Et de deux ! Après une première alerte lancée en mai 2017 par le syndicat SUD Solidaires – dont Mediacités avait déjà révélé la teneur -, l’exécutif du conseil régional des Hauts-de-France est confronté à une seconde enquête sociale qui fait mal. Cette fois, l’échantillon est beaucoup plus large : 1 700 agents ont répondu sur les 3 000 travaillant dans les sièges de Lille et d'Amiens. Et l’auteur de cette étude de 160 pages n’est autre que Secafi, un cabinet expert dans l’analyse des conditions de travail. Or d'après la synthèse réalisée par la CFDT, les résultats sont cinglants.

Premier enseignement : la fusion entre la Picardie et le Nord Pas de Calais passe mal. 80 % des agents considèrent que les changements d'organisation n'ont pas été bien accompagnés et 79 % trouvent que la « culture de leur service » n'a pas été correctement prise en compte. Plus de la moitié des répondants jugent l'organisation de leur direction incohérente et 57 % trouvent les moyens humains insuffisants.

Sur le contenu de leurs tâches, les agents expriment un grand dépit : 38 % se sentent parfois inutiles à leur poste et autant indiquent qu'ils doivent faire des choses qu'ils désapprouvent. La charge de travail est jugée « excessive ou importante » pour 62 % des répondants et… « insuffisante » pour 6 % d'entre eux ! Au cœur des récriminations, des temps de déplacements qui s’allongent ou « l’inquiétude » de deux-tiers des agents sur l’avenir de leur métier. Ils sont autant à ne pas croire en une prochaine amélioration de la situation...

On croise aussi quelques sourires dans les couloirs de la Région. Mais 69 % des personnes consultées par Secafi disent cacher leurs émotions ou « faire semblant d'être de bonne humeur ». D'où une série de troubles énumérés, qui vont des insomnies à des comportements violents ou agressifs, en passant par des douleurs physiques, des états de fatigue persistants et des crises de larmes ou de nerf. La CFDT, syndicat majoritaire, a relevé quelques rares points positifs à la lecture du document (un cadre de travail et des moyens matériels globalement satisfaisants, l’existence de dispositifs d’accompagnement, de médiation et de formation…). Mais rien de suffisant pour ne pas tirer l’alarme.

La CFDT demande ainsi un renforcement immédiat du service interne de la médecine du travail, la création d'équipes dédiées à l'écoute des agents, et le comblement des sous-effectifs existant dans les services. A moyen terme, le syndicat prône un changement dans la gestion du personnel et la conduite d’une fusion « qui n'est pas terminée ». Enfin, si le syndicat salue la démarche de l'exécutif régional qui a accepté la réalisation de cette enquête prise intégralement à sa charge (90 000 euros), il demande à présent la publication intégrale des 160 pages de l'expertise Secafi. Par souci de transparence. Et pour tout poser sur la table.