La sonnerie de la rentrée retentit. Dans quelques jours, 324 étudiants retrouveront les bancs de l'École des beaux-arts Nantes Saint-Nazaire (Esbansn). Et leur directeur « éternel », Pierre-Jean Galdin, 64 ans. « J’ai envie d’arrêter à la fin de l’année 2020 », avait-il pourtant assuré, en janvier dernier, à des enseignants et personnels médusés. Mais l'homme a encore changé d'avis. « Je l’annonce régulièrement, pour des projets personnels ! Il y a eu le Covid-19, etc. Donc, ça sera plutôt à la fin de mon dernier contrat, le 31 janvier 2022. C’est bon, j’ai le droit à la retraite ! », réplique cet Agenais d’origine depuis le dernier étage de l’une des anciennes halles Alstom. 

Depuis trois ans, c’est là, au cœur du quartier de la Création, que trône « sa » nouvelle école. Comme l’avait voulu Jean-Marc Ayrault, celui là-même qui, en 2004, pour des Beaux-Arts encore en régie municipale, recrute cet ancien proche collaborateur « de Jack [Lang] » à Blois et au ministère de l’Education, mais sans carte du PS (selon ses dires). « On était trois candidats et je l’ai emporté », se remémore Pierre-Jean Galdin, sourire en coin.

L’amorce de 18 ans d’un règne sans partage. De bout en bout . Tous les trois ans, alors que le Code général des collectivités territoriales (CGCT) prévoit une mise en concurrence du poste, sa reconduction aura été automatique, comme un simple avenant signé sur un contrat de travail. En 2013, une annonce de vacance de poste sera même publié par l’école... après sa reconduction par le conseil d'administration. « En définitive, le directeur [...] n’a jamais été confronté à la concurrence d’autres projets », relevait la Chambre régionale des comptes des Pays de la Loire, dans un rapport d'observations pimenté, rendu public le 18 octobre 2019.                 

Pierre-Jean Galdin
Pierre-Jean Galdin, le directeur des Beaux-Arts de Nantes, interrogé sur TéléNantes lors de l'inauguration du nouveau bâtiment. / Capture d'écran vidéo TéléNantes

En même temps, pourquoi changer ? « Tout le monde trouve que l’on a un super directeur», s’enfièvre David Martineau, dernier président du conseil d'administration, fort de 24 administrateurs et où les élus nantais (11) et nazairiens (3), principalement socialistes, sont majoritaires. « Je vous assure que beaucoup nous l’envient ! » s’exclame même l’ancien adjoint à la Culture de Johanna Rolland.

Un poste taillé sur mesure

Dont acte… Il est vrai que l’école nantaise joue désormais dans le top 5 des 45 écoles supérieurs d’art françaises. Avant son déménagement, elle était même 5e ou 7e (suivant les critères) du classement inédit établit en 2015 par 2 500 artistes dans Le Journal des arts - « même si la concurrence est internationale » observe - autant que se rengorge - Pierre-Jean Galdin. Parmi les plus anciens à son poste en France, il a même tenté, en 2018, de prendre la tête des illustres Arts-Déco de Paris. « Il est à part parmi les directeurs, car il a connu tous les statuts d’écoles d’art. Depuis quelques années on a des nouveaux directeurs. Plus des “managers de la culture”, soumis aux élus qui président les établissements », élargit Kader Mokaddem, président de la Coordination nationale des enseignants des écoles d’art.                  

Le fauteuil de directeur des Beaux-Arts de Nantes, Pierre-Jean Galdin l’a modelé à sa main, grâce à son côté « séducteur et beau parleur avec les politiques », indique un cadre de l'école, qui tempère aussitôt : « Imprévisible et sans aucune parole libre au sein de l’école. Il y fait ce qu’il veut ». Et depuis son embauche en 2004, le fondateur du Musée des arts modestes à Sète et du Musée de l’objet à Blois, ne lésine ni sur le salaire ni sur les avantages en nature. 

« Quand on m’a demandé “qu’est-ce que tu veux pour faire ce boulot ?” J’ai répondu, “je veux être comme un DGA [directeur général adjoint, NDLR] de Nantes Métropole, en salaire et en avantages” », rembobine-t-il pour Mediacités. D’où un logement, une voiture de fonction... « indûment accordés » au vu de son statut d’agent d’un Etablissement Public de Coopération Culturelle (EPCC), selon la Chambre régionale des comptes. Et un salaire conséquent : environ 5 000 euros nets alors et 7 800 euros nets désormais (avec une augmentation 31 % entre 2013 et 2017, hors compensations). 

