Avec le printemps, refleurit la polémique sur la sous-location de terres des Hauts-de-France par des cultivateurs belges de pommes de terre et sur de possibles dérives phytosanitaires... Mediacités, qui s'est déjà penché sur la question, a fait un nouveau point avec la direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la Forêt (DRAAF). Des contrôles ont bien eu lieu ces trois dernières saisons, en particulier dans l'Avesnois où de forts soupçons avaient conduit des maires à prendre des arrêtés « anti-pesticides » l'an dernier.

Ces prélèvements sur les pommes de terre, à l'état de végétation ou de tubercules, n'ont pas révélé de problèmes particuliers, déclare Thierry Dupeuble, directeur régional adjoint du service de l'Etat. Des traces d'un néocotinoïde, produit prohibé, ont certes été repérées dans une parcelle louée par un agriculteur du Nord à un Belge. Mais l'examen du registre des traitements appliqués au champ « n'a pas fait apparaître de mauvais usage », indique Laurent Vanzwaelmen, chef du pôle Intrants et biocontrôles à la DRAAF. La substance n'a pas été retrouvée dans les tubercules analysés à maturité. Il devait donc s'agir d'une « pollution » venant d'ailleurs...

Des dénonciations qui s'évaporent

La fraude est toujours possible, qu'elle soit le fait d'un Belge ou d'un Français, conviennent les experts de la DRAAF. Elle peut se nourrir des différences de réglementation entre les deux pays. Les directives européennes sur la mise sur le marché et l'emploi des substances ne sont pas forcément appliquées suivant le même timing de part et d'autre de la frontière. L'agence européenne pour la sécurité alimentaire a défini trois grands ensembles de pays où les autorisations de produits phytopharmaceutiques sont déterminées par des conditions environnementales et climatiques semblables (règlement 1107 du 20 octobre 2009). Mais France et Belgique ne font pas partie de la même zone…

Par ailleurs, la DRAAF n'a que peu de moyens pour lancer ses filets sur les fermes. Le service intrants et biocontrôles compte huit agents. Chaque analyse de prélèvement coûte plusieurs centaines d'euros. Impossible d'opérer des vérifications dans les 5 600 exploitations patatières des Hauts-de-France. Seulement une vingtaine par an, connues pour être cultivées par des étrangers, sont contrôlées... Quant aux dénonciations qui parviennent à la DRAAF, beaucoup « s'évaporent », assure Laurent Vanzwaelen, quand on demande aux informateurs des précisions sur les noms, les lieux, les moments...         

Le problème paraît cependant assez important au ministère de l'Agriculture pour qu'il ajoute aux faibles forces de la DRAAF sa propre équipe de choc. Mediacités a découvert que la brigade nationale d'enquêtes vétérinaires et phytosanitaires était « descendue » l'an dernier dans les Flandres, suite à un « signalement ». Les gendarmes ont depuis repris l'enquête qui devrait déboucher sur des poursuites pénales, confirme le Procureur de la République de Dunkerque. Sans vouloir en dire plus sur cette patate plutôt chaude...

Quand le chat n'est pas là...

Le confinement sanitaire et la moindre présence sur le terrain de la police de l'environnement ont sans doute conduit certains cultivateurs à prendre des libertés avec les règlements. Des haies ont été ratiboisées en pleine période de nidification des oiseaux, dit-on, et des cocktails chimiques ont été utilisés sans retenue. Le 16 avril dernier, à Marck, près de Calais et dans le marais de Saint-Omer, des agents de l'Office français de la biodiversité ont constaté des usages inappropriés de « roundup » par des agriculteurs et maraîchers français, en particulier un épandage du désherbant sur quatre kilomètres de fossés en eau ! Deux enquêtes judiciaires ont été ouvertes par les parquets de Boulogne-sur-Mer et Saint-Omer.