Produire son énergie : les coopératives citoyennes, « un levier pour permettre à chacun d’agir »

Plusieurs décennies après l’Allemagne, la France voit se multiplier les projets de production locale d’électricité, photovoltaïques pour la plupart d’entre eux. Le mouvement est très loin de bousculer notre système dominé par le nucléaire et reste timide en ville, mais il participe d’une prise de conscience des enjeux énergétiques, estime le sociologue Philippe Hamman.

Une illustration sur laquelle on aperçoit au premier plan une rangée de panneaux solaires. Des éoliennes en arrière-plan, ainsi qu'une main brandissant une ampoule.
23 000 Français sont aujourd’hui impliqués dans une coopérative énergétique citoyenne. Un mouvement d’avenir ? Illustration : Pierre Leibovici / Mediacités

«On doit rentrer collectivement dans une logique de sobriété », déclarait Emmanuel Macron, le 14 juillet dernier, à propos de la politique énergétique de la France. Et le président de la République d’annoncer que le gouvernement préparerait dès cet été « un plan de sobriété et de délestage » pour prévenir le manque de gaz ou d’électricité l’hiver prochain, tout en promettant d’accélérer le développement des énergies renouvelables.

Moins consommer, produire autrement : ces propos, tenus dans le contexte de la crise déclenchée par la guerre en Ukraine, font écho aux principes de la transition énergétique. Mais il est un autre axe de cette transition passé sous silence lors de l’entretien télévisée du chef de l’État : relocaliser et décentraliser la production d’énergie.

Ces dernières années, un peu partout en France, éclosent des coopératives énergétiques citoyennes. En installant panneaux solaires ou éoliennes, ces regroupements d’habitants et/ou de collectivités créent leur propre source de production de chaleur ou d’électricité, revendue au réseau à des tarifs négociés [lire plus bas]. Le mouvement reste timide – le ministère de la Transition écologique ne recense que 269 projets pour 23 000 personnes impliquées. Il se révèle aussi tardif si on le compare avec celui impulsé par nos voisins allemands ou suisses. Mais peut-être préfigure-t-il un modèle qui s’imposera dans les décennies à venir ?

Philippe Hamman ne tranche pas la question. Ce sociologue a passé trois ans à observer ces coopératives, leur fonctionnement, leur enjeux, les motivations de leurs membres. « Les étudier permet d’étayer une analyse concrète de la transition du point de vue de ses projets et de ses acteurs », écrit-il dans Les coopératives énergétiques citoyennes, paradoxe de la transition écologique ?, l’ouvrage qu’il a tiré de ses recherches. Pour Mediacités, il revient sur les défis auxquels se confrontent ces initiatives – notamment en ville – et dans quelle mesure elles représentent ou non une alternative capable de modifier notre système énergétique.  

Mediacités : D’un côté, la guerre en Ukraine, qui déstabilise notre approvisionnement en gaz ; d’un autre, l’arrêt, en mai dernier, de la moitié des réacteurs nucléaires français pour des anomalies ou des travaux de maintenance… Comment rendre notre système de production et de consommation d’énergie moins vulnérable ?

Philippe Hamman : Votre question renvoie à l’objectif de la transition énergétique. À savoir : faut-il faire mieux ou faut-il faire moins ? Croissance verte ou sobriété ? Ces deux aspects qui posent question pour les décideurs, les entreprises, les individus, pour vous et moi, sont insérés dans quelque chose de complexe : on est en permanence dans des transactions entre des enjeux de territorialisation, ce que les gouvernants appellent « la souveraineté énergétique », des enjeux d’interdépendance et des enjeux liés à la globalisation. Sauf que dans le domaine de l’énergie, la globalisation ne correspond pas forcément à un choix au sens strict mais relève de la disposition et de la disponibilité des ressources à certains endroits du globe. Cela, on ne peut pas le changer.

