La majorité du personnel du collège George Sand, à Toulouse, a débrayé ce mardi 3 novembre, face à un protocole sanitaire inapplicable selon eux. / © Gael Cérez

Le personnel du collège George Sand débraye pour protester contre un protocole sanitaire inapplicable

Une majorité du personnel du collège George Sand, un établissement classé en zone d'éducation prioritaire (ZEP) à Toulouse, a décidé de débrayer ce mardi 3 novembre pour protester contre un protocole sanitaire qu'ils jugent aussi « absurde et inapplicable » qu'« improvisé ».

Les exemples qu'ils mentionnent à Mediacités sont nombreux. Pour éviter le brassage des élèves, la cour de récréation est divisée en quatre. Que faire en cas d'averse pour les élèves assignés au goudron sans abri ? « La direction - qui fait ce qu'elle peut avec les moyens qu'elle a - nous répond qu'on verra quand il pleuvra et que si la pluie est fine, les élèves ne sont pas en sucre », rapporte Sabrina Roche, professeure d'espagnol dans l'établissement. « Nous voici à devoir être spécialistes de la météo », grommelle Hamid Benali, professeur d'histoire-géographie.

Autre grief : le contrôle du port du masque alors que les surveillants sont en sous-effectif. « Il manque au moins deux équivalents temps plein, témoigne l'une d'entre eux, à condition de ne pas la citer. Les élèves portent le masque sous le nez. Ils le remettent quand on le leur dit, puis l'enlèvent dans notre dos. On n'a pas les moyens de l'imposer. » D'après les enseignants, certains élèves portent des masques en tissu « encrassé » à force d'usage ou « peluché » par les trop nombreux lavages, quand ils ne les échangent pas entre eux « parce qu'ils trouvent le masque de leur camarade plus joli ». « Faut-il passer une heure de classe à leur dire de remettre le masque ou plutôt à enseigner ? », soupire Charlotte Leymarie, professeure de mathématiques.

« Ambiance lourde et angoissée »

Les grévistes - 35 sur 50 enseignants et 8 des 10 agents de vie scolaire - font aussi part de « l'ambiance lourde et angoissée » de la rentrée du 2 novembre. « Les collégiens étaient paniqués par le confinement. Ils ne comprenaient pas pourquoi ils n'étaient pas protégés alors que le virus circule plus qu'avant, observe Mélie Duchaussoy, professeure de français. Ils sont en colère. Ils disent que Macron pense que le virus s'arrête au portail du collège. On dit que ces élèves ne respectent pas les consignes, mais ils voient aussi les incohérences du protocole. »

Difficile dans ces conditions d'éveiller leur intérêt lors de l'hommage - raccourci - à l'enseignant assassiné Samuel Paty. « Nous n'avons eu que 10 minutes pour parler de la forme de l'hommage. Le texte de Jaurès était tronqué. Il est compliqué et pas compréhensible par les élèves sans explication de texte. Ce n'est pas pédagogique », juge l'enseignante, qui à l'unisson de ces collègues, a refusé de le lire dans sa classe, malgré la présence d'une inspectrice académique venue assister à la rentrée. « Pour rendre hommage à notre collègue et dénoncer les attaques contre la liberté pédagogique, ils voulaient nous priver de notre liberté pédagogique. Ils sont complètement hors-sol », s'agace Hamid Benali.

« Le distanciel ne fonctionne pas »

S'ils ont décidé de renvoyer leurs élèves chez eux, les personnels du collège George Sand ne demandent pas la fermeture de l'établissement. « Le distanciel ne fonctionne pas. Nous demandons la mise en place de demi-groupe par demi-journée, comme en mai et en juin », explique Nicolas Etchepare, professeur de français. Ces enseignants et agents de vie scolaire réclament aussi plus de masques pour les collégiens, plus de personnel de nettoyage, plus de surveillants et plus d'agents spécialisés pour les élèves en souffrance. Autant de revendications qu'ils doivent présenter au rectorat ce mardi soir lors d'une réunion.

« On doit faire grève pour être écouter, mais rien ne change », assène Charlotte Leymarie. « On entend que c'est compliqué, ajoute Sabrina Roche. Mais le gouvernement dit que tout se passe bien et qu'il n'y a pas de problème. Ce déni est insupportable et violent. » Rencontrée sur place, la principale de l'établissement n'a pas souhaité s'exprimer sur la situation. Contacté, le rectorat de l'académie de Toulouse n'a pour l'heure pas donné suite.

Mise à jour, mercredi 4 novembre

Reçu par le directeur académique des services de l'Éducation nationale de l'académie de Toulouse, mardi 3 novembre, le personnel gréviste du collège George Sand annonce, par communiqué, n'avoir reçu qu'une « promesse vague de recrutement éventuel d'AESH (Accompagnant des élèves en situation de handicap) ». « La proposition de dédoublement a été clairement refusée au nom d'une "politique assumée" », ajoutent-ils. 

Se considérant « encore en danger », le personnel a décidé de faire valoir son droit de retrait à compter de ce jour.

 

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