Covid-19 : une vague moins haute que prévu en Occitanie

La vague que craignaient les autorités sanitaires mi mars aura été bien moins haute en Occitanie que dans d’autres régions, sans doute grâce à un confinement précoce par rapport à la courbe locale de l'épidémie. Le 10 avril, au CHU de Toulouse, 157 patients sont hospitalisés, infectés par le Covid-19, dont 52 en réanimation. Ils étaient 170, la veille, et 176 deux jours avant. La diminution du nombre de cas est donc enclenchée, et le nombre de patients admis en réanimation se stabilise. « Nous avons encore des entrants. A Purpan, nous en avons eu deux jeudi et un vendredi, mais il y a désormais plus de sortants, et le nombre de patients en soins critiques diminue », confirme Béatrice Riu, responsable de la réanimation et du déchocage à Purpan.

« La vague a eu lieu il y a quinze jours, et nous assistons à une descente douce depuis le week-end dernier, précise le directeur général du CHU, Marc Penaud, tout en restant prudent. Nous sommes sur un plateau décroissant, mais nous ne savons pas ce que va devenir l’activité au gré d’une possible ouverture du déconfinement à une date pas encore annoncée. Il pourrait y avoir une autre vague ».

Depuis le début de l’épidémie, le CHU de Toulouse comptabilise 17 décès, dont quatre placés en réanimation.  L’établissement a coopéré au transfert de patients en provenance de l’est. 32 patients ont été acheminés en Occitanie, dont 24 en ex-Midi-Pyrénées, répartis entre le CHU, les centres hospitaliers et les cliniques du territoire.

Malgré la décrue de l’épidémie, « il faut rester prudent, prévient le Professeur Delobel, responsable du chef de service des maladies infectieuses et tropicales au CHU. Il y a le revers de la médaille : le fait que la région a été peu atteinte signifie aussi un faible taux d’immunisation, qui peut nous fragiliser. Le déconfinement devra être assorti de nombreux gestes barrières ». L’objectif du CHU est bel et bien qu’il n’y ait pas de deuxième vague, et l’établissement de santé se prépare déjà à cette phase délicate.

Décompensation et hausse du nombre de cas dans les Ehpad

Pour l’heure, la direction du CHU s’inquiète au sujet des hospitalisations hors Covid. « Nous avons beaucoup moins de cas de Covid au Samu, mais plus de patients souffrant de maladies chroniques graves, comme des infarctus ou des AVC, qui ont attendu trop longtemps avant de demander une prise en charge, par crainte de gêner ou d’être infectés », prévient Vincent Bounes, le responsable du Samu 31.  Et de rappeler que l'hôpital demeure à même de répondre à toutes les urgences, avec des modalités de prise en charge sécurisées.

Le professeur Bounes alerte également sur les nombreux de cas de décompensations psychiatriques. « Il y a une souffrance de la population liée au confinement, des cas de violences aux femmes ou intrafamiliales, mais aussi d’alcoolisme aigu. Je rappelle qu’il y a des numéros d’écoute et des circuits urgents pour consulter ».

Source d’inquiétude aussi, la situation dans les Ehpad. Une plateforme dédiée à l’intervention dans les établissements du département a été mise en place, avec une ligne d’appels d'urgence et une équipe mobile qui réalise les dépistages sur place. 47 Ehpad de Haute-Garonne ont déjà bénéficié d’une prise en charge dans le cadre de ce dispositif, et 14 d’entre eux sont confrontés à l’épidémie. « Nous n’avons aucun chiffre précis de l’ARS sur le nombre de décès dans les Ehpad, mais le nombre de cas de Covid est en hausse nette, notamment en raison d’un dépistage plus large et à des diagnostics réalisés plus en amont », explique le gériatre Yves Rolland. Le 4 avril, l’ARS Occitanie indiquait que « les chiffres issus des EHPAD de la région (nous) amènent à déplorer à ce stade 39 décès survenus dans ces établissements et pouvant être liés au Covid-19 depuis le début de l’épidémie ». Un bilan sans doute largement sous-évalué.

Le 9 avril, selon l’ARS, on dénombrait 4 134 tests positifs de coronavirus en Occitanie, 997 hospitalisations en cours (dont 323 en réanimation) et 203 décès en établissements de santé (dont 23 en Haute-Garonne).

 Armelle Parion

 

Armelle Parion
Armelle Parion collabore avec Mediacités Toulouse depuis octobre 2018, enthousiaste d’avoir trouvé un média qui fait la part belle aux enquêtes. Correspondante pendant neuf ans pour le Parisien-Aujourd’hui en France, elle a aussi travaillé pour la radio (Radio France, Radio Solidaire) ainsi que des supports économiques (Touléco) et culturels (Lettre du spectacle).

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