Contrôle de l’enseignement privé : le rectorat de Lyon s’y met enfin

Alors que seul le groupe scolaire musulman Al-Kindi avait été contrôlé par les services du rectorat au cours des années 2023 et 2024, les inspections des établissements privés sous contrat ont été fortement renforcées en réaction au scandale Bétharram. Mediacités en dresse l’inventaire en exclusivité.

Captures des sites du lycée professionnel Saint-Marc et du collège Saint-Louis Saint-Bruno à Lyon. Montage : N.Barriquand/Mediacités.

Bien qu’elle compte 468 établissements privés sous contrat pour 134 000 élèves (chiffres de la rentrée 2024), l’académie de Lyon a longtemps laissé l’enseignement privé très largement hors de contrôle, comme Mediacités l’a documenté. Or, le scandale Bétharram et la commission d’enquête parlementaire sur la prévention des violences dans les établissements scolaires, ont révélé que les conséquences de cette carence – commune partout en France – pouvaient être gravissimes.

« L’État n’a pas été au rendez‐vous », a concédé Elisabeth Borne, alors ministre de l’Education nationale, au printemps dernier. D’où la nécessité d’une réaction forte : la promesse de 1 000 contrôles d’ici à la fin d’année 2025.

Passé l’effet d’annonce, l’ambition a‑t‐elle été tenue ? Le ministère de l’Education nationale, dirigé depuis octobre par Edouard Geffray – qui scolarise une partie de ses enfants dans le privé – a refusé de répondre à nos questions, nous renvoyant vers les rectorats des 30 académies. Nous l’avons pris au mot et sollicité auprès de chacune d’elle un inventaire détaillé de l’ensemble des établissements contrôlés ainsi que l’ensemble des rapports de contrôle afférents. En l’absence d’une restitution officielle par le ministère de l’Education nationale, cette démarche vise à dresser le bilan d’une vague de contrôle inédite.

Atteintes à la liberté de conscience des élèves, mesures discriminatoires dans les règlements intérieurs de plusieurs établissements, non‐respect des volumes horaires d’enseignement… des manquements graves ont été repérés de façon récurrente par les inspecteurs d’Etat comme nous le détaillons dans cette autre enquête publiée cette semaine. Qu’en est‐il dans l’académie de Lyon ?

Bénédiction des cartables, prière du matin et tenues « respectueuses de la masculinité »… Ces dérives que révèlent les inspections dans l’enseignement privé

Académie de Lyon : l’enseignement privé en chiffres

Dans l’académie de Lyon, qui englobe les départements du Rhône, de la Loire et de l’Ain, l’enseignement privé sous contrat compte :

  • 282 écoles pour 54 000 élèves (contre 275 000 dans l’enseignement public)
  • 97 collèges pour 51 000 collégiens
  • 89 lycées, dont 35 professionnels pour 30 000 lycéens (contre 290 000 élèves dans l’enseignement public, collèges et lycées confondus).

Dans l’académie, la part des élèves scolarisés dans le privé sous contrat s’élève ainsi à environ 19 %, soit un peu plus que la moyenne nationale (17,6 %).

Communication d’un inventaire non exhaustif

Le rectorat de Lyon a transmis à Mediacités un tableau récapitulatif des inspections menées en 2025 « et dont les rapports ont acquis un caractère définitif ». Lesdits rapports ne nous ont néanmoins pas encore été communiqués. L’académie s’est engagée à le faire ultérieurement.

Ce tableau récapitulatif, que nous publions ci‐dessous, liste 19 contrôles au total, tous réalisés sur place : trois dans l’Ain, six dans la Loire et dix dans le Rhône. Si la grande majorité des établissements contrôlés dépendent du réseau de l’enseignement catholique, on y apprend que le lycée juif de Lyon ainsi que l’école primaire arménienne Markarian Papazian ont également fait l’objet d’une inspection.

Des manquements aux obligations contractuelles ont‐ils été observés ? Des mises en demeure ont‐elles été prononcées ? Sur quelles problématiques ? Nos demandes de précision sont restées sans réponse pour le moment.

Inspection inopinée à Saint‐Thomas d’Aquin

S’il n’apparaît pas dans l’inventaire transmis par le rectorat, le centre scolaire privé Saint‐Thomas d’Aquin à Oullins‐Pierre‐Bénite a lui aussi connu une inspection en 2025, selon nos informations. Conduite de manière inopinée, elle a mobilisé huit inspecteurs et a eu lieu en mai 2025.

Sans nouvelle de ce contrôle depuis, c’est via notre sollicitation que Thibault Laurin, le directeur général adjoint de l’établissement, dit avoir découvert que le rectorat considérait encore le rapport relatif à cette inspection comme « préparatoire à une décision administrative ».

Alors que les inspections inopinées sont extrêmement rares et font toujours suite à un signalement, Saint Thomas d’Aquin indique à Mediacités ne pas avoir été informé de la cause du contrôle. Il y a néanmoins fort à parier qu’il ait été décidé en réaction aux révélations liées aux agressions sexuelles commises, au cours des années 1980, par un ancien professeur de l’établissement.

Le centre scolaire privé Saint‐Thomas d’Aquin à Oullins. Photo : CC‐BY‐SA D.Robert.

Un rythme d’inspection particulièrement difficile à tenir

La feuille de route gouvernementale prévoit qu’au moins 40 % des établissements privés sous contrat de chaque académie soient contrôlés d’ici à 2027. Pour l’académie de Lyon, cela correspond à 187 inspections à mener. « On ne peut pas avoir des objectifs de contrôles ambitieux si on n’a pas des moyens ambitieux », pointe la députée macroniste Violette Spillebout, co‐rapporteure de la commission d’enquête sur la prévention des violences dans les établissements scolaires.

La direction des affaires financières du ministère a fait les calculs : pour contrôler l’ensemble des établissements privés tous les trois ans, il faudrait créer 90 emplois d’inspecteurs et 36 emplois d’administratifs. Ces embauches sont pourtant remises en cause par les difficultés du débat budgétaire.

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Par Matthieu Slisse

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