Le tout nouveau maire de Rezé Hervé Neau (Rezé citoyenne) / Photo : Thibault Dumas

Rezé : transition glaciale à gauche entre Gérard Allard et Hervé Neau

« J’ai vécu une semaine d’enfer. Il n’y a eu ni transition, ni transmission, ni accès au bureau du maire. Rien. Du coup, j’ai travaillé 50 heures depuis chez moi en rencontrant le DGS [directeur général des services, Ndlr] tous les jours ». Le nouveau maire de Rezé, Hervé Neau respire un coup, seul dans le gymnase encore vide de la Trocardière qui servira au conseil municipal d’installation dans une heure. « Moi même je n’y croyais pas du tout. Là c’est une taule » laisse échapper ce directeur d’école, tête de liste de Rezé citoyenne (divers gauche, 60,62 % des voix).

Cette « taule » c’est le maire sortant PS, son ex-mentor, Gérard Allard, qui l’a prise sur la tête, le 28 juin en ne recueillant que 22,73% au second tour de l’élection municipales. À en partir en catimini ce dimanche-là pour laisser le soin à un simple tableau de proclamer les résultats du scrutin sa place. Aucun contact entre les deux hommes depuis, hormis deux textos, échangés à la veille de ce premier conseil municipal. « Je viendrai siéger demain », y écrit le sortant. « Très bien », répond son successeur. Et dire que les deux hommes adhéraient au même parti (Hervé Neau a quitté le PS) et qu’ils appartenaient encore à la même majorité deux ans plus tôt …

« Je suis aussi responsable d’un très bon bilan »

Désormais deux mètres les séparent et un courant d’air glacial file entre eux dans le gymnase ce 3 juillet. Même pas un « bonjour » à la salle, du bientôt ex-maire de la troisième ville de la métropole nantaise (43 000 habitants) et doyen de l’assemblée. Vêtu de son écharpe tricolore, il enchaîne les points protocolaires puis revient brièvement sur les sujets qui fâchent. Les dix démissions au sein de son équipe PS-PCF-EELV en dix-huit mois ? « Cette défaite est largement liée à l’abstention et aux dysfonctionnements que nous avons connus au sein de la majorité municipale depuis 2014. Autant le dire clairement cet échec je me dois de l’assumer pleinement en tant que maire. Mais je suis aussi responsable d’un très bon bilan de mandat » purge Gérard Allard . L’affaire de l’animateur périscolaire pédophile en 2019, accélérateur ou prétexte aux démissions selon les uns ou les autres ? « Cette utilisation d’une affaire criminelle ne fait pas honneur à la politique » retrouve sa verve le vice-président socialiste de Nantes Métropole, pour quelques jours encore.

Quatre ou cinq personnes applaudissent dans le public (Lire notre précision, plus bas, Ndlr). Les dizaines d’autres (dont l’ancien maire socialiste Gilles Retière, soudainement sorti de sa retraite fâchée), tout comme les 43 conseillers municipaux restent silencieux. Le malaise transpire. Il est grand temps que l’écharpe républicaine change d’épaule (35 voix pour), sans un mot. Hervé Neau met fin à 61 ans de municipes socialistes à Rezé l'ouvrière.   

Pour autant, l’ancienne cité industrielle reste largement à gauche. Comme sa majorité, qui coalise jusqu’à son extrême avec Rezé à gauche toute (RàGT) l’autoproclamé « aiguillon » – ce qui promet – de la nouvelle équipe municipale . Comme une partie de sa minorité sur les bancs de laquelle on ne sait si Gérard Allard siègera. Avec, dans chacun des camps, des écologistes plus ou moins nombreux. Une curieuse et difficile équation politique qui augure peut-être de nouvelles tensions.           