Il a fallu attendre janvier 2019 pour que le conseil d’administration retire au directeur sa Renault Clio, alors que le contrôle de la Chambre régionale des comptes était en cours. Quant au logement, sa perte en 2015 fut amortie par une hausse salariale de 800 euros - « une contrepartie, demandée comme n’importe quel salarié », plaide “PJG”. « Je n’ai pas honte de gagner le double d’un professeur hors classe, parce qu’il travaille deux jours par semaine et moi cinq », allait-il jusqu’à lancer, en octobre 2019 (sans qu’il s’en souvienne aujourd’hui), aux administrateurs de l’école.

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Extrait du compte rendu du conseil d'administration de l'école des Beaux-Arts de Nantes du 9 octobre 2019.

« En roue libre au sein de l’école »

« C’est à double tranchant. Il fait énormément pour la culture à Nantes et en même temps il est en roue libre au sein de l’école », dépeint un administrateur. Qui pointe la capacité du directeur à être tout à la fois « chaleureux, familier » et « colérique ». Une large liberté lui est laissée par les élus qui administrent et financent l’école. Sur la passation de marchés publics, par exemple. Depuis sept ans, en-dessous de 15 000 euros HT (18 000 euros TTC), nul besoin d’en informer le conseil d'administration. Au-dessus, il arrive aussi au directeur de se passer de son avis. Treize dépenses - a priori légales et légitimes sur le fond (dont un voyage collectif à New-York pour 21 716,8 euros ) - n’ont ainsi été portées à la connaissance des administrateurs que début 2019. Là-aussi, bien après qu’elles aient été effectuées...           

Autre exemple : cette régie d’avances avec carte bancaire qui, pendant cinq ans et jusqu'en 2018, a « [contrevenu] aux dispositions de l’article R. 1617-3 du CGCT », selon les magistrats financiers. Le directeur en était mandataire (temporaire à l’origine) dépensant 152 582 euros avec ladite carte. Sans enrichissement personnel identifié cependant, mais sans contrôle non plus de l’autorité de tutelle.

Ce marché public à candidat unique a aussi interpellé Mediacités. Plus de 400 000 euros dépensés pour le mobilier de la nouvelle bibliothèque de l’école (qui s'ajoutent aux 233 000 euros dépensés pour d’autres meubles, d’amphi ou d’atelier). Un bel appel d’offre auquel une seule entreprise a répondu : IDM, une filiale du groupe nantais Coupechoux, très courru mais aussi très onéreux revendeur de mobilier design, dont le showroom jouxte l’école. 

Vérification faite, une quinzaine de fournisseurs spécialisés auraient pu répondre à l’appel d’offres. Etonnamment, aucun ne l'a fait. Quant au prix... « Tout est possible en fonction de la qualité demandée, nous répond un professionnel du secteur. Mais IDM est reconnu comme un fournisseur plutôt élitiste. Ce n’est pas une petite commune qui pourra se payer l'une de ses bibliothèques. »

« C’est dingue ! Vous croyez que j’ai empêché de faire les autres ?, s’énerve Pierre-Jean Galdin, quand on l’interroge sur le sujet. Une bibliothèque ça coûte cher. On est aussi dans une école d’art, on doit avoir un regard sur l'esthétique et la création graphique ». À cet égard, le grand banc arrondi qui trône à l’entrée de l’école, fabriqué par le collectif nantais Fichtre, paraîtrait d’ailleurs presque bon marché, à 29 880 euros. Même s’il est déjà largement dégradé.       

Le banc fabrique par le collectif nantais Fichtre devant l’ecole sur l’ile de Nantes (c) Thibault Dumas
Le banc fabriqué par le collectif nantais Fichtre, devant l'école sur l'île de Nantes / Photo : Thibault Dumas

Voyages, voyages...

