Johanna Rolland, à droite d'Anne Hidalgo lors de l'annonce de la candidature de la maire de Paris à la présidentielle 2022. / Photo : capture compte Twitter de Johanna Rolland

Maire, présidente de Métropole et directrice de campagne présidentielle : un cumul inédit pour Johanna Rolland

Certains, à l’image de Jacques Chaban-Delmas (Bordeaux) en 1974 ou de Jacques Chirac (Paris) en 1981 puis en 1988, ont été candidats. Mais jamais le maire d’une des dix plus grandes villes françaises n’a encore occupé le poste stratégique de directeur d’une campagne présidentielle. Quand l’information sera officielle – peut-être d’ici à la fin de la semaine –, ce sera donc une première. Car, sauf surprise, Johanna Rolland endossera dans les prochains mois ce costume pour le compte d’Anne Hidalgo, probable candidate du parti socialiste en 2022. Dimanche dernier, 12 septembre, à Rouen, alors que la maire de Paris lançait officiellement sa campagne, celle de Nantes était aux premières loges auprès de la candidate, devant micros et caméras ou derrière son téléphone, entamant un travail que lui prêtait la rumeur depuis déjà plusieurs semaines.        

Une rumeur qui, sous le soleil normand, s'est transformé en quasi-certitude. Le matin même, l’AFP l’affirme au détour d’une dépêche, avant que Ouest-France le confirme à son tour en début d’après-midi : « Johanna Rolland dirigera bien la campagne de la maire de Paris ». Il n’en faut pas plus pour faire réagir l’opposition nantaise. A 14h48, soit 20 minutes à peine après la publication de l’article de Ouest-France, Julien Bainvel se fend d’un tweet reprochant à la maire de « privilégie(r) sa carrière au détriment de Nantes ».

Rebelote le lendemain où le conseiller municipal et métropolitain (LR) en remet une couche. « La sixième ville de France a besoin d’un maire à temps plein ! Elle sera très accaparée par ce rôle de directrice de campagne », affirme-t-il dans les colonnes du quotidien. Signe peut-être du rôle plus important qu’il pourrait être amené à jouer dans les prochains mois, c’est Bassem Asseh qui, quelques lignes plus bas, vole au secours de Johanna Rolland. « Je n’ai aucun doute sur sa capacité à s’organiser, soutient le premier adjoint (PS). Elle continuera de servir les Nantais en premier. Son activité militante se fera sur son temps personnel. »

Souhaitons-lui bien du courage, alors. Car, on le sait, tenir les rênes d’une ville et d’une Métropole comme celles de Nantes (315 000 habitants pour la première, 660 000 pour la seconde), laisse déjà assez peu de « temps personnel ». Et empoigner, même pour quelques mois, celles d’un grand barnum présidentiel n'a rien d'une sinécure. Entre l’élaboration de la stratégie politique, du programme et des discours de la candidate ; l’organisation du planning, des ressources humaines et des finances de la petite entreprise électorale ; l’anticipation des coups bas portés par ses adversaires et, parfois, par ses camarades ; la gestion des egos, des militants, des médias et des imprévus… c’est bien d’un plein temps dont on parle.

Un précédent historique

Alors mener les deux de front… Les doutes de Julien Bainvel s’expliquent. Ils se comprennent d’autant mieux qu’ils sont partagés par quelques élus de la majorité. En privé, certains s’étonnent de n'avoir pas été avertis et s’interrogent sur la façon dont Johanna Rolland va pouvoir mener toutes ces activités. A Mediacités, nous nous posions aussi la question, en nous demandant si, dans l’histoire politique française, quelqu’un avait déjà tenté de cumuler ainsi des tâches aussi prenantes. Après avoir farfouillé dans les archives, la réponse est "non".

En remontant le fil des dix précédentes élections présidentielles qu’a connu la Ve République, on déniche parmi les directeurs de campagne présidentielle des préfets en pagaille, bon nombre de conseillers politiques, une poignée de conseillers municipaux, départementaux ou régionaux, quelques députés européens et même un ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua (Chirac 1988). On trouve aussi pas mal de députés, de Paul Quilès (Mitterrand 1981) à Pierre Moscovici (Hollande 2012), en passant par Philippe Mestre (Barre 1988) ou Jean-Claude Gayssot (Hue 1995). Mais les maires ne sont pas si nombreux à s’être frottés à l’exercice. Et ceux qui l’ont osé ne dirigeaient pas une ville aussi importante que Nantes.

Jamais de maire de grande ville

En la matière, le plus « capé » fut sans doute Gilles de Robien, directeur de campagne de François Bayrou en 2002. Le futur ministre de Jean-Pierre Raffarin cumulait alors les mandats de député de la Somme, de maire d’Amiens et de président de communauté d’agglomération. Pas mal. Mais la préfecture de la Somme a beau être, elle aussi, très liée à Jules Verne (l’écrivain y vécut 34 ans), ce n’est pas Nantes. Elle ne compte à l’époque que 135 000 habitants et son agglomération à peine plus de 178 000. Tout juste derrière, on découvre un autre protagoniste des élections de 2002 : Antoine Rufenacht, directeur de la campagne de Jacques Chirac et alors maire du Havre. Une ville importante, certes, mais presque deux fois moins peuplée que Nantes.

Si l’on continue la liste, l’écart se creuse. Directeur de la campagne de Marine Le Pen en 2017, David Rachline est maire de Fréjus (53 000 habitants). Soit 10 000 de plus que Nevers, que dirigeait Pierre Bérégovoy lors de la réélection de François Mitterrand en 1988. Et c’est à peu près tout. Certes, on peut en retrouver d’autres à des postes moins stratégiques. A l’image de Jean-Marc Ayrault qui, maire de Nantes et président de l’agglo, appartint aux équipes de campagne de Lionel Jospin puis de François Hollande. Mais jamais comme directeur de campagne. Si Johanna Rolland joue finalement ce rôle auprès d’Anne Hidalgo, ce sera donc bien une première.

Benjamin Peyrel
Co-fondateur de Mediacités et rédacteur en chef de son édition nantaise. Avant de me lancer dans cette aventure, j'ai débuté au quotidien La Croix et suis passé par différentes rédactions (L’Humanité, Le Parisien, etc), avant de rejoindre L’Express et d'écumer préfectures et sous-préfectures pendant dix ans. Je m’intéresse notamment aujourd’hui aux montagnes de données que les collectivités comme les citoyens produisent quotidiennement et aux moyens de les utiliser pour faire avancer l'information.

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