La liste "Nantes en commun.e.s" menée par Margot Medkour aux élections municipales. / Photo : Antony Torzec

Revenu médian, taux de pauvreté… Quand “Nantes en commun.e.s” met en avant le niveau de vie de ses candidats

La tête de liste “Nantes en Commun.e.s”, Margot Medkour a présenté hier midi ses 68 colistiers. Entre transparence et communication, la « liste citoyenne » cherche – chiffres à l’appui – à se montrer proche des classes populaires.

Cocotte-minute sur le feu, murs recouverts de post-it, canapé et mobilier de récupération… Rien à dire : le local de campagne de “Nantes en Commun.e.” ne ressemble pas à ceux de ses concurrents à l’élection municipale. Pas plus d’ailleurs que la liste présentée par la candidate Margot Medkour ou que la communication du mouvement.

A un mois du premier tour de l’élection municipale, “Nantes en commun.e.s” tenait hier à bien marquer sa différence avec les listes concurrentes. Et si l’on eût bien droit à l’énumération des noms et qualités des 69 colistiers, le mouvement citoyen (soutenu par la France Insoumise) innovait en dévoilant également le niveau de vie de ses candidats. Du jamais vu dans une campagne municipale nantaise. Sur le document remis à la presse, on découvrait ainsi, en gros caractères, cinq chiffres : 1550 euros, soit le revenu moyen des candidats ; 1400 euros, leur revenu médian ; 22, comme le nombre des candidats vivant sous le seuil de pauvreté ; 0 comme celui de ceux vivant de la politique ; et enfin 39 pour l’âge moyen des candidats.     

Alors, un brin démago, la « Nantes insoumise » ? Interrogée un peu plus tard, sa tête de liste Margot Mekdour assume en tout cas tout à fait cet effeuillage, à mi-chemin entre le coup de com’ et la transparence. « Tout le monde se revendique d'être citoyen et de représenter les habitants, mais quand on regarde les listes on voit bien que c'est faux : les cadres, les gros salaires et les professionnels de la politique constituent l'ultra majorité des colistiers dans tous les gros partis, explique-t-elle. Les chiffres que nous avons donné, ça nous ferait rire de les voir chez les autres, pour voir le décalage total avec les Nantais. Nous, on assume d'être une liste différente et on a pas honte de ce qu'on est : des gens qui gagnent peu d'argent, qui viennent de tous les quartiers et qui n'ont jamais vécu de la politique. »

Com' et transparence

A Mediacités, on aimerait également avoir la possibilité de comparer le niveau de vie de l’ensemble des postulants au conseil municipal. Pas par voyeurisme. Pas non plus parce que nous croirions que la pauvreté ou la richesse d’un candidat soient des critères pertinents au moment de déposer son bulletin dans l’urne. Mais parce que la question de l’homogénéité du personnel politique et de sa représentativité fait depuis longtemps débat, au niveau national comme au niveau local (sur le sujet, lire notre interview du sociologue, Michel Koebel : Municipales « le pouvoir n’appartient plus au peuple »). Mais aussi parce que le fait que l’abstention touche principalement les quartiers les plus populaires, comme le décrit dans nos colonnes le géographe Jean Rivière, interroge forcément.

En l’état actuel des choses cette comparaison entre listes n’est pas – encore ? – possible. Et il faut se contenter de comparer les chiffres annoncés par « Nantes en commun » avec ceux de l’ensemble des Nantais. Un exercice qui – amusant paradoxe - montre d’ailleurs que la liste n’est finalement pas si représentative que ça. Son revenu médian (1400 euros, donc) est inférieur d’environ 400 euros à celui de l’ensemble des Nantais, calculé par l’Insee (1792 euros). Quant aux 22 candidats vivant sous le seuil de pauvreté (1026 euros de revenus mensuels en France), c’est proportionnellement deux fois plus que celui de la ville de Nantes (31% contre 16%). Si « Nantes en commun » cherchait à convaincre qu’elle représente bien les milieux populaires, la preuve serait faite.

