C’est peu dire qu’elle était attendue dans les couloirs de l’École normale supérieure (ENS) de Lyon… L’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGESR) vient de dévoiler une synthèse du rapport qu’elle a consacré aux violences sexuelles et sexistes au sein de la prestigieuse école implantée dans le quartier de Gerland [voir le document à la fin de l’article]. Ce rapport est le résultat de la mission dépêchée par le cabinet de la ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Frédérique Vidal, après les révélations de Mediacités et de médias nationaux (Libération et France info) faisant état, en mars dernier, de plusieurs cas de harcèlements, d’agressions sexuelles et de viols au sein de l’ENS.

L’inspection de l’IGESR, menée au mois d’avril par trois limiers du ministère, avait donné lieu à des dizaines d’auditions. Il s’agissait alors d’identifier les freins et les lacunes de l’établissement en matière de lutte contre les violences sexistes et sexuelles et d’établir les responsabilités des uns et des autres. Depuis plusieurs années, le sujet est devenu une source de tension et de controverse entre les étudiants, la présidence et les personnels de l’ENS [lire notre première enquête qui date de 2018 : À l’ENS de Lyon, la culture du silence face à des affaires de harcèlement].  

Que dit alors la synthèse du rapport de l’IGESR ? Si le document semble renvoyer dos à dos les différents acteurs de l’école en considérant que « chaque membre de la communauté » porte une part de responsabilité dans le délitement du climat interne, le président de l’école Jean-François Pinton en prend pour son grade. Les auteurs considèrent que « la présidence de l’ENS n’avait pas suffisamment pris la mesure du problème au sein de l’école. Le manque de cohérence dans le traitement des situations, le peu d’empressement à agir (…) a contribué à construire un sentiment d’incertitude, de peur et de défiance qui s’est installé chez les victimes présumées et a entretenu un climat social délétère. »

Une liste de 27 cas

Les enquêteurs déclarent avoir reconstitué une liste de 27 situations de violences sexistes et sexuelles. La première remonte à 2017. Toutes les victimes et victimes présumées sont des étudiantes. Pour la moitié d’entre elles, les personnes mises en cause sont des étudiants. Il s’agit sinon d’enseignants (cinq personnes), d’autres personnels de l’ENS (cinq personnes), d’individus extérieurs à l’école (quatre personnes) ou non identifiés. Dans les neuf situations où les faits concernés relèveraient de la qualification de viol, les mis en cause sont des étudiants.

Sur ces 27 cas de violences sexistes et sexuelles, la mission d’inspection rapporte que quinze seulement sont remontés jusqu’à la présidence de l’ENS et qu’un seul a fait l’objet d’une procédure disciplinaire. Ces statistiques jettent une lumière crue sur l’omerta qui régnait jusqu’à peu au sein de l’école.

Pour l’IGESR, ces chiffres s’expliquent aussi - et en partie - par un défaut de réaction de la part de « certains membres de l’administration » : « L’action conjuguée des différents membres de la communauté de l’ENS de Lyon n’a pas permis, jusqu’à la période de déroulement de la mission, d’accorder aux victimes et victimes présumées, la protection, l’écoute, et le soutien auxquels elles ont droit. » Une conclusion sévère pour la présidence autant que pour le travail d’écoute et d’accompagnement mené depuis le début de l’année par les élus étudiants, les référents Egalité et les représentantes du personnel.

« Faire évoluer les comportements, réduire les risques et accompagner les victimes »

Le rapport se termine par une série de recommandations à l’attention du président de l’ENS de Lyon. L’IGESR exhorte Jean-François Pinton à engager son établissement « dans une action volontariste permettant de faire évoluer les comportements, de réduire les risques et d’accompagner les victimes ». Afin de suivre la mise en œuvre de ces recommandations, deux nouveaux inspecteurs, une femme et un homme, seront missionnés sur place.

Ils s’appuieront notamment sur la toute nouvelle chargée de mission Égalité et non-discrimination de l’établissement, Florence Françon. Titulaire d’un master en études sur le genre à l’université Lyon-2 et engagée au sein de l’institut EgaliGone, une association qui œuvre à l’égalité entre les filles et les garçons dès la petite enfance, cette recrue arrive à point nommé. Elle aura pour mission de redorer la réputation de l’école dans la lutte contre les violences sexuelles et sexistes. Lourde tâche…

> La synthèse du rapport de l'IGESR : 

Rapport d’inspection et courrier de la Ministre