Conseil municipal dinstallation avec a droite Gerard Allard et a gauche Herve Neau, lancien et le nouveau maire (c) Thibault Dumas
Conseil municipal d'installation avec, à droite, Gérard Allard et, à gauche, Hervé Neau, l'ancien et le nouveau maire de Rezé / Photo : Thibault Dumas

Moratoire sur les grands projets métropolitains

En attendant, par un contraste un brin caricatural avec son prédécesseur, Hervé Neau la surjoue collectif. Quatre de ses colistiers élus s'expriment tour à tour, déroulant le futur programme municipal. « Nous demanderons à nouveau que tous les grands projets d’aménagement métropolitains soient soumis à un moratoire, pour en discuter. Nous demanderons une modification du Plum (Plan local d’urbanisme métropolitain) pour la partie rezéenne », explique par exemple Martine Métayer. Ce qui signifie un gel ou/et une modification, par exemple, de l’urbanisation de la ZAC Pirmil-Les Isles, lancée en grande pompe avec Nantes Métropole en septembre dernier.

L’attractivité contagieuse de la voisine nantaise et ses conséquences… La thématique est également au centre du discours du maire. « Elle impose la construction de logements, de locaux, l’optimisation de l’usage des sols... La densification urbaine est nécessaire, mais elle doit être maîtrisée », explique-t-il en promettant, sur la lancée de la campagne, de mettre « la transition écologique au cœur de toutes les politiques municipales ». Des enjeux métropolitains fondamentaux, donc, mais pas suffisamment pour lui faire renier l’une de ses promesses de campagne.

Pas de vice-présidence métropolitaine pour Hervé Neau

« Conformément à mon engagement contre le cumul, je ne souhaite pas personnellement prendre de vice-présidence à Nantes Métropole, mais je souhaite que Rezé en ait une, annonce Hervé Neau à Mediacités. Par contre je siégerai bien au bureau métropolitain ». Nantes Métropole… Une autre équation pas évidente à résoudre pour le nouvel édile. Lui et ses colistiers ne savent d'ailleurs toujours pas s'ils siégeront, derrière la maire de Nantes, avec le groupe majoritaire au conseil métropolitain, s’ils rejoindront celui des écologistes ou s’ils en créeront un autonome.

Étrange situation qui, dans le premier cas, les amèneraient à occuper le même banc que Gérard Allard, l’homme qu’ils viennent d’éjecter du fauteuil de maire. Et dans le second cas, à partager celui de François Nicolas (EELV), second sur la liste du sortant et désormais porte-parole d'une minorité municipale de cinq élus . « Nous sommes très courtisés », euphémise Hervé Neau, qui souhaite aussi remanier largement l’organigramme des services municipaux en pôles. Voilà qui lui promet sans doute d'autres « semaines d'enfer ».           

Thibault Dumas

Précision du 10 juillet 2020 : Après lecture de cette article, une lectrice a interpellé Mediacités pour apporter une précision et souligner que le nombre réduit de soutiens affichés de l'ancien maire était notamment lié au fait que ce premier conseil n'était que partiellement ouvert au public. Une information que nous a confirmé la mairie : Consignes sanitaires obligent, « une jauge maximale de 43 personnes avait été fixée pour le conseil municipal. Les inscriptions préalables via site internet ont été ouvertes à tous. Le formulaire d’inscription a été fermé à la 67ème inscription, de nombreuses personnes supplémentaires ayant continué a exprimé le souhait d’assister à cette séance. (...) Certains sièges ont été réservés pour des raisons de protocole. (...) Les autres répartis selon une méthode proportionnelle, fonction des résultats des élections. »

Thibault Dumas
Franco-américain, je suis journaliste professionnel à Nantes depuis plus de dix ans, en radio puis en presse écrite, comme pigiste désormais. Je collabore avec Mediacités, édition nantaise, depuis la préparation de son lancement, en 2017. Je n'ai pas de spécialité en tant que telle mais j'enquête plutôt (seul ou en équipe) sur les montages fiscaux (Waldemar Kita, FC Nantes, Manitou, etc), la politique sous toutes ses formes, le social (Le Confluent, Centrale Nantes, Beaux-Arts de Nantes, etc) et un peu d'écologie (déchets, éoliennes de Nozay, etc). Pour me contacter : thibault.dumas@mediacites.fr.

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