Sauf que les choses sont évidemment un peu plus compliquées que cela. On ne glosera pas sur le fait que le mouvement ait choisi d’implanter son QG face au très chic marché de Talensac plutôt que là où se tient chaque mardi le plus populaire marché de Bellevue. Les logiques immobilières ne sont pas toujours celles de la politique. Mais en regardant la carte distribuée pointant le domicile de chaque colistier, on pourrait s’attendre à voir une surreprésentation de candidats issus des quartiers prioritaires de la ville. Ce n’est pas le cas. Une trentaine de points rouges (sur les 69) se situent dans le centre-ville et Ile de Nantes, loin des secteurs populaires.

Pas d'élus mais des militants

Ce paradoxe et cette volonté de marteler le côté « populaire » de la liste fait d’ailleurs bondir certains concurrents politiques. Du côté d’Europe Ecologie – Les Verts, notamment. Sur Twitter, Christophe Bultel, vingtième sur la liste menée par Julie Laernoës note ainsi : «ce qui me frappe comme d’autres c’est l’absence d’engagement concret pour l’animation et la vie de leur quartier à travers notamment des associations ou des collectifs citoyens pour la plupart des colistiers ». Une remarque auquel répond rapidement un soutien de Margot Medkour : « il est sans doute vrai que “Nantes en Commun.e.s” est moins dans l’instrumentalisation des associations des quartiers populaires que les élus verts »… Un tel échange d’amabilités entre deux listes qui, un temps, ont discuté d’une union, en dit long sur le chemin à parcourir pour sceller un accord entre le premier et le second tour.

« Ce sont les mouvements sociaux et les habitants qui s'impliquent en politique, une nouvelle génération, avec d'autres façons faire, répond quant à elle Margot Medkour. A Nantes en Commun 90% des gens n'ont jamais été membres de partis, nous arrivons avec d'autres codes qui tranchent avec la communication traditionnelle des élus. » Une chose est sûre, la plupart des 69 colistiers ont effectivement un lien fort avec le secteur associatif et militant, en tant que bénévole ou salarié dans l’économie sociale et solidaire. Les dirigeants d’entreprise peuvent être comptés sur les doigts d’une main.

Quant au côté « hors des partis, il est là encore à relativiser. S’il est vrai que “Nantes en Commun.e.s” est la seule liste exempte d’élus, on y trouve néanmoins d’anciens candidats, voire quelques vieux briscards des campagnes électorales. C’est le cas de Guy Croupy (4e sur la liste), ancien du PS, candidat du Parti de Gauche aux élections cantonales de 2011 et tête de liste Front de Gauche aux municipales nantaises de 2014. Tout comme Arnaud Kongolo, d’ailleurs, qui menait à l’époque la liste « Je suis là et je compte », obtenant 0,5% des suffrages. C’est encore le cas d’Edith James, qui occupe la 5e place et fut candidate de La France insoumise lors des dernières élections européennes. D’ailleurs, sans porter l’étiquette du parti mélenchoniste, “Nantes en Commun.e.s” compte dans ses rangs quinze de ses militants. Auxquels il faut ajouter trois représentants de Fakir, la revue de François Ruffin. On repassera pour le caractère non partisan de la liste.

Du mouvement du 10 novembre d’où est né “Nantes en Commun.e.s” ne reste plus sur la liste que les quatre représentants historiques, Margot Medkour, Clément Barailla, Simon Chabasse et Jean-Pierre Boulé. Mais sept gilets jaunes l’ont rejoint, ce qui en fait probablement la seule à intégrer des représentants de ce mouvement. Décidément, cette liste ne fait rien comme les autres, ou presque.

Antony Torzec

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Diplômé du CFPJ (après une Licence de Communication), j'ai débuté ma carrière dans le groupe Europe 1 (Europe 2, Europe 1), avant d'occuper un poste de journaliste au sein de la rédaction de Radio Fidélité à Nantes. Après une année passée à la rédaction française de Radio Vatican à Rome, j'ai fait un retour à Radio Fidélité en tant que rédacteur en chef jusqu'en avril 2017. J'ai réalisé quelques piges également pour Télénantes, France 3, France Bleu et La Croix. Depuis septembre 2017, je collabore avec Médiacités Nantes et les radios RCF des Pays de la Loire (RCF Anjou, Vendée et Sarthe).

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