Sans surprise et à l’unanimité, l’adjoint (PCF) à la Culture de la ville de Nantes, Aymeric Seassau, a été élu nouveau président de l'École supérieure des beaux-arts Nantes Saint-Nazaire (Esbansn), vendredi 25 septembre. Par seulement la moitié des 24 administrateurs. Mais « c’est plus que d’habitude ! », préfère en rire un habitué. Le nouveau patron des lieux, lui, sourit moins : « Je n'ai pas l'intention d'en parler avec vous pour le moment », répond-il lorsqu’on l’interroge sur l’impulsion qu’il compte donner à l’école dans les cinq années à venir. Fermez le ban.

La veille, dans une longue enquête, Mediacités revenait sur les vastes et étonnants privilèges accordés à celui qui dirige l’école depuis bientôt 18 ans, Pierre-Jean Galdin, ainsi que sur la « situation financière fragilisée » de cet EPCC . Si notre article n’a pas été mentionné à proprement parler lors des 30 minutes de ce conseil d’administration aussi cordial que succinct, il en a été longuement question en coulisses avant et après, nous rapportent plusieurs administrateurs. Comme c’est d’ailleurs le cas depuis une semaine dans les couloirs de l’école, où la rentrée a débuté. 

https://www.mediacites.fr/enquete/nantes/2020/09/24/les-etonnants-privileges-de-linamovible-directeur-des-beaux-arts-de-nantes/

Mardi 29 septembre au matin, Pierre-Jean Galdin y a tenu son habituel discours de rentrée devant une cinquantaine de personnels et enseignants. « Morne », « triste », « morose » racontent plusieurs d’entre eux. « Il a défendu son action à l’aide d’une présentation, comme une réaction à l’article », complète une autre source. Au bout d’une heure, sans questions ni discussion, Pierre-Jean Galdin quittait l’amphithéâtre, situé au rez-de-chaussée de l’école.

Pierre-Jean Galdin
Pierre-Jean Galdin, le directeur des Beaux-Arts de Nantes interrogé sur TéléNantes lors de l'inauguration du nouveau bâtiment. / Capture d'écran vidéo TéléNantes

Opération séduction et grands absents

Autre ambiance quatre jours plus tôt, lors du fameux conseil d’administration. Face à bon nombre de nouveaux administrateurs, le directeur pouvait jouer de son incontestable force de séduction politique. Ici, vantant son action à l’aide de jolis graphiques et de chiffres. Là, offrant un « tour du propriétaire » du bâtiment de 9 650 mètres carrés, situé depuis trois ans dans les anciennes halles Alstom de l’île Beaulieu. « La présentation et la visite se sont bien passées. Rien à signaler », note ainsi Ghislaine Rodriguez, adjointe écologiste en charge de l’éducation. « On a reçu un excellent accueil de sa part. On a envie de s’intéresser à lui et de l’accompagner. Il est charismatique, c’est clair », prolonge un autre nouveau venu, Sébastien Arrouët. Ce conseiller métropolitain centriste d’Orvault espère cependant « faire bouger les lignes. Je n’aurai pas ma langue dans ma poche », promet-il .          

Beaucoup de leurs collègues de Nantes Métropole ou de la Ville de Nantes, pourtant majoritaires au conseil d'administration (11 sur 24), étaient quant à eux carrément absents. À l’image de la députée et élue nantaise (LREM) Valérie Oppelt. Ou du socialiste Fabrice Roussel, premier vice-président de Nantes Métropole et « grognard » de Johanna Rolland. Un laisser-faire qui avait déjà marqué la précédente mandature, lorsque David Martineau, ex-adjoint à la culture non reconduit par Johanna Rolland sur sa liste aux municipales, présidait le conseil d’administration de l’école. Bis repetita : la délégation d’importants pouvoirs au directeur (exactement les mêmes qu’en 2016) a été votée, parmi les cinq points à l’ordre du jour ce 25 septembre.

Hausse des frais d’inscriptions ou/et des subventions ?

D’autres décisions, encore plus vitales pour l’avenir des Beaux-Arts, seront à prendre dans les mois qui viennent. Notamment la hausse - ou non - de frais d’inscriptions déjà très élevés pour assainir les finances de l’école . Une première tentative de la direction, en 2018, avait enflammé les étudiants des Beaux-Arts, provoquant le rétropédalage d’urgence du président d’alors, David Martineau.          

Lors de ce conseil d’administration de rentrée, Pierre-Jean Galdin a remis le sujet sur la table, évoquant comme alternative à cette hausse celle des... subventions publiques. Pour rappel, le premier financeur de l’établissement n’est autre que Nantes, Ville et Métropole, avec 3,82 millions d’euros versés en 2019 (sur un budget de fonctionnement total de 6,36 millions d’euros) et une avance de 3,7 millions d’euros dont le remboursement a déjà été généreusement rééchelonné l’année passée, comme nous le révélions le 24 septembre. Le charme de "PJG" continuera-t-il à opérer ?

Thibault Dumas
Franco-américain, je suis journaliste professionnel à Nantes depuis plus de dix ans, en radio puis en presse écrite, comme pigiste désormais. Je collabore avec Mediacités, édition nantaise, depuis la préparation de son lancement, en 2017. Je n'ai pas de spécialité en tant que telle mais j'enquête plutôt (seul ou en équipe) sur les montages fiscaux (Waldemar Kita, FC Nantes, Manitou, etc), la politique sous toutes ses formes, le social (Le Confluent, Centrale Nantes, Beaux-Arts de Nantes, etc) et un peu d'écologie (déchets, éoliennes de Nozay, etc). Pour me contacter : thibault.dumas@mediacites.fr.