En théorie, le dossier du réaménagement de l’aéroport de Nantes-Atlantique devait avancer vite (lire notre enquête du 21 mars) : une concertation du public d'ici à la fin du mois de juillet, pour un projet validé début 2020, afin de lancer les premiers travaux dès 2021 (et de résilier le contrat de concession avec Vinci Airports, qui touche 15 millions d'euros de bénéfices par an, depuis neuf ans, sans investir – lire nos enquêtes précédentes). C'était compter sans l'avis de l'Autorité environnementale, rendu le 24 avril dernier, sur le dossier que la Direction Générale de l'Aviation civile (DGAC) présentera au public lors de la concertation. En vingt pages, l'Autorité, dépendante du ministère de la Transition écologique et solidaire, met la DGAC face à ses carences.

Pour commencer, elle estime que les services de l’État doivent « préciser le degré de fiabilité des projections de trafic », évaluées à 15 millions de passagers par an en hypothèse haute. « Pour l’Autorité, ces prévisions doivent prendre en compte les impacts sonores pour les riverains ou les engagements de la France en terme de réduction des émissions de gaz à effet de serre » résume à Mediacités son président, Philippe Ledenvic. En clair, elles devraient être plus basses. L'avis cite par exemple l'aéroport d'Orly, qui fait l’objet depuis 1994 d'un plafond en terme de trafic.

https://www.mediacites.fr/nantes/decryptage-nantes/2019/03/21/aeroport-nantes-atlantique-le-risque-dun-reamenagement-vite-fait-mal-fait/

Le survol du centre-ville de Nantes en question

Un autre sujet risque d'agacer les ingénieurs de la DGAC : l'Autorité estime que le survol du centre-ville de Nantes, prévu dès 2021 - lire notre enquête - et présenté comme une nécessité par les hauts fonctionnaires, « requiert une discussion plus argumentée » ! Pour couronner le tout, elle indique dans son rapport que si cette procédure devait être mise en œuvre, elle aurait dû être prise en compte dans le plan de gêne sonore, approuvé le 4 avril dernier par l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires.

L'avis explique ensuite que les infrastructures annexes, notamment de transport, sont insuffisamment prises en compte et que le dossier présenté au public « apparaîtrait comme incomplet » s'il ne posait pas ces sujets sur la table de la concertation. L'Autorité ajoute que le projet de réaménagement doit être porté avec tous les acteurs concernés, notamment la Région et la Métropole. Si l’État avait l'intention d'avancer seul pour aller vite, c'est raté ! Enfin, l'Autorité environnementale demande à l’État de démontrer que l'agrandissement de l'aéroport est nécessaire au développement économique du territoire, par une « vision prospective de la mobilité », qui prendrait en compte l'articulation avec l'aéroport de Rennes.

https://www.mediacites.fr/nantes/enquete-nantes/2018/10/11/petites-manips-et-grosse-cagnotte-apres-notre-dame-des-landes-vinci-prospere-dans-le-ciel-de-louest/

Calendrier bouleversé

Dans un premier temps, la Commission Nationale du Débat Public (CNDP) devrait lire avec attention l'avis de l'Autorité environnementale avant de valider, ou non, le dossier de la DGAC, le 7 mai prochain. Ensuite, il devra être pris en compte dans l'étude d'impact, obligatoirement réalisée pour obtenir les autorisations réglementaires nécessaires au lancement du chantier. « La responsabilité reviendra aux maîtres d'ouvrage, précise le président de l'Autorité. Tous les impacts du projet ainsi définis devront être pris en compte dès la première demande d’autorisation. » La DGAC et les autres maîtres d'ouvrage (Région et métropole notamment) devront donc prendre le temps de mener, ensemble, les études et analyses manquantes. Et tant pis si cela vient bousculer le calendrier prévu par l’État !

Isabelle Jarjaille
Journaliste indépendante​ depuis 2011​, j'enquête sur la gestion des services publics par le privé et son impact sur les finances publiques.​ ​Mon livre enquête "Services publics délégués au privé, à qui profite le deal ?" est sorti le 27 mars 2018​. ​Je suis également en charge du cours Techniques d'enquête en licence Info Com à l'IUT de Lannion et je porte un projet d'éducation aux médias dans deux lycées agricoles. Je suis membre du bureau du Club de la presse de Bretagne, pour promouvoir les médias et ceux qui les font au quotidien : les journalistes, notamment les pigistes.