La crise déclenchée par la Russie illustre l’interdépendance que vous évoquez…

Oui, mais il ne faut pas résumer cette question à une actualité du type « Vladimir Poutine coupe le gazoduc Nord Stream 1 ». L’interdépendance renvoie aussi aux dispositifs techniques. Exemple : quand bien même les États-Unis souhaiteraient nous vendre plus de gaz liquéfié, nous n’avons pas les terminaux pour les accueillir tout à coup. Elle renvoie également aux conventions. C’est le marché intégré des énergies en Europe qui fait qu’un certain nombre d’enjeux sont interconnectés. Quand nos centrales nucléaires produisent trop par rapport à la consommation française, on vend notre électricité aux Allemands et, à l’inverse, quand nos réacteurs sont à l’arrêt, on n’est pas mécontents que des pays voisins puisent y pallier. Il y a donc non pas une contradiction mais un vrai enjeu quand un gouvernant explique que la France est moins dépendante du gaz russe que d’autres, ce qui n’est pas faux, et qu’en même temps le même explique que ce serait bien d’aller vers la sobriété… C’est l’illustration de l’intégration du marché européen.

« Rendre visible l’énergie, condition du développement des coopératives énergétiques citoyennes »

La production d’énergie est-elle trop éloignée de son lieu de consommation ?

La question de l’énergie est ternaire : c’est à la fois produire, consommer mais aussi penser l’énergie, au sens de pouvoir se la représenter dans sa globalité. Or le sens commun ramène l’énergie à l’électricité, ce qui est une première simplification, puis l’électricité à la prise de courant dans le logement, deuxième simplification. Ceci étant dit, les interconnexions qu’on retrouve à l’échelle internationale comme à l’échelle nationale ou régionale ne favorisent pas la prise de conscience de l’énergie. Les sites de production ont beau être localisés — pas très loin de chez moi, en Moselle, se trouve par exemple la centrale nucléaire de Cattenom —, on ne se dit pas : « Je suis tranquille pour mon approvisionnement, car j’habite près d’un réacteur. »

Autrement dit, l’énergie reste une notion abstraite…

Oui. Or la rendre visible est une condition du développement des coopératives énergétiques citoyennes. Cela se heurte à une difficulté qui est cette tension entre la territorialisation et le réseau dans lequel est injecté toute la production. Cette tension se justifie économiquement pour lisser les prix. De la même façon qu’EDF ne facture pas le vrai coût du raccord en milieu rural, sinon ce serait un peu hard, on imagine bien que certaines zones sont plus favorables au photovoltaïque car ensoleillées ou à l’éolien car plus venteuses. Attention donc aux discours sur la décentralisation de la production d’énergie qui feraient éclater le réseau. Car le réseau, c’est aussi une marque de solidarité.

Concrètement, de quelle énergie est-il question quand on parle de production locale et citoyenne ?

Si on observe les réseaux des coopératives énergétiques, le photovoltaïque occupe une place importante. Cela tient à un cumul de facteurs : les coûts d’investissement sont moindres que dans l’éolien, où il est tout de suite question de millions d’euros, ainsi que les enjeux réglementaires et de co-visibilité. Si vous voulez installer une éolienne, vous êtes sûr d’avoir le lendemain une plainte d’une association environnementaliste ou des recours de la part du voisinage. L’énergie solaire présente une plus grande souplesse.

Quid de sa rentabilité ?

Elle suppose une certaine taille, donc des installations collectives plutôt qu’individuelles. Cela nécessite souvent de négocier avec des collectivités ou des entreprises pour la mise à disposition des toits d’une école, d’un stade ou d’autres bâtiments. Ce point est intéressant car il illustre que le mouvement de relocalisation de l’énergie n’est jamais totalement dans la rupture ou dans l’alternative.

N’est-il pas porté par des personnes militantes ?