Outre les marchés publics, le directeur a aussi la main lourde sur les frais de déplacements. Et Pierre-Jean Galdin est un voyageur. Avec « des frais (...) excédant les plafonds de remboursement », notent les magistrats de la Chambre régionale des Comptes. En 2017, les dépenses de voyage des collaborateurs de l’école atteignent 71 000 euros, soit moitié plus qu’en 2013. Des chiffres corroborés par les témoignages de terrain. « Les voyages vont bon train, il est souvent parti. Son campus de Fieldwork Marfa [au Texas, NDLR] est l’occasion de choyer les uns ou les autres », avance une source interne, en prenant l’exemple d’un voyage aux Etats-Unis « offert » à la responsable finances de l’école, fin 2019, ou auparavant à la directrice du site de Saint-Nazaire.

« Je ne le vois quasiment jamais à l’école. En revanche, la seule fois où je suis allée à Houston pour mon stage, je l’ai croisé. Donc je suppose qu’il y va assez souvent ! » témoigne un étudiant. Lorsque Mediacités demande à Pierre-Jean Galdin le nombre de voyages transatlantiques effectués chaque année, le sourire s’efface derrière l’agacement : « C’est un interrogatoire ? Mon métier est d’être mobile. J’y vais quand j’ai besoin de négocier avec mon ambassade ou de régler des problèmes. »   

Des trois campus internationaux qu’il a montés pour permettre aux étudiants de réaliser des « projections » (stages) à l’étranger, Marfa est « sa vraie danseuse », selon plusieurs interlocuteurs de Mediacités. Plantée au beau milieu du désert texan, cette petite cité de 1 800 habitants doit sa renommée depuis les années 1970 à l’installation de l’artiste new-yorkais Donald Judd. De Nantes, le voyage pour Marfa n’est pas de tout repos : vol Paris/Dallas, vol Dallas/El Paso puis trois heures de route poussiéreuse. C’est dans ce paysage de western, que, sur les conseils de Pierre-Jean Galdin, huit mécènes nantais ont acheté en 2015 un terrain désertique de sept hectares, moyennant 150 000 euros. Les étudiants de l’école, une soixantaine l’an dernier, y créent des installations in situ, près de celles d’artistes reconnus.                

Nantes, Texas

« Aux États-Unis, il y a trois places pour les grands musées : New-York, Los Angeles et le Texas », s'enorgueillit Pierre-Jean Galdin. Un enthousiasme forcément partagé par les étudiants interrogés par Mediacités, mais nuancé par un professeur. « Il y a, c’est vrai, une dimension culturelle. Mais l’intérêt pédagogique est limité. Cela permet néanmoins d’attirer des étudiants étrangers vers l’école. » Quant au coût pour cette dernière, le directeur reste évasif sur le sujet, évoquant simplement la bourse de 2 300 euros versée à chaque étudiant voyageur. Au total, il serait de plusieurs centaines de milliers d’euros par an, selon nos projections.

La notion de « frais de déplacement » est aussi très floue pour le directeur. La Chambre régionale des comptes indique dans son rapport des remboursements à ce titre à hauteur de 1 200 euros... qui ne sont en fait pas des frais de déplacement (achat de vins, d'un casque audio à la FNAC de l’aéroport parisien de Roissy ou de produits à la FNAC de Nantes). Pour ces sommes, Pierre-Jean Galdin procédera à un remboursement pendant le contrôle des magistrats. Car s’il avait fallu attendre les remarques de son conseil d’administration, l’école aurait pu patienter longtemps.

Pourquoi se justifier ? En effet, le directeur signait lui-même ses ordres de mission pendant des années alors que la loi lui impose de faire signer des autorisations de déplacement par « l’autorité territoriale », c’est-à-dire le président du conseil d’administration. « Il fonctionne seul et décide seul et fait ensuite valider par les instances », synthétise l’un des administrateurs.

« Une situation financière fragilisée » 

« J’ai développé les campus internationaux pour mes étudiants » ; « C’est moi qui paye les travaux [de la nouvelle école] à travers des crédits »... La première personne du singulier se substitue souvent à  « l’école »  dans la bouche de Pierre-Jean Galdin. En l'espèce, celle-ci présente « une situation financière fragilisée », comme l’écrit le Trésor Public dans une analyse présentée le 17 juin 2020 aux administrateurs de l’école.

Fin 2018, la dette cumulée de l’établissement était de 24,5 millions d’euros (+55% sur quatre ans avec un ratio d’endettement « préoccupant » de 4,18 années), pour terminer de payer la construction du nouveau bâtiment aéré - mais surnommé la « Halle’catraz » par certains - de 9 650 mètres carrés sur l'île Beaulieu. Deux crédits ont été souscrits, à la Caisse des Dépôts et Consignation et à La Banque postale plus une avance de 3,7 millions d’euros de… Nantes Métropole.        

