A l'entrée de l'annexe du collège Alain, à Vénissieux. / © Photo : J.Le Mest/Mediacités.

Académie de Lyon : pourquoi les chiffres des élèves contaminés ne sont pas fiables

Peut-on se fier aux chiffres de l’Education nationale ? Chaque vendredi, le ministère et les rectorats publient des statistiques sur le nombre de cas de Covid-19 détectés dans les écoles, collèges et lycées pendant la semaine écoulée. Ce vendredi 13 novembre, l’académie de Lyon (qui regroupe les départements du Rhône, de la Loire et de l’Ain) recensait 465 élèves positifs sur 638 000 (contre 350 la semaine précédente) et 82 enseignants sur 44 481 (contre 24 le 6 novembre). Des chiffres à la hausse donc, même si la part des élèves contaminés reste très faible (0,07%). Même tendance dans les écoles primaires de Lyon, où, d'après le maire Grégory Doucet, on dénombrait (à la date du 13 novembre) 57 cas de Covid parmi les 38 000 enfants scolarisés, soit trois plus qu'une semaine auparavant.

Ces chiffres sont scrutés comme le lait sur le feu par les responsables politiques, prêts à renforcer les mesures sanitaires dans les établissements au moindre dérapage comme cela a déjà été fait pour les lycées. Un tour de vis réclamé par bon nombre d’enseignants, qui estiment que la sécurité de leurs conditions de travail n'est pas suffisamment garantie. Mardi dernier, le 10 novembre, dans le Rhône, ils étaient d’ailleurs nombreux (13% dans le secondaire et 6% dans le primaire) à faire grève pour cette raison.

Un chiffre basé sur les déclarations

Problème : le thermomètre semble pour le moins peu fiable, voire complètement faussé, comme l’ont déjà indiqué plusieurs de nos confrères nationaux. L’étude des données montre en effet un écart très important entre les chiffres du ministère, et ceux de Santé Publique France, qui publie le nombre de contamination par tranche d’âge dans chaque département.

Checknews, le service de vérification de Libération a fait la comparaison pour l’ensemble des régions de France, en se basant sur les chiffres du 6 novembre. En Auvergne-Rhône-Alpes (qui comprend les académies de Lyon, de Grenoble et de Clermont-Ferrand), seulement 375 élèves avaient été signalés comme positifs auprès de l’Education nationale, tous établissements confondus. Or, pour la même période et le même territoire, Santé Publique France dénombrait 8920 cas positifs, « soit presque 24 fois plus que les chiffres des rectorats », pointe Libération.  De quoi sérieusement douter de la fiabilité des données du ministère.

Mediacités a fait le test dans l’académie de Lyon (Rhône, Loire, Ain). Au 6 novembre, elle ne comptait que 127 cas positifs sur 628 000 élèves, soit 0,02%, selon les chiffres du rectorat. Mais cette estimation semble très basse : en contactant le personnel de six établissements de la Métropole de Lyon, Mediacités a déjà recensé plus de 25 de cas positifs pour cette semaine-là. Alors même que l’académie compte plus de 2600 écoles, collèges et lycées.

Trous dans la raquette

Explication d’un membre de la direction d’un collège de Lyon : « Tous les établissements ne font pas remonter leurs chiffres, ou alors pas en temps réel. On est déjà bien occupés par la mise en place des mesures sanitaires, les statistiques passent souvent après. Du coup il peut y avoir des trous dans la raquette ». Du côté des syndicats, on regrette un manque de transparence : « Tous les chefs d'établissements ne communiquent pas leurs chiffres au personnel », estime Nadège Pagliaroli, secrétaire départementale du Snes-FSU pour le Rhône.  

Contacté par Mediacités, le rectorat de Lyon admet l’imprécision de ses données : « Les informations de Santé Publique France proviennent directement des laboratoires, tandis que les nôtres sont issues des déclarations des parents, qui ne signalent pas toujours si leur enfant est malade ou a été testé positif ». Autrement dit : l'Education nationale fait ce qu’elle peut avec ce qu’elle a. « Nous ne sommes pas le ministère de la Santé. Le plus important pour nous, ce sont les établissements ou les classes fermés, et de savoir si on peut assurer la bonne marche des établissements », complète le rectorat. Vendredi 13 novembre, seules deux écoles de l’académie (dans la Loire et l’Ain) étaient fermées à cause de l’épidémie.

Mathieu Périsse

Mathieu Périsse
Mathieu Périsse collabore avec Mediacités Lyon depuis juin 2017, convaincu de la nécessité d’une information locale indépendante et percutante. Lyonnais de naissance, il a d’abord travaillé pour la radio (Radio France, RTS), notamment lors de reportages longs-formats à l’étranger (Afghanistan, Biélorussie, Chypre, Burkina Faso…). Membre du collectif de journalistes We Report, il écrit régulièrement pour Mediapart, journal pour lequel il a enquêté pendant un an sur la pédophilie dans l’Eglise catholique (également en lien avec Cash Investigation).

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