Les tours des Minguettes, à Vénissieux. Photo : Elementerre/WikiCommons.

Vénissieux : les échecs de la politique de la ville aux Minguettes

Ce mercredi 2 décembre, la Cour des comptes publie le résultat d’une longue enquête de deux ans sur les quartiers classés en « politique de la ville ». Parmi les 1 514 quartiers, elle s’est particulièrement penchée sur les Minguettes à Vénissieux, banlieue emblématique de cette politique. Il y a plus de dix ans, les Minguettes ont bénéficié d’un ambitieux programme de rénovation, avec l’arrivée du tramway et la création d’un pôle commercial. Mais si les conditions de vie se sont améliorées, la Cour constate que sur la période 2008-2018, la précarité s’est accrue alors que la mixité sociale et des origines s’est réduite. « Les habitants regrettant la persistance d’un entre soi communautaire et la difficulté de vivre au quotidien », écrivent les auteurs du rapport.

Ils consacrent un encart aux « manifestations d’un communautarisme religieux aux Minguettes ». Le quartier dispose de trois mosquées officielles (dont deux jugées salafistes) et 12 salles de prière. Un service spécialisé du ministère de l’Intérieur voit dans les Minguettes « un bastion du salafisme depuis les années 2000 », alors que la ville pointe « la multiplication des incidents quotidiens, un phénomène d’entre soi sur une base religieuse, sans respect du cadre culturel (refus de serrer la main) » et la « marginalisation progressive des femmes » avec une présence des hommes « oppressante ». Mais, pour la Cour, le principal point noir reste le trafic endémique de stupéfiants qui perdure et entraîne de multiples problèmes de sécurité.

Services publics cloisonnés

Pourquoi un tel échec de la part de la politique de la ville ? Malgré les moyens déployés, le programme de rénovation urbaine s’est heurté à la taille du quartier. A la Duchère ou à Meyzieu, autres territoires de la métropole de Lyon concernés, la mixité urbaine s’est accrue. Écueil supplémentaire : le nombre d’intervenants pléthorique avec des services publics très cloisonnés, chacun avec son zonage et ses priorités. Résultat, malgré la précarité du quartier, l’État a choisi d’y installer des demandeurs d’asile, population elle aussi en difficulté.

La Cour remet par ailleurs en cause certains dispositifs comme l’instauration d’une zone franche urbaine, instaurée en 2004 pour répondre à un chômage trois fois supérieur à la moyenne nationale. Elle n’a créé que « peu d’emplois pour les habitants et semble n’avoir pas eu d’effet sur l’attractivité du quartier », pointe le rapport. Elle a surtout attiré des très petites entreprises souvent sans salarié.

Conclusions ? Pour la Cour, il faut décentraliser davantage, définir une véritable stratégie de mixité dans l’attribution des logements sociaux et ne pas réduire la rénovation urbaine aux bâtiments, mais renforcer les moyens consacrés à l’accompagnement social, éducatif et économique des habitants.

Pierre Januel

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