Parmi les coopérateurs rencontrés lors de mes recherches, on retrouve assez peu de discours vraiment militants au sens de renverser la table. En général, leur motivation consiste en cette fameuse métaphore du colibri : chacun doit faire quelque chose à son niveau. C’est presque une mise à distance du militantisme : plutôt que de grands discours pour tout changer, on peut facilement faire de petites choses comme acheter, pour quelques centaines d’euros, des actions dans une coopérative énergétique. Par ailleurs, quand on parle de production locale d’énergie, il ne faut pas avoir une vision trop simple du type d’acteurs. En Allemagne par exemple, la relocalisation, c’est en partie une remunicipalisation. Ce sont donc des communes, pas des hippies !                                

« Il y a bien deux décennies d’écart entre l’Allemagne et la France »

Restons en Allemagne un instant. Pourquoi les coopératives énergétiques y sont-elles plus développées qu’en France ?

L’Allemagne n’a jamais connu le modèle français d’après 1945 de nationalisation et de centralisation de l’énergie. Autrement dit, il n’existe pas un EDF allemand. D’ailleurs, ceux qu’on appelle outre-Rhin les « big 4 », les quatre plus grands fournisseurs d’électricité, ne pèsent pas le poids d’EDF, même rassemblés. La production d’énergie décentralisée, c’est culturel chez les Allemands et on peut considérer qu’il y a bien deux décennies d’écart entre nos deux pays en la matière. Les chiffres le montrent. En Allemagne, en 2019, 30,22 % de la puissance installée des énergies renouvelables provenaient de sources citoyennes, petites installations et coopératives de grandes tailles confondues. Dans le cas français, ce chiffre n’atteint même pas 1 %.

En France, les coopératives citoyennes se lancent pourtant avec un filet de sécurité : elles sont sûres de revendre l’électricité produite à un tarif garanti pendant vingt ans…

C’est même un peu plus compliqué que ça. Ces coopératives fonctionnent grâce au cumul de deux types d’aides : celles accordées au moment du lancement, en général par les communes ou les régions, et, sur du moyen terme, ce système national de prix garanti qui assure une certaine visibilité et viabilité. En Allemagne et en Suisse, il n’y a plus, à l’heure actuelle, de prix garanti. Cela demande de penser, projet par projet, des modèles immédiatement rentables. De se projeter dans d’autres échelles car cela ne vaut pas le coup de demander à trois voisins d’installer des panneaux photovoltaïques sur leurs toits.

Les grandes villes sont-elles propices à des projets de production locale d’énergie ?

Pour le moment, on observe plutôt une implantation des coopératives citoyennes en milieu rural ou dans de petites villes. Si je prends le cas de l’Alsace que j’ai étudié, que ce soit à Strasbourg ou à Mulhouse, il y a eu des tentatives, mais le milieu urbain s’est révélé plus compliqué car plus concurrentiel. Dans le cas strasbourgeois, la concurrence entre deux projets, celui d’Alter Alsace énergies et celui d’Énergie partagée, a ralenti le développement de la production d’énergie citoyenne. Il ne faut pas oublier aussi qu’en milieu urbain joue le rapport propriétaire/locataire. Pour pouvoir installer du photovoltaïque sur son toit, il faut être propriétaire. Or, dans les grandes villes, les immeubles collectifs ne sont en général pas des propriétés individuelles.

Aucune ville ne se distingue en la matière ?

Si, bien sûr. On peut citer l’allemande Fribourg-en-Brisgau [230 000 habitants, située dans le sud-ouest de l’Allemagne], souvent considérée comme un modèle en matière d’écologie. On y trouve notamment la Solarsiedlung, la « cité solaire » [voir la photo ci-dessous]. Ce projet permet de souligner un autre aspect de la production locale d’énergie, plus net en milieu urbain que rural, qui sont les stratifications sociales ou socio-spatiales. Je m’explique : à Fribourg, vous avez deux grands écoquartiers. La Solarsiedlung a été développée dans l’un des deux. Autrement dit, un projet en pointe dans un quartier déjà en pointe et socialement homogène, avec des habitants qui disposent d’un certain capital culturel ou financier. Dans le cas de la Solarsiedlung, une distinction a été introduite dans les baux entre les logements et les toits : les locataires ne touchent pas les bénéfices des panneaux installés sur leur habitation.

