Des prix de l’immobilier qui ont quasiment doublé en moins de cinq ans, des stocks de logements qui s’assèchent tandis que la demande ne ralentit pas ; des promoteurs qui appellent à construire plus, des élus qui n’y parviennent pas et des habitants qui se demandent s’ils pourront continuer à se loger et où leurs enfants iront habiter… A Nantes et dans sa métropole les conséquences de l’attractivité suscitent beaucoup d’interrogations. Dans le cadre d'une série d'articles sur le logement à Nantes, Mediacités a demandé à Hervé Patureau, expert à l’Agence d’urbanisme de l’agglomération nantaise (Auran) de revenir sur certaines d’entre elles.             

Bidule_carre_512pxSi on construit moins de logements, moins de gens viendront vivre à Nantes

Voilà qui semble d'une logique implacable. A laquelle ne répondent pourtant pas les mouvements de population. Depuis une dizaine d'années, Nantes Métropole attire en moyenne 9 000 nouveaux habitants par an. Soit, tout de même, près de 25 par jour... « Ce sont des choix individuels, analyse Hervé Patureau. Le jeu des entrées et sorties en Loire-Atlantique est surtout lié aux mobilités professionnelles – j’ai trouvé un emploi à Nantes ou à Saint-Nazaire – et à la formation. Ils viennent parce qu’ils en ont le droit, pas parce qu’on a construit des logements. Les politiques publiques n’y peuvent rien… »

Bidule_carre_512px La ville « déborde » sur la campagne

La poussée démographique ne concerne pas que Nantes Métropole. Toute la Loire-Atlantique est concernée. « Et toutes les communes sont dans le même bateau », résume Hervé Patureau. « Il n’y a guère que du côté de Châteaubriant et à l’Est d’Ancenis que la croissance est moins forte. Et encore, on est seulement dans la moyenne nationale… Bref, il n’y a pas vraiment de secteur en déprise sur le territoire. »

En Loire-Atlantique, le soi-disant « exode » post-Covid des urbains à la campagne ne s’est pas produit. Ou en tout cas, pas plus que depuis dix ans. « Après le creux du 1er confinement, il y a eu un énorme rebond, notamment sur l’achat de maisons. Mais là où la demande a le plus augmenté, c’est sur Nantