Illustration : Jean Paul Van der Elst.

Malgré sa gestion du Losc, Gérard Lopez accueilli en sauveur des Girondins de Bordeaux

Ejecté du club lillois en décembre par son créancier, Elliott Management, Gérard Lopez se voit dérouler le tapis rouge pour reprendre six mois plus tard les Girondins de Bordeaux. Son offre de rachat a été acceptée mardi par le propriétaire actuel, le fonds d’investissement King Street. Mais elle est également plébiscitée par les supporters et les collectivités locales. Il faut dire qu’elle évite la mise en redressement judiciaire du club, très endetté, et sa relégation. Ce qui n’a pas de prix.

Pourtant, comme lors du rachat de Lille en 2017, les zones d’ombres de l’opération sont nombreuses. A commencer par la façon dont elle va être financée. Gérard Lopez affirme qu’il va mettre des fonds propres dans l’affaire. Mais on se souvient que, dans le cas de Lille, pareille affirmation s’était révélée être un mensonge. Le chiffre qui circule sur cette mise d’argent personnel – 7,5 millions d’euros – est toutefois modeste. Le reste sera donc forcément emprunté. Quel montant ? Nul ne le sait. Quelle origine des fonds ? Mystère. Quelles conditions ? Là, les rumeurs nous rappellent quelque chose. On parle en effet de taux d’intérêt à deux chiffres.

« Un modèle rodé, qui fonctionne », vraiment !?

Les plus naïfs des supporters lillois savent désormais que racheter un club de foot par endettement, en comptant sur ce même club de foot pour rembourser cette dette est voué à l’échec. Mais le président (PS) de Bordeaux Métropole, l’avocat Alain Anziani, a manifestement un avis différent sur la question. Et toute confiance dans les capacités financières et gestionnaires de Gérard Lopez.

LOSC : derrière l’éviction de Gérard Lopez, la valse opaque des millions

« Il a un modèle qui est rodé et qui fonctionne bien, fondé sur l’endettement, mais un endettement qui est aussi fondé sur le remboursement », explique-t-il au Monde avec assurance. Ah bon ? Parce Gérard Lopez n’a pas été viré justement parce qu’il n’arrivait pas à rembourser dans les temps ? Et le modèle du trading de joueurs, tant vanté par Gérard Lopez, n’est-il pas désormais unanimement condamné ? Y compris par la DNCG, le gendarme du foot français, qui doit encore approuver le projet de l’homme d’affaires hispano-luxembourgeois.

Qu’à cela ne tienne, un tel repreneur vaut bien que Bordeaux Métropole, propriétaire du stade dans lequel évolue le club, fasse un effort sur les loyers en retard en proposant d’échelonner les paiements. Et Alain Anziani d’envisager un autre forme d’aide : selon lui, le club pourrait obtenir « 10 millions de la part de l’Etat au titre des entreprises en difficulté », indique-t-il au Monde. Mais peut-être que l’Etat se montrera plus précautionneux que l’élu local avant d’accorder de l’argent public à Gérard Lopez. 

La gestion Lopez examinée par la justice

Début juin, L’Equipe a révélé que le parquet de Lille s’intéressait « de près à des documents liés à la gestion de Lopez et de ses collaborateurs ». Des documents vraisemblablement transmis par les commissaires aux comptes du club. Ceux-ci s’interrogeraient sur de curieux mouvements d’argent (près de 68 millions d’euros sur quatre ans) entre le club et différentes sociétés offshore de Gérard Lopez. Et ils auraient des doutes sur le transfert de Victor Osimhen, vendu à Naples pour 81 millions d’euros en juillet 2020, mais qui aurait rapporté moins de 10 millions d’euros au Losc. Aucune enquête préliminaire n’a encore été ouverte.

Le maire de Bordeaux, Pierre Hurmic, a également rencontré Gérard Lopez le 23 juin. L’édile écologiste évoque au Monde un échange constructif avec « quelqu’un d’ouvert ». Mais il prend soin de préciser au quotidien du soir qu’il a « été très ferme pour faire état de (sa) détermination à ce que l’argent public, l’argent municipal en l’occurrence, n’accompagne à aucun moment les dérives du “foot business” ». Saine précaution. On ne saurait donc trop lui conseiller la lecture des nombreux articles que Mediacités a consacré à Gérard Lopez et qui démontrent, sans l’ombre d’un doute, que l’ancien propriétaire du Losc participe depuis longtemps à ces dérives.

Yves Adaken

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Point final.

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