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Panneaux solaires de la Solarsiedlung de Fribourg, en Allemagne, ville en pointe pour le photovoltaïque. Photo : CC BY Andrewglaser.

La Métropole de Lyon a récemment adopté un « plan solaire » dont un des volets consiste à accompagner les projets photovoltaïques citoyens. Les collectivités locales sont-elles au rendez-vous de ce mouvement ?

Cela peut sembler contre-intuitif mais pour que des projets émergent, en général, il faut une rencontre entre des acteurs locaux, associatifs ou militants, et des acteurs institués, justement des collectivités. D’abord pour les aides au lancement, que j’abordais plus haut. Ces aides ne sont pas que financières. Il peut s’agir de mettre à disposition une expertise. Quand émerge une coopérative citoyenne locale, soit elle s’affilie à un réseau national, comme Énergie partagée ou Les Centrales villageoises, pour obtenir les bons documents, savoir comme faire ; soit elle se tourne vers la collectivité, en général la Région, si celle-ci dispose de chargés de mission sur la question. L’enjeu est de savoir où trouver de l’argent pour le projet et, dans certains cas, de faire un peu de suivi de proximité : comment monter une réunion publique, rameuter du monde, etc. J’ajoute enfin un troisième levier entre les mains des collectivités, celui de mettre à disposition des sites, y compris dans les secteurs protégés.

Plutôt que répondre aux sollicitations citoyennes, les collectivités ne pourraient-elles pas être moteurs de la production locale d’énergie ?

Mais au cours de notre étude, on a constaté qu’un certain nombre d’élus étaient plutôt moteurs sur le sujet. Et cela pour trois grands motifs, qui peuvent se cumuler ou pas. 1/ Le motif économique : plutôt que de mettre la production d’énergie dans les mains d’un privé, elle peut être un domaine rentable pour la collectivité. Il y a quelques communes en Alsace qui, du fait de l’annexion allemande, avaient échappé à une loi française de nationalisation et donc conservé des entreprises communales pour l’eau ou l’électricité. On s’aperçoit que cette situation se révèle rentable sur le temps long. 2/ Le motif environnemental, considéré comme important par nombre d’élus et plus seulement les écologistes. 3/ Le motif politique : l’élu défenseur de son territoire qui considère que développer des projets, c’est son rôle. Surtout si, au passage, ils sont sources d’emplois.

Panneaux urbains

Si les petites communes semblent pour le moment plus accueillantes pour les projets de production locale d’énergie, comme le constate Philippe Hamman, les villes françaises ne sont pas non plus à l’écart du mouvement. Celui-ci se développe à la faveur d’opérations d’urbanisme, à l’instar de la centrale photovoltaïque Quintessence, installée sur le toit d’un nouvel immeuble de la Zone d’aménagement concerté des Batignolles, dans le 17e arrondissement de Paris, ou en partenariat avec des collectivités ou autres institutions, comme c’est le cas au MIN de Nantes. Sur les toits de ce marché de gros, un groupe de citoyens a installé 3 000 mètres carrés de panneaux solaires. Ils alimentent le site et notamment ses frigos.

On peut enfin citer la centrale de l’Oncopôle, à Toulouse. Implantée sur l’ancien site de l’usine AZF, elle se présente comme le plus grand projet photovoltaïque en milieu urbain : 25 hectares pour une production équivalente à la consommation électrique de 4 500 foyers. La métropole de Toulouse et la région Occitanie ont participé au financement de cette installation à 12,4 millions d’euros développée par l’entreprise Urbasolar. Et la dimension citoyenne ? Elle est assurée par la présence a minima (2 %) de la coopérative Citoy’enR au capital de la société qui exploite la centrale.

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La centrale de l’Oncopôle, à Toulouse. Image : Google Earth.

