Aurélien Pradié aux rapatriés d’Algérie : « Je vous ai compris ! »

Certains électeurs d’Occitanie ont reçu récemment à leur domicile une « lettre aux filles et fils d’Afrique du nord d’Occitanie » signée par Aurélien Pradié. Point commun à toutes ces personnes : elles sont nées en Afrique du Nord. À quelques jours du premier tour, le candidat Les Républicains aux élections régionales en Occitanie a - en toute légalité - épluché la liste électorale de Toulouse sur lesquelles figurent les adresses des électeurs et leur lieu de naissance, pour dire aux rapatriés d’Algérie, du Maroc et de la Tunisie que « votre histoire et celle de vos aînés est riche et respectable [sic] et sa reconnaissance est tout simplement la mémoire du cœur et de la vérité ».

De sa plus belle plume, il assure avoir « une pensée toute particulière pour nos compatriotes rapatriés d’Algérie ». Leur « exode » a été « un drame pour eux qui quittaient leur terre natale, et ce qu’elle représentait de labeurs, de sacrifices et d’amour pour quatre ou cinq générations parfois, leurs cimetières, les parents et amis dispersés ». Le candidat LR surligne en jaune ce passage : « Personne n’a le droit d’entacher votre passé. » Tout individu qui douterait des bienfaits de la colonisation trouvera donc Aurélien Pradié sur son chemin, qui promet : « Je combattrai demain celles et ceux, extrémistes politiques, qui veulent déconstruire notre Histoire. »

On se souvient que Georges Frêche, maire de Montpellier, puis président de la région Languedoc-Roussillon, n’avait pas son pareil pour courtiser les Pieds-noirs. Dans le même filon, Aurélien Pradié semble encore considérer les rapatriés d’Afrique du Nord comme un électorat spécifique, 59 ans après l’indépendance de l’Algérie, 65 ans après celle du Maroc, et 67 ans après celle de la Tunisie. Un grand classique de la politique française, selon Emmanuelle Comtat. Interrogée par L'Express en 2010, cette spécialiste des mémoires coloniales algériennes remarquait déjà que « depuis les années 50, les hommes politiques se succèdent pour attirer leurs suffrages ». Onze ans plus tard, rien n'a changé.

Des réactions outrées sur Twitter

La verve du député du Lot n'a pas plu à tous les destinataires de sa missive. Rim-Sarah Alouane, une ancienne universitaire toulousaine, dont la mère a reçu la lettre, s'est ainsi interrogée sur la légalité de l'initiative.

https://twitter.com/RimSarah/status/1403316757679464453

Sur ce point, Aurélien Pradié est dans son droit puisque le code électoral permet l'utilisation des listes électorales à des fins de propagandes politiques.

La moralité de la missive pose tout de même question à cette jeune femme. « Je trouve particulièrement malaisant d’envoyer un courrier pour les élections destiné à une catégorie spécifique de personnes. Il s’adresse spécifiquement aux rapatriés d’Algérie (lol malaise ce n’est pas le cas de ma mère, mais alors pas du tout), écrit par exemple sur Twitter Rim-Sarah Alouane, une universitaire toulousaine. M. Pradié n’est pas content de voir qu'Emmanuel Macron a qualifié la colonisation de "crime contre l’humanité". Imaginez deux minutes la réaction des personnes victimes de la colonisation (qui ne remonte pas à si loin) [qui] reçoivent et lisent cette lettre. C’est d’une violence inqualifiable. »

Sollicité par Mediacités pour expliquer le sens de sa démarche, Aurélien Pradié n'a pas donné suite à nos appels.

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