Le stade de La Beaujoire, en novembre 2018, jour de victoire du FC Nantes face à Guingamp (5-0). / Photo : Thibault Dumas

Waldemar Kita, toujours aux affaires mais pas tiré d’affaire

Tout semble aller pour le mieux pour Waldemar Kita. Parce qu’avec quatre points engrangés en deux journées, le FC Nantes a plutôt bien commencé la saison. Parce que celui qui a usé quatorze entraîneurs depuis son arrivée à la tête du club il y a treize ans, semble entretenir une relation inhabituellement apaisée avec l’actuel titulaire du poste, Christian Gourcuff, dont la prolongation de contrat est en discussion. « Quelqu'un d'honneur, qui n'aime pas les conflits, très respectueux. Nous nous entendons très bien et quand on se voit, on parle le même langage » se félicitait il y a quelques jours sur TéléFoot l’homme d’affaire franco polonais. Parce que malgré l'échec d'un projet d'implantation du côté de Pont-Saint-Martin cet été, il n’a pas totalement abandonné l’espoir de construire un nouveau centre d’entraînement sans et en dehors de Nantes Métropole.

Mais surtout parce que côté financier, les affaires semblent florissantes. Comme nous en avons désormais pris l’habitude, nous nous sommes penchés sur les comptes – tout juste déposés - des différentes holdings chapeautant les sociétés détenues par l’homme d’affaire (lire nos précédentes enquêtes). La première, Flava Groupe, qui détient à 99,6 % la SASP FC Nantes, affiche un bénéfice net de deux millions d’euros en 2019. Un joli jackpot du, comme nous vous l’expliquions en février, aux résultats records enregistrés par le FC Nantes pour la saison 2018-2019, grâce à des transferts en série. Et qui permet à Waldemar Kita de continuer à se rembourser des investissements consentis depuis son arrivée sur les bords de l’Erdre.

 

 

De la banlieue de Luxembourg aux tours de Hong-Kong

La situation est encore meilleure du côté de ses autres activités. Comme l’atteste un bilan déposé fin juillet, à Limpertsberg, banlieue cossue de Luxembourg-Ville, V Plus SA, a réalisé 10,67 millions d’euros de résultat net l’an passé, dont 8,5 millions reversés aux actionnaires, au premier rang desquels Waldemar Kita. Cette holding, qui a employé une personne en 2019 a été créée il y a dix ans. Elle chapeaute tout à la fois les Laboratoires Vivacy en France (près de 200 salariés entre Paris et une usine de 5000 mètres carrés en Haute-Savoie) et Vivacy International SA, à Genève, en Suisse. 90 % de l’activité de Vivacy est concentrée sur l’esthétique avec diverses applications de l’acide hyaluronique, de l’antiride à l’allongement de pénis, comme le Franco-Polonais le détaillait lui-même encore récemment dans So Foot : « C’est la substance best-seller de la médecine sur les quinze dernières années […]. Si la réglementation impose de ne réserver l'usage du botox qu'aux chirurgiens, les injections d'acides hyaluroniques peuvent être délivrées par toutes sortes de praticiens », se félicitait-il.

 

 

Paris, la Haute-Savoie, la Suisse et donc le Luxembourg… Pourquoi un tel montage ? «  Les laboratoires français fabriquent, il est probable que la société suisse s’occupe de la distribution de produits en Europe, tandis que la holding luxembourgeoise sert à faire remonter les dividendes  », analysait un fiscaliste chevronné lors de notre enquête initiale il y a deux ans. «  C’est l’Europe. J’ai le droit. En quoi ça vous gêne  ?  » lançait alors Waldemar Kita à Mediacités. Il ne s’arrête plus aux frontières du Vieux Continent, puisque nous avons repéré une nouvelle structure créée il y a neuf mois en off-shore dans le paradis fiscal de Hong-Kong (0 % d’impôt sur les sociétés pour les flux étrangers) : Vivacy Laboratoires Limited. Une arrivée sur le marché asiatique qui complexifie encore un peu plus le réseau d’entreprises détenues par l’homme d’affaire. Et lui promet, peut-être, de nouveaux dividendes.

Tout irait donc pour le mieux pour Waldemar Kita s’il n’y avait cette enquête préliminaire du Parquet national financier (PNF), ouverte depuis février 2019. Portant sur sa « situation fiscale personnelle », elle est toujours en cours, nous confirme le PNF et serait même entrée depuis l’été dans sa phase finale, selon nos confrères de l’Équipe (ce type d’investigations dure deux ans en moyenne). Vraisemblablement acquis via un montage offshore aux îles Vierges britanniques, son yacht, le K Grace, aurait été saisi. D’après nos recherches, le bateau valorisé 2,5 millions d’euros n’est plus amarré dans son port d’attache d’Antibes depuis le 1er août.

Thibault Dumas

Thibault Dumas
Franco-américain, je suis journaliste professionnel à Nantes depuis plus de dix ans, en radio puis en presse écrite, comme pigiste désormais. Je collabore avec Mediacités, édition nantaise, depuis la préparation de son lancement, en 2017. Je n'ai pas de spécialité en tant que telle mais j'enquête plutôt (seul ou en équipe) sur les montages fiscaux (Waldemar Kita, FC Nantes, Manitou, etc), la politique sous toutes ses formes, le social (Le Confluent, Centrale Nantes, Beaux-Arts de Nantes, etc) et un peu d'écologie (déchets, éoliennes de Nozay, etc). Pour me contacter : thibault.dumas@mediacites.fr.

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