« Ce n’est pas parce qu’on est très sensible à la performance énergétique de son habitat qu’on ne roule pas en SUV diesel »

Dans votre ouvrage, vous rapportez le témoignage d’un coopérateur qui contrôle la production d’électricité des panneaux solaires de son toit avant d’allumer sa machine à laver, quand bien même cette électricité alimente le réseau. Produire son énergie, cela encourage à la sobriété ?

Il faut se méfier de tout lien mécanique. La sensibilité sur un aspect des enjeux climatiques et environnementaux n’est pas forcément translaté sur un autre. Pour le dire autrement, ce n’est pas parce qu’on est très sensible à la performance énergétique de son habitat qu’on ne roule pas en SUV diesel. Et ce n’est pas parce qu’on a abandonné sa voiture qu’on est forcément vegan, attentif à sa consommation d’énergie ou qu’on a renoncé à prendre l’avion. Si on se penche sur les motivations de ceux qui construisent des maisons en bois de haute performance énergétique par exemple, on constate que les économies d’énergie s’entremêlent avec des arguments de confort. En gros, la sobriété ne doit pas affecter l’état présent du confort. Attention donc à l’impression d’une rationalité totale de l’acteur. Les coopérateurs qui suivent le plus finement leur consommation le font grâce à leur compteur Linky. Pour des gens qui se veulent alternatifs, c’est assez amusant…

Alors en quoi développer la production locale d’énergie permet de lutter contre le réchauffement climatique ?

Il y a clairement l’enjeu de mettre en capacité l’acteur – les citoyens – et la relocalisation de la production d’énergie peut être un levier parmi d’autres. Mais cela pose des questions de solidarité que j’évoquais au début de notre échange : qu’est-ce qui relève des acteurs collectifs sociaux et qu’est-ce qui relève des choix individuels ? Permettre à chacun d’agir ne doit pas faire reposer la responsabilité que sur vous ou moi et, d’une certaine façon, exonérer les décideurs d’un certain nombre de choix. Prenons l’éclairage nocturne. Si on doit faire attention à notre consommation d’électricité dans notre logement, est-ce que cela ne demande pas en même temps des réflexions sur l’éclairage public ou dans les locaux des entreprises ?

Avec moins de 300 projets actuellement en France, faut-il voir les coopératives énergétiques citoyennes comme un phénomène anecdotique ou les prémices d’un futur modèle ?

Il est clair que pour le moment, par rapport au mix énergétique français, ces initiatives ne remettent en cause ni l’industrie nucléaire ni la place de l’hydroélectricité qui est emblématique de l’énergie renouvelable dans notre pays. Et il n’est pas non plus certain que ce soit forcément le cas un jour… Plutôt que le nombre de projets, il faut regarder la puissance installée. Par conséquent, l’énergie relocalisée montera plus vite si on décide un jour de vraiment développer l’éolien. En attendant, il y a dans le discours des acteurs qui portent les coopératives citoyennes une vocation pédagogique et de conscientisation, plus qu’une volonté de changement de modèle. Ceci dit, rendre visible la problématique énergétique, c’est un point de base. Se posent ensuite les questions de viabilité qui sont déterminantes pour la généralisation, sinon, on restera dans un entre-soi.

Est-ce cela le « paradoxe » auquel fait référence le titre de votre livre (Les coopératives énergétiques citoyennes, paradoxe de la transition écologique ?) ?

Ce titre se rapporte à l’idée que ces coopératives seraient développées comme une alternative alors que leurs porteurs ne sont pas forcément en rupture complète. Il évoque aussi le fait que si on parle de relocalisation, la gouvernance, elle, reste multi-niveaux, même parmi les réseaux alternatifs. Enfin, « paradoxe », car ces coopératives montrent que la transition énergétique ou écologique ne fonctionne pas en bloc, que tous les coopérateurs ne changent pas de mode de vie. Se pose enfin la question de la dimension sociale de cette transition. Comment faire en sorte qu’elle ne soit pas réservée qu’à une certaine catégorie d’acteurs, militants ou qui ont les moyens ou le capital technique ?

