités a pu l’analyser - qui va convaincre Karima Delli, la cheffe de file EELV de l’union des gauches. Au contraire. La rupture est consommée depuis que la politique environnementale de la région a été confiée aux chasseurs, au détriment des associations écologistes. Seule exception, le domaine de l’énergie, secteur apparemment trop sérieux pour être confié aux porteurs de fusils. Xavier Bertrand ne cesse d’afficher ses convictions pro-nucléaires tout en faisant la guerre aux éoliennes. Pas vraiment de nature, là encore, à rallier les écologistes. Mais cela n’a jamais été son objectif.

https://www.mediacites.fr/decryptage/lille/2020/05/01/ecologie-le-coming-out-ambigu-de-xavier-bertrand/

Droite sociale et valeur travail

La priorité de Xavier Bertrand est d’arriver à séduire l’électorat populaire. Il revendique son appartenance à la « droite sociale » et met en avant régulièrement la « valeur travail ». Avec une conséquence très concrète : l’emploi a été érigé en priorité de la politique régionale alors que cela ne figure pas parmi les compétences de base des conseils régionaux. Qu’à cela ne tienne ! Xavier Bertrand s’est affranchi de ce carcan avec son dispositif Proch’Emploi pour compléter - si ce n’est doublonner - les missions des agences de Pôle emploi. Avec des résultats pas vraiment probants, comme l’indique un récent rapport de la Cour des comptes.

https://www.mediacites.fr/decryptage/lille/2021/03/05/hauts-de-france-la-cour-des-comptes-tacle-la-politique-de-lemploi-de-xavier-bertrand/

Mais si les chiffres ne sont pas convaincants, l’essentiel est que des signaux politiques soient bien envoyés. En témoigne la communication nationale faite autour d’un dispositif régional d’aide à la mobilité des ex-chômeurs - la location de voiture à un ou deux euros par mois -, alors que cette offre ne concerne que 150 bénéficiaires par an.

Souligner les faibles résultats de Xavier Bertrand en matière d’emploi serait toutefois injuste si l’on n’ajoutait pas qu’il ne dispose que de moyens limités en tant que président de conseil régional. Des limites qu’il a également rencontrées pour mener son action économique en général et, en particulier, lors de l’élaboration de son plan de relance régional destiné à compenser les effets de la crise sanitaire.

https://www.mediacites.fr/decryptage/lille/2021/02/26/mais-ou-se-cachent-les-13-milliard-deuros-du-plan-de-relance-de-xavier-bertrand/

Une révolution des territoires

Abusivement chiffré à 1,3 milliard d’euros sur 18 mois, ce plan comporte dans les faits peu de mesures réellement nouvelles. Certaines de ses initiatives, comme un fonds de soutien à la trésorerie des PME, ont par ailleurs été retoquées par l’Etat. Il n’est donc pas étonnant que Xavier Bertrand, candidat à la présidentielle, appelle à une révolution des territoires. A savoir une nouvelle étape de décentralisation avec de nouveaux transferts de compétences, ainsi qu'un « vaste plan d'investissement » à l'échelle des régions. Comme quoi, si les Hauts-de-France sont le marche-pied des ambitions nationales de Xavier Bertrand, la relation est à double sens : son expérience à la tête de la région nourrit aussi son programme.

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