Et là encore, la collectivité n’hésite pas à faire un geste. En effet, à ce jour, l’école aurait déjà dû lui rembourser 2,3 millions d’euros si elle avait respecté l'échéancier sur trois ans fixé au départ (avec un remboursement total en 2020). Or, grâce à une renégociation, elle n’a versé pour le moment que 780 000 euros, la Métropole acceptant de patienter jusqu'en 2021, « pour tenir compte des décalages dans la perception des recettes, à la fois des financeurs et du remboursement de la TVA », explique-t-elle.       

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De manière générale, les Finances publiques constatent une « évolution défavorable des charges et des produits ». Les premières augmentent continuellement (+13 % de 2016 à 2018, +1,61 % a minima entre 2018 et 2020, selon nos calculs), plombées par les charges de personnel et les charges générales. Même si Pierre-Jean Galdin préfère relever « les efforts consentis par les salariés ». Quant aux secondes, elles progressent moins vite, à l’image des subventions des collectivités (3,84 millions d’euros par an venant de Nantes, Ville et Métropole et 0,53 de Saint-Nazaire) et surtout d’un auto-financement reposant à 98% sur les droits d’inscriptions des étudiants.

03d_AF ESBANSN 2019-5-7 Situation financière

La défaillance des administrateurs

Pourtant, la lecture attentive des compte-rendus des conseils d'administration laisse apparaître une grande mansuétude des administrateurs à l’égard du directeur de l’école. À se demander qui commande qui. « Soit ils n’y connaissent rien, soit ils ne s’y s’intéressent pas ou sont carrément absents », regrette amèrement l'un d'eux. Un exemple, parmi d’autres : la chef de file de l’opposition municipale, Laurence Garnier, pourtant vice-présidente LR à la Culture de la Région Pays de la Loire en charge, n’y a pas mis les pieds pendant trois ans. « Cela devient alors des machines à entériner des décisions prises ailleurs. Il n’y a pas de débats et très peu de votes dissidents », généralise Kader Mokaddem, président de la Cneea.  

Extraits du PV CA Bx-Arts du 27 juin 2019

Nous n'avons conservé ici que quelques extraits du débat. Le document complet est consultable ici.

Depuis un an, un siège de représentant des enseignants (sur trois) est vacant à Nantes et Saint-Nazaire. Le symbole « d’une grande lassitude », selon plusieurs témoins interrogés par Mediacités. « Il y a déjà une sous-représentation des professeurs au sein des établissements publics de coopération culturelle contrairement aux universités. Alors comme voulez-vous qu’ils s’impliquent ? » appuie Kader Mokaddem. Côté personnels administratifs, « le directeur utilise deux armes : il achète et quand ça ne marche pas, il menace. Au final, tout le monde est pieds et poings liés », complète une source interne. La directrice administrative et financière (DAF), n°2 des Beaux-Arts sur le papier, vient par exemple de passer un an en arrêt maladie...

D’où le calme aux Beaux-Arts... sauf quand les élèves s'en mêlent. Comme à l’été 2018. Une nette augmentation des frais d’inscription est alors annoncée par un simple courriel aux étudiants français et étrangers de L3 et de M1. Alors qu’elle avait été décidée en conseil d'administration... sept mois auparavant. « On s’est pris ça dans les dents. Il y avait l’augmentation et surtout la manière de faire », se rappelle l’un d’eux. Un collectif estudiantin baptisé Crêpe (on est aux Beaux-Arts tout de même !) se monte pour s’y opposer. Il décortique les procès verbaux des conseils d'administration - ce que goûte peu le directeur -, tient deux AG puis monte une manifestation. C’est David Martineau lui-même qui, lors d’une inédite réunion en mairie mi-décembre 2018, mettra fin à l’agitation en annulant la hausse. 

Dans son rapport, la Chambre régionale des comptes souligne que « l’Ebansn se situe parmi les écoles territoriales d’art les plus chères, ces dernières ayant déjà en moyenne des tarifs supérieurs aux écoles nationales ». Soit 600 euros en licence, 900 euros en master et 2 940 euros en prépa publique pour un non-boursier français en 2020-2021. Onéreux ? Pierre-Jean Galdin le conteste : « On est aussi la moins chère pour ceux qui n’ont pas de moyens. Parce que le conseil d'administration a voté la mise en place d’un système unique en France de bourses à 7 échelons [soit de 75 à 490 euros en L1, NDLR] ». 15% des étudiants se trouveraient dans les échelons 7 à 5, les plus bas.

