Un enterrement sans fleurs ni couronnes… C’est dans la plus grande discrétion que les élus de la MEL ont voté vendredi 11 octobre 2019 la suppression d’une zone d’aménagement différé de 85 hectares à Baisieux, à l’est de Lille. Aucun débat, aucune explication de vote. No comment ! Il faut dire que le sujet est devenu hautement inflammable, à quelques mois des municipales et du renouvellement du conseil communautaire.

Petit rappel des faits. L’an dernier, poussé par le préfet, Damien Castelain se résout à annuler les projets de construction au sud de Lille : 300 hectares repassent en zone agricole, pour préserver les nappes phréatiques. La MEL cherche alors d’autres espaces pour son développement économique. Et pense à la commune de Baisieux, en plein essor, bien desservie par l’A27. En novembre 2018, le conseil municipal vote - à l’unanimité ! - la création d’une ZAD sur 10 % du territoire de la commune. Le maire réclame en échange le doublement de l’échangeur autoroutier et le contournement routier de la commune.

Rétropédalages en série

Les agriculteurs et les riverains découvrent, effarés, le deal en début d’année. Les panneaux « Non à la ZAD » se multiplient dans Baisieux. Le maire, Paul Dupont, doit affronter ses concitoyens lors d’une réunion très tendue fin mars. Il comprend alors qu’il risque de perdre les prochaines municipales… et décide de faire marche arrière. Le 5 avril, Damien Castelain annonce la suspension du projet et une concertation avec le monde agricole. Concertation qui n’aura jamais lieu… Le 27 août, il laisse la municipalité trancher la question.

https://www.mediacites.fr/decryptage/lille/2019/09/06/metropole-lilloise-lirresistible-betonisation-des-terres-agricoles/

Ce qu’elle fait lors du conseil municipal du 24 septembre, par 21 voix « pour », 3 abstentions et 1 voix « contre ». Le maire concède « des erreurs de communication » mais regrette le « manque de courtoisie » des communes voisines de Chéreng, Tressin et Willems, qui ont voté contre la ZAD sans l’en avertir au préalable. Francis Delrue, ancien maire de Baisieux, prend ensuite la parole pour proposer à la place une zone bio maraîchère. Surfant sur l’actualité nationale, il propose aussi aux agriculteurs d’arrêter tout épandage à moins de 100 mètres de tout habitat. Et, grinçant, leur suggère de remplacer les panneaux « Non à la ZAD » par des panneaux « Non aux pesticides ».

Mais Francis Delrue, également vice-président de la MEL en charge du déplacement urbain, ne s’arrête pas là, comme en atteste le compte-rendu du conseil municipal. L’élu tape à bras raccourcis sur Damien Castelain. Il n’a pas apprécié que ce dernier écrive sur Twitter le 10 septembre que le maire de Baisieux a « enfin écouté le monde agricole ». Alors, le patron du Gidec (groupement indépendant des élus communautaires) se lâche : selon lui, Castelain a « réagi comme le président Donald Trump », connu pour son usage polémique de Twitter. « Cette attitude ne fait que confirmer ses gros problèmes d’éthique », lâche-t-il. On comprend mieux pourquoi les élus communautaires ont préféré éviter tout débat public sur le sujet…

Les Muchaux échappent au bétonage

La MEL va aussi prochainement enterrer le dossier des Muchaux. Comme Mediacités l’a déjà raconté, les « réserves » exprimées par les commissaires enquêteurs dans leurs conclusions sur le PLU 2 ont porté un coup fatal à ce projet d’urbanisation d’une zone agricole à Lambersart. Pressée par l’opposition, Christiane Krieger, la maire (qui ne briguera pas un nouveau mandat) en a pris acte lors du conseil municipal du 9 octobre 2019. Fervent défenseur du projet, son prédécesseur, Marc Philippe Daubresse, a annoncé qu’il n’y croyait plus, après avoir lu cet été… le rapport du GIEC sur le réchauffement climatique ! Le candidat à la mairie de Lille est-il vraiment devenu écolo ?

 

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Titulaire de la carte de presse depuis 1999, après un passage à l’école de journalisme de Lille, j’ai écrit pour le magazine Pays du Nord, les suppléments de La Voix du Nord et le groupe L’Etudiant. Journaliste pour l’agence de presse AEF depuis 2003, je couvre l’actualité de l’éducation, de la formation et de l’emploi dans les Hauts-de-France. Je réalise régulièrement des enquêtes pour Mediacités Lille.