« Chaleur sur la ville » : notre série de l’été sur le dérèglement climatique

Impossible d’y échapper : depuis le début de l’été, la chaleur est là. Omniprésente. Dans nos rues, dans nos logements, dans nos magasins, dans nos conversations. Mais au-delà des pics caniculaires et de la litanie des records de température, c’est bien le dérèglement climatique qui se manifeste. Lui aussi est là. Déjà là. Depuis le début du siècle dernier, notre planète s’est réchauffée d’environ 1,1°C. À l’échelle de la seule France métropolitaine, la hausse des températures moyennes atteint même 1,7°C, selon Météo France.

Pour reprendre l’analogie utilisée par la géographe Magalie Reghezza-Zitt, professeure à l’École normale supérieure, spécialiste des risques naturels et membre du Haut conseil pour le climat, si notre corps passait de 37,5°C à 39,2°C, beaucoup d’entre nous se précipiteraient chez le médecin pour se faire examiner. Sachant que cette température continuera inexorablement d’augmenter d’au moins 1,5°C à brève échéance, nous le supplierions tous de nous administrer un remède.

C’est, à son échelle, ce qui est en train d’arriver à notre planète. Dans le premier volet de leur 6e rapport paru en août 2021, les experts du GIEC, ce groupe de 234 scientifiques internationaux spécialistes du climat, dressaient un constat particulièrement pessimiste, voire accablant : le changement climatique est plus rapide que prévu et leur scénario « modéré » envisage une hausse des températures de 2,7°C d’ici à la fin du XXIe siècle. Sécheresses, inondations, manque d’eau, famines, incendies, disparition des espèces, crise humanitaire… La liste des conséquences envisagées est difficilement soutenable. Heureusement, en avril dernier, les mêmes experts publiaient un second volet de leur rapport, consacré cette fois aux solutions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et ainsi tenter de limiter le phénomène et ses effets.

C’est à certaines de ces pistes que Mediacités a décidé de consacrer son été. Alors que nos métropoles suffoquent, nous donnons la parole à des climatologues, urbanistes, spécialistes de la mobilité ou de la pollution atmosphérique. Jusqu’en septembre, nous examinons avec eux comment nos villes s’adaptent à cette transformation en profondeur de notre environnement et de nos façons de vivre. Transports, logement, urbanisme, pollution atmosphérique, énergie, ressource en eau… Nous évaluons avec eux les principaux risques qui pèsent sur les métropoles et les solutions pour y faire face.

« Les stratégies permettant aux villes établies de réaliser d’importantes économies d’émissions de GES [gaz à effets de serre] comprennent l’amélioration, la réaffectation ou la modernisation efficace du parc immobilier, le soutien aux transports non motorisés (par exemple, la marche, le vélo) et les transports en commun », indiquait le GIEC, dans le « résumé pour les décideurs » de son dernier rapport. Les solutions existent donc. À petits pas, certaines commencent même à être déployées, comme l’ont montré certaines de nos précédentes enquêtes.

Inutile de se le cacher : le sujet est sérieux. Inquiétant. Angoissant même. Mais impossible de détourner les yeux. Parce qu’il faut bien que nos villes s’adaptent pour que nous puissions continuer à y vivre. Parce qu’elles pèsent 70 % des émissions de gaz à effet de serre et qu’elles sont donc en première ligne de la lutte pour leur réduction. Parce que les changements drastiques qu’appellent les experts doivent commencer ici et maintenant.


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  • Les collectivités publiques c’est bien mais les problèmes que rencontrent les simples citoyens au quotidien, c’est mieux !
    N’oublions pas que le seul responsable et coupable de cette crise énergétique, n’est pas la hausse des énergies comme nous l’assènent les médias “mainstream”, mais la décision de macron de punir la Russie sur ordre de l’UE pour un conflit qui ne nous concerne pas !
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Temps de lecture : 14 minutes

Par Propos recueillis par Nicolas Barriquand