Vers une augmentation des frais d'inscription ?

En réalité, la véritable manne côté ressources propres de l’établissement sont les étudiants étrangers : 5 400 euros ou 4 200 euros l’année, avec ou sans cours de français. « Ils ne payent pas d’impôts en France et reçoivent des allocations. Je suis pour », justifie le directeur, qui évoque aussi « la concurrence internationale ». Selon un rapport du Ministère de la culture, on comptabilise 44% d’élèves étrangers sur les bords de Loire en 2018, de loin un record en France. Il devrait tomber à moins de 30% en 2020, crise du Covid-19 oblige.

Alors, face à cette perte de ressources, combien de temps le statu quo tarifaire va-t-il tenir ? Selon nos informations, la question a été à nouveau abordée, spontanément, par Pierre-Jean Galdin lors du dernier conseil d'administration de juin. « Il serait opportun d'augmenter les recettes avec une hausse des frais de scolarité », conseille crûment le Trésor Public dans son analyse de 2020. Tout en identifiant la « réduction sur les charges de fonctionnement » comme un « axe principal » d’amélioration de la situation financière de l’école.

Un conseil partagé par la Chambre régionale des comptes qui recommande pudiquement à l’Ebansn « de renforcer son contrôle interne, d’améliorer l’information produite au conseil d’administration ainsi que ses procédures en matière de commande publique ». Une préconisation que David Martineau n’est pas loin de partager. « Nous avions totale confiance dans les pratiques de Pierre-Jean », justifie l’ex-président, qui prévient : « Face à un directeur qui fait le job, soit on est dans le contrôle budgétaire dur et on chloroforme la ville, soit on fait confiance à l’innovation. Malgré tout, est-ce que les collectivités locales devraient être dotées d’un corps d’inspection ? Oui, c’est une évidence ! » 

En attendant l’hypothétique mise en place de ce garde-fou financier, le bientôt retiré-des-affaires Pierre-Jean Galdin l’a promis : toutes les recommandations de la Chambre régionale des comptes sont progressivement appliquées depuis un an à l'exception d'une seule (la prime de service public). D’ailleurs, un tableau de suivi est présenté à chaque conseil d’administration. Il demeure que, de l’absence de contrôle par les élus à la fragilité financière de l’école, c’est un lourd dossier dont hérite le communiste Aymeric Seassau, nouvel adjoint à la Culture de Johanna Rolland qui a pris la présidence des Beaux-Arts ce 25 septembre.

Des interlocuteurs qui ne répondent plus à nos appels ; un autre qui nous pose un lapin ; et tous qui requièrent l’anonymat le plus strict. Mener notre enquête à l’intérieur de l'École des beaux-arts Nantes Saint-Nazaire (Esbansn) n’a pas été des plus faciles. Nous avons néanmoins rencontré ou échangé avec plus d’une quinzaine de personnes ces derniers mois. Le directeur Pierre-Jean Galdin a tout de suite répondu favorablement à notre demande d’interview par courriel il y a deux semaines, sans passer par le service communication de l’école. Dans son bureau, il a répondu pendant plus d’une heure à nos questions en lançant en guise de conclusion : « Je sens qu’il va être personnalisé votre article. » Nous lui avons ensuite soumis par deux fois des questions complémentaires par courriels auxquels il n'a répondu que pour le premier d'entre eux.

Thibault Dumas  et  Antony Torzec
Franco-américain, je suis journaliste professionnel à Nantes depuis plus de dix ans, en radio puis en presse écrite, comme pigiste désormais. Je collabore avec Mediacités, édition nantaise, depuis la préparation de son lancement, en 2017. Je n'ai pas de spécialité en tant que telle mais j'enquête plutôt (seul ou en équipe) sur les montages fiscaux (Waldemar Kita, FC Nantes, Manitou, etc), la politique sous toutes ses formes, le social (Le Confluent, Centrale Nantes, Beaux-Arts de Nantes, etc) et un peu d'écologie (déchets, éoliennes de Nozay, etc). Pour me contacter : thibault.dumas@mediacites.fr.