«L’affaire Dullin » a bien pris une tournure judiciaire. Au lendemain de la publication de notre article qui révélait une plainte déposée par l’association de lutte contre la corruption Anticor pour « détournement de fonds », « prise illégale d’intérêts » et « favoritisme » concernant le salon professionnel Grand Ski, le procureur de la République de Chambéry a annoncé à Mediacités avoir ouvert une enquête préliminaire.

Dans le viseur de la justice : Xavier Dullin, président (LR) jusqu’en juillet 2020 de la communauté d’agglomération de Chambéry et membre, jusqu’à juin dernier, de la majorité Wauquiez au conseil régional. A la tête du Grand Chambéry, l’ancien élu a œuvré pour que sa ville décroche le salon annuel Grand Ski organisé par Atout France, agence de promotion du tourisme rattaché au ministère des Affaires étrangères. Or, le même Xavier Dullin dirige la société d’événementiel Théra Conseil, prestataire d’Atout France pour ce même salon Grand Ski. Le dernier appel d’offres remporté pour l’organisation de trois éditions s’élève à près de 2 millions d’euros.     

Le silence de Xavier Dullin

Mediacités avait dévoilé cet incroyable conflit d’intérêts en juin 2020. Reprenant nos révélations, Anticor a déposé plainte quelques semaines plus tard, comme vous avez pu le lire dans nos pages cette semaine. Dans cette plainte, le nom du président d’Atout France, Christian Mantéi, apparaît également. L’association pointe les relations que celui-ci a noué, au fil des années, avec Xavier Dullin. Les deux hommes font affaire ensemble depuis les années 1990, de l’aveu même de l’ex-patron du Grand Chambéry, et ils ont signé des partenariats avec diverses structures liées à la montagne quand le Chambérien était élu.

La justice a donc estimé les faits suffisamment troublants pour ouvrir une enquête préliminaire. Concrètement, le dossier a été transmis aux officiers de la police judiciaire chargés de mener les investigations. À l’issue de cette enquête, ils rendront leurs conclusions au procureur de la République de Chambéry qui décidera alors de saisir ou non un juge d’instruction. Contacté, le procureur Pierre-Yves Michau n’a pas souhaité faire de commentaires sur l’enquête en cours. De son côté, Xavier Dullin reste sourd à nos messages et continue de se terrer dans le silence.

« Laisser la justice faire son travail et respecter la présomption d’innocence »

Même silence dans la classe politique locale. Philippe Gamen, un proche de Xavier Dullin qui lui a succédé à la tête du Grand Chambéry, a répondu par texto à notre sollicitation : « Je me dois de ne pas m'exprimer sur une affaire apparemment en cours d'instauration [sic] ». Plusieurs actuels ou anciens conseillers communautaires que nous avons tenté de joindre n'ont pas retourné nos appels. Une exception : Aurélie Le Meur, première vice-présidente. Mais l’élue, issue d’une « liste citoyenne », se borne à déclarer qu’il faut « laisser la justice faire son travail et respecter la présomption d’innocence ». « Moi, je n’avais pas connaissance de ce dossier, nous confie-t-elle, et jusqu’à présent nous n’en avons pas discuté au sein de l’exécutif du Grand Chambéry. »

Nous avons par ailleurs sollicité la réaction d’un représentant de l’Institut Mérieux. L’agence Théra Conseil dirigée par Xavier Dullin est une filiale du groupe de l’industriel lyonnais Alain Mérieux. Sans succès jusqu'à présent. Dommage, car l’Institut Mérieux semble soucieux de l’éthique de ses collaborateurs. Dans un guide à destination de ses sociétés et intitulé « Règles de conduite », le groupe consacre un chapitre à la « prévention des conflits d’intérêts »…

Affaire Dullin : à (re)lire sur Mediacités

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Xavier Dullin. Image : capture d'écran Youtube Savoie News.