L'ancien Creps de Nantes où la branche nantaise du Grand Orient devait s'installer. / Photo : Antony Torzec

Au conseil municipal de Nantes, disparition soudaine d’une délibération sur la franc-maçonnerie

Voilà de quoi garnir deux listes. Celle, très longue, des rumeurs et fantasmes courant autour de la franc-maçonnerie… Et celle, à peine plus courte, des sujets qui divisent la majorité municipale nantaise.

Au début du conseil municipal de Nantes de ce vendredi 2 avril 2020, la cheffe de file de l’opposition, Laurence Garnier (LR) s’interroge sur la disparition de l’une des quatre « Transactions immobilières diverses » inscrites initialement à la délibération n°45 (lire ci-dessous) de l'ordre du jour. Ce point précis concernait la mise à disposition, par bail emphytéotique, de 600 mètres carrés de bâtiments dans le quartier Doulon à l’association « Les Colonnes Nantaises ». Une dénomination derrière laquelle on retrouve la branche nantaise du Grand Orient de France, la plus importante obédience maçonnique française, plutôt classée à gauche.

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« Nous avons reçu hier (NDLR la veille du conseil) à 18h19 une nouvelle délibération n°45 où ne figure plus le dossier “Les Colonnes nantaises”, fait remarquer Laurence Garnier. De mémoire d’élue nantaise, une suppression la veille du conseil, ça n’est jamais arrivé ! », commente-t-elle. La sénatrice LR demande alors à la maire (PS) de Nantes si la raison de cette disparition ne viendrait pas de dissensions au sein de la majorité. Et si, dès lors, ce bail au Grand Orient était remis en cause. « Il y a un certain nombres de points que nous avons à approfondir, lui répond Johanna Rolland. En fonction de ce travail, des réponses et des avancées que nous obtiendrons, nous prendrons notre décision le moment venu ».

EELV et Gauche citoyenne prêts à voter contre

Le dossier n’aurait donc pas eu besoin « d’approfondissements » jusqu’à la veille du conseil ? Interrogé par Mediacités le 22 mars dernier lors de la conférence de presse de présentation du conseil, Bassem Asseh, le premier adjoint socialiste en charge de ce dossier semblait pourtant confiant. Il confirmait alors l’intérêt de la municipalité pour l'installation des frères nantais dans les anciens locaux du Creps, précisant même que l’association proposerait des rendez-vous publics en plus de ses rencontres internes.

Que s’est-il donc passé pour que, deux semaines plus tard, la question ne soit plus proposée au vote des conseillers municipaux ? « Il y avait un grand risque que la délibération ne soit pas adoptée, répond un adjoint de la majorité. Les groupes EELV et Gauche Citoyenne étaient prêts à voter contre ».

Interrogé par Mediacités, l’adjoint écolo, chargé du quartier Doulon, Simon Citeau, explique : « En ce début de mandat, nous travaillons sur la rénovation de la mairie de Doulon, de ses abords et potentiellement de l’école de musique. Nous lançons aussi les réflexions sur le centre de la biodiversité, sur la requalification du boulevard de Doulon… Le quartier, dans un périmètre restreint, va connaître des mutations profondes. Nous devons intégrer ces éléments dans la réflexion et avoir une vue d’ensemble. »

Pas de phobie antimaçonnique, assure-t-on côté écolos, mais de gros doutes sur la pertinence du projet et notamment celle d’abandonner ainsi de précieux mètres carrés, alors que la pression sur le logement fait rage à Nantes. Une position à laquelle - timidement et tardivement - semble s'être ralliée l’opposition de droite. « On ne l’aurait peut-être pas voté, consent ainsi Laurence Garnier. Le bâtiment et les extérieurs représentent un intérêt certain. Il y a un vrai sujet sur l’avenir de ce site qui ne doit pas être voté en catimini. On nous parle assez des nouveaux habitants que l’on doit accueillir ! ».

Le retrait de la délibération et son report sine die représentent quoi qu'il en soit un coup dur pour les membres du Grand Orient. Depuis l'incendie criminel qui a touché leur temple de la rue Jean-Jaurès, en 2017, ces derniers ont dispersé leurs activités dans différents lieux de l'agglomération nantaise. Et espéraient bien pouvoir à nouveau les rassembler dans un seul et même endroit.  

Que prévoyait ce dossier supprimé ?

Ce troisième point de la délibération n°45 prévoyait la mise à disposition d’une partie des bâtiments actuels du CREPS (Centre de Ressources, d'Expertise et de Performance Sportive des Pays de la Loire), rue Parmentier, dans le quartier Doulon, à l’association « Les Colonnes nantaises ». 600 mètres carrés au total, situés dans un parc arboré. La durée du bail prévue était de 50 ans, avec une prise d’effet l’été prochain avec le départ des agents du CREPS.

En contrepartie, « les Colonnes nantaises » s’engageaient à payer une redevance annuelle de 8845 euros (à compter de la 4e année). Un prix modique expliqué par la prise en charge par la branche locale du Grand Orient d’un budget conséquent de rénovation et d’entretien, estimé à près de 2 millions d’euros. Un accord dont les conditions avaient été validées en janvier dernier par la Direction de l’immobilier de l’État, affirmait la délibération initiale.

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Diplômé du CFPJ (après une Licence de Communication), j'ai débuté ma carrière dans le groupe Europe 1 (Europe 2, Europe 1), avant d'occuper un poste de journaliste au sein de la rédaction de Radio Fidélité à Nantes. Après une année passée à la rédaction française de Radio Vatican à Rome, j'ai fait un retour à Radio Fidélité en tant que rédacteur en chef jusqu'en avril 2017. J'ai réalisé quelques piges également pour Télénantes, France 3, France Bleu et La Croix. Depuis septembre 2017, je collabore avec Médiacités Nantes et les radios RCF des Pays de la Loire (RCF Anjou, Vendée et Sarthe).

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