Le major général Al-Raisi. Photo : Wikicommons.

Interpol : une nouvelle plainte déposée contre le candidat des Émirats arabes unis

« Élire Ahmed Nasser Al-Raisi à la tête d’Interpol serait un camouflet à la justice. » Ce vendredi 1er octobre, lors d’une conférence de presse organisée à Lyon où se trouve le siège de l’agence policière mondiale, Matthew Hedges raconte son arrestation aux Émirats arabes unis en 2018 alors qu’il était doctorant, puis les mauvais traitements qu’il a subis en détention avant d’être finalement relâché après plusieurs mois d’enfermement [revoir dans la vidéo ci-dessous le récit qu’il en avait fait sur Mediacités en 2020]. À ses côtés, un autre citoyen britannique, Ali Issa Ahmad, revient à son tour sur le calvaire qu’il a lui aussi enduré, en 2019, au sein de la monarchie pour une histoire de maillot de football qui déplaisait à des policiers.

Quel rapport avec Interpol ? Depuis 2015, au sein du régime d’Abou Dhabi, le major général Al-Raisi est inspecteur général du ministère de l’Intérieur et, à ce titre, « responsable des agissements des services de police » de son pays, selon le député du Rhône (ex-LREM, qui s’est rapproché des écologistes) Hubert Julien-Laferrière, organisateur de la conférence de presse. Or, le même Ahmed Nasser Al-Raisi était jusqu’à peu le seul candidat connu à la présidence d’Interpol.

 

En novembre 2020, Mediacités avait consacré une longue enquête à ce haut-dignitaire de police, dont la candidature à la tête de l’agence mondiale traduit l’influence croissante des Émirats arabes unis dans les couloirs d’Interpol. Mais son élection annoncée pourrait se retrouver entravée. En août dernier, la directrice de la coordination internationale à la présidence de la police de la République tchèque, Šárka Havránková, a annoncé qu’elle briguerait elle aussi la présidence de l’institution. Et surtout, à l’approche du vote, les opposants à l’élection du dignitaire émirati redoublent d’efforts.

Actes de torture et complicité de ces actes

Rodney Dixon, l’avocat des deux Britanniques, représenté en France par sa consœur Alexandra Prassoloff, a annoncé, vendredi dernier, avoir déposé la veille une nouvelle plainte contre Ahmed Nasser Al-Raisi (et contre plusieurs autres officiels émiratis) pour actes de torture et complicité de ces actes devant le pôle crime contre l’humanité du parquet de Paris. Outre une pléthore de procédures judiciaires civiles et pénales initiées outre-Manche, elle s’ajoute à celle déjà déposée en France contre le major général Al-Raisi par l’ONG Gulf centre for human rights (GCHR) via son avocat William Bourdon. Cette plainte-ci concerne le militant des droits de l’Homme Ahmed Mansour, qui croupit depuis 2017 dans les geôles des Émirats arabes unis.

Ce n’est pas tout. Le Parlement européen s’est aussi emparé du sujet. Dans une résolution votée le 16 septembre dernier, Strasbourg revient sur les violations des droits de l’Homme dans le pays du Golfe et « prend acte des inquiétudes exprimées par la société civile en ce qui concerne [l]a candidature [du général Nasser Ahmed Al-Raisi] et l’impact potentiel sur la réputation de l’institution ».

À ce titre, les députés européens « demande[nt] aux membres de l’assemblée générale d’Interpol [l’agence compte 194 états membres], et en particulier aux États membres de l’UE, d’examiner dûment les allégations de violations des droits de l’Homme concernant le général (...) dans la perspective de l’élection de la présidence de l’organisation ». Une résolution « utile et importante », s’est félicitée l’eurodéputée socialiste Sylvie Guillaume, le 1er octobre.

Mobilisé depuis plusieurs mois contre la candidature émiratie, Hubert Julien-Lafferière confie à Mediacités avoir brièvement évoqué le sujet avec Emmanuel Macron lors de sa venue la semaine dernière. « Reparlons en », lui aurait rétorqué le président de la République. Le temps commence à presser : l’élection du nouveau président d’Interpol doit avoir lieu, en Turquie, à la fin du mois de novembre.

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