L'ancien collège Maurice Scève, dans le quartier de la Croix-Rousse (Lyon 4e). Photo : Nicolas Barriquand/Mediacités

Derrière l’évacuation du squat Maurice Scève, le retour à l’anormal pour les sans-abri du Grand Lyon

La parenthèse du confinement, qui avait vu plusieurs centaines de sans-abri être pris en charge dans la métropole de Lyon, est en passe d’être refermée. Avec les premiers froids de l’automne et l’hiver en ligne de mire, les appels au 115, qui avaient chuté au printemps dernier, sont en forte hausse. Près de 9000 personnes sont actuellement en attente d’un hébergement, soit « 4300 ménages », précise à Mediacités la Maison de la veille sociale (MVS), qui gère l’orientation des demandes d’hébergement. Une demande supérieure aux places disponibles : au plus fort du confinement, le Rhône et la métropole de Lyon ne disposaient que d’environ 6500 places (5100 hébergements permanents, 900 places hivernales et 540 places créées pour répondre à la crise du Covid), selon les estimations de Mediacités.

L’expulsion à venir du squat Maurice Scève, à la Croix-Rousse (Lyon 4e), ne devrait qu’accentuer ces tensions, les pouvoirs publics s’étant engagés à reloger les près de 300 personnes toujours présentes sur le site, pour la plupart des demandeurs d’asile ou des mineurs migrants isolés.

Évacuation progressive de Maurice Scève

Depuis le 24 septembre, la Métropole de Lyon, propriétaire de cet ancien collège, est en effet en droit de demander l’évacuation du site à la préfecture, et serait en passe de le faire, selon nos confrères de Rue89Lyon. En septembre 2019, la justice avait validé la demande du Grand Lyon mais avait accordé un délai d’un an aux occupants, estimant que le maintien du squat ne causait pas de préjudice financier à la collectivité, qui ne pouvait de toute façon pas vendre ce bien à Vinci avant fin 2020, en raison de clauses suspensives. D’ici 2022 le géant du BTP doit y construire une centaine de logements, dont 30 sociaux, ainsi que la Maison de l’enfance et de la jeunesse du quartier de la Croix-Rousse.

L’évacuation du squat devrait être progressive. Toujours selon Rue89Lyon, des discussions sont en cours depuis cet été entre les services de la Métropole et les collectifs de squatteurs pour garantir des solutions de relogement pour l’ensemble des occupants. Le dossier est sensible pour le nouveau président du Grand Lyon Bruno Bernard (EELV) qui avait été interpellé sur le sujet par des militants du mouvement « Trêve générale » au soir de son élection en juin dernier. Interrogée par Le Progrès il y a deux semaines, la préfecture du Rhône assurait tenir ses « engagements » et indiquait avoir déjà relogé 150 occupants, tandis que 120 étaient encore en attente d’une proposition de la part de l’Etat.

Le collège Maurice Scève n’est que le plus important des squats disséminés dans la métropole de Lyon, comme ceux de Valmy (Lyon 9e), du cours Lafayette (Lyon 3e), du centre communal de la Guillotière (Lyon 7e), de la rue Verlaine (Villeurbanne), ou encore de Feyzin et de Caluire. Pour la plupart de ces sites, le grand ballet des installations-recours administratifs-expulsions, dont Mediacités a fait le récit ici, s’était momentanément interrompu avec le prolongement de la trêve hivernale jusqu’au 10 juillet à la suite du confinement. Pour quelques mois seulement.

« Zéro retour à la rue » : pari tenu, mais insuffisant

Pendant la crise du Covid-19, près de 540 personnes avaient rapidement été hébergées dans l’agglomération dans des sites provisoires mis sur pied en quelques jours. Ces sans-abri, à la rue où hébergés dans des squats, particulièrement vulnérables pendant la crise du Covid-19 (lire ici et ) venaient s’ajouter aux près de 1000 personnes déjà prises en charge dans le cadre du plan hivernal. Au printemps dernier, l’ancien président de la Métropole David Kimelfeld avait annoncé un plan « Zéro retour à la rue » pour la totalité de ces 1500 personnes.

La promesse a globalement été tenue, estime aujourd’hui Michel Pollot, directeur de la MVS. « Presque tous les sites ouverts pendant le confinement ont été fermés, après orientation des résidents », indique-t-il. Selon les chiffres de la MVS, près de 850 personnes ont été orientées vers un hébergement provisoire. En accélérant les procédures de départs des locataires, les bailleurs sociaux du Grand Lyon ont permis de libérer près de 400 logements entre le mois de mai et celui de septembre, soit le double du volume habituel. Une performance liée toutefois à un phénomène de rattrapage, beaucoup de locataires n’ayant pas pu déménager pendant le confinement. Par ailleurs, une cinquantaine de ménages ont également bénéficié d’un logement, dans le cadre du dispositif “Logement d’abord”, piloté par la Métropole. 

Reste environ 500 personnes ne bénéficiant d’aucun droit au logement ni d’aucune ressource. Pour ce public particulièrement précaire, des sites d’hébergement provisoire ont été maintenus cet été par les services de l’Etat, pour la première fois depuis des années. « C’est une situation jamais vue. Habituellement on a un maintien à l’hôtel pendant l’été pour les plus vulnérables seulement, mais pas dans ces proportions », analyse Michel Pillot. L’hébergement de ces bénéficiaires devrait être maintenu en octobre, avant qu’un nouveau dispositif hivernal ne soit mis en place en novembre. Sans une augmentation importante des places créées par la préfecture du Rhône cet hiver, le dispositif risque d’être saturé avant même d’être lancé.

Mathieu Périsse

Mathieu Périsse
Mathieu Périsse collabore avec Mediacités Lyon depuis juin 2017, convaincu de la nécessité d’une information locale indépendante et percutante. Lyonnais de naissance, il a d’abord travaillé pour la radio (Radio France, RTS), notamment lors de reportages longs-formats à l’étranger (Afghanistan, Biélorussie, Chypre, Burkina Faso…). Membre du collectif de journalistes We Report, il écrit régulièrement pour Mediapart, journal pour lequel il a enquêté pendant un an sur la pédophilie dans l’Eglise catholique (également en lien avec Cash Investigation).

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