L'hôtel de ville d'Orvault, près de Nantes. / Photo : Creative Commons, par Pymouss44

Contournement d’Orvault : ce projet à 30 millions d’euros qu’aucun des candidats aux municipales ne votera

La scène se reproduit matin et soir : aux heures de pointe, les automobilistes traversent le bourg d’Orvault au ralenti, pare-chocs contre pare-chocs. Située dans la première couronne de Nantes, la commune de plus de 26 000 habitants était jusque dans les années 1950 une bourgade agricole, le garde-manger de sa grande sœur nantaise. La voilà aujourd’hui traversée quotidiennement par ceux et celles qui sont allés chercher un peu plus loin de la ville centre des maisons à un prix encore abordable. Ce sont ces habitants de Treillières, Héric, Grandchamp, voire de Nozay qui, tentant d’échapper aux bouchons du périphérique nantais, transforment le bourg d’Orvault en un petit enfer automobile.

Dans les années 1970, déjà, les élus projetaient de contourner le bourg d’Orvault pour résoudre le problème. Le dossier, vieux serpent de mer local, a connu un coup d’accélérateur ces dernières années quand – à la faveur de l’entrée en vigueur de la loi NOTRe – les routes situées sur le territoire de Nantes Métropole sont passées du giron du Département à celui de cette dernière. Soutenu par Johanna Rolland, le maire sortant d’Orvault, Joseph Parapaillon obtient alors l’organisation d’une concertation préalable, en mars 2019, puis le vote par le conseil métropolitain d’une enveloppe budgétaire de 30 millions d’euros.
     

carte contournement Orvault
Le tracé prévu pour le contournement routier d'Orvault

Deux candidats contre le contournement...

Problème réglé ? Pas tout à fait. Car si en 2014, le projet semblait faire l’unanimité, les études d’impact présentées l’année dernière lors de la concertation ont un peu rebattu les cartes. Résultat, malgré son poids financier et son importance pour l’avenir du bourg, aucun des trois candidats à la succession de Joseph Parpaillon n’envisage de voter pour ce contournement au conseil métropolitain, en cas d’élection.

Candidat de la gauche et des écologistes, Jean-Sébastien Guitton, estime ainsi que ce contournement du bourg va « engendrer un appel d’air ». Pour lui, « les automobilistes vont vouloir éviter le périphérique en empruntant ce contournement. Conséquence : une augmentation de 60% du trafic et un nouveau pont (prévu dans le projet) très vite saturé aux heures de pointes ». Les conséquences écologiques inquiètent également le candidat : « Ce projet aura inévitablement des impacts sur les milieux naturels. Des terres agricoles vont être consommées et la construction d’un pont sur la vallée du Cens que l’on souhaite protéger est une hérésie. C’est un projet qui dégrade le cadre de vie et les milieux naturels ! ».

Des arguments partagés par l’un de ses concurrents, l’ex-LR, Sébastien Arrouët. Ce dernier a beau faire partie de la majorité actuelle, il rejette aujourd’hui ce projet. « Au premier coup d’œil, on était tous pour ce contournement. Et puis, après étude du dossier, il est clair qu’il ne doit pas se faire. Et le comble, c’est que le conseil municipal d’Orvault n’a pas eu son mot à dire ! » Compétence métropolitaine oblige, le projet n’a effectivement été débattu qu’en conseil métropolitain, en juin et octobre 2019.

...et une qui ne pourra pas le voter

Mais le plus paradoxal dans ce dossier, c’est que la troisième candidate à ces élections municipales, Monique Maisonneuve, dauphine du maire actuel, ne pourra pas non plus voter en faveur de ce dossier que pourtant elle soutient. Conseillère communautaire, elle n’a d’ailleurs pas participé aux votes lorsqu’il a été présenté aux élus de Nantes Métropole. La raison ? Un risque de conflit d’intérêt. Agricultrice de profession, l’adjointe au maire loue des terres appartenant à Arnaud de la Brosse, nom de famille de châtelain bien connu à Orvault. Or un hectare de ces pâturages où paissent ses vaches laitières est concerné par la construction du détournement. En tant que locataire, Monique Maisonneuve pourrait ainsi bénéficier d’une « indemnité d’éviction », dont les barèmes sont établis par la Chambre d’agriculture en accord avec la Direction des finances publiques, et qui pourrait atteindre 3500 euros...

Pas de quoi s’offrir une retraite dorée au soleil mais suffisant néanmoins pour risquer la « prise illégale d’intérêt » et donc pour interdire à la possible future maire de participer aux votes sur ce dossier. « Une position intenable, juge Sébastien Arrouët. Dans les faits, elle ne pourra pas porter ce projet comme il se doit auprès de Nantes Métropole ». Et puis, période électorale oblige, on en cause dans le bourg. «Les gens nous parlent de ce dossier, lâche Jean-Sébastien Guitton. Il y a des doutes sur les élus qui prennent des décisions qui ont des conséquences pour eux-mêmes ».

Mais comment une agricultrice, théoriquement attachée à la protection des terres agricoles, peut-elle soutenir un tel projet ? « Evidemment on va artificialiser des terres agricoles, je ne suis pas pour mais comment fait-on pour désengorger le centre-ville ? », s’énerve Monique Maisonneuve. « Moi je ne travaille pas pour l’intérêt personnel. La preuve, je suis concernée personnellement par le tracé. Je suis là pour l’intérêt général. Et l’intérêt général, c’est de désengorger le centre-ville et de le rendre vivable pour les habitants et les commerçants » se défend la candidate aux élections municipales.

Retraite en vue

Il faut dire que les perspectives professionnelles de Monique Maisonneuve ne l’incitent pas à se battre pour la zéro artificialisation des terres, l’objectif que s’est fixé le conseil départemental de Loire-Atlantique. Retraitée dans les toutes prochaines années, aucun de ses quatre enfants ne compte reprendre l’exploitation. Cette ferme bovine enclavée entre le bourg d’Orvault et le périphérique nantais a d’ailleurs très peu de chance de charmer un repreneur. « C’est une certitude, notre ferme ne sera pas reprise sur ce type de production, confirme Monique Maisonneuve. Un maraicher bio en revanche peut être intéressé ».

Comme tout grand projet, ce contournement du bourg d’Orvault n’évitera pas non plus l’opposition de collectif citoyen, à l’image de l’OBBC (Orvault Bourg dans le Bon Sens). Son président, Pierrick le Bigot, l’estime « inefficace et donc inutile ». Pour lui, cette élection municipale va être déterminante pour l’avenir du dossier « Si l’un des candidats opposés au contournement du bourg est élu, ce projet ne pourra pas se faire. Sinon, nous serons là pour nous y opposer ». Décidément, le contournement du bourg d’Orvault n’est pas pour demain…

Antony Torzec

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Diplômé du CFPJ (après une Licence de Communication), j'ai débuté ma carrière dans le groupe Europe 1 (Europe 2, Europe 1), avant d'occuper un poste de journaliste au sein de la rédaction de Radio Fidélité à Nantes. Après une année passée à la rédaction française de Radio Vatican à Rome, j'ai fait un retour à Radio Fidélité en tant que rédacteur en chef jusqu'en avril 2017. J'ai réalisé quelques piges également pour Télénantes, France 3, France Bleu et La Croix. Depuis septembre 2017, je collabore avec Médiacités Nantes et les radios RCF des Pays de la Loire (RCF Anjou, Vendée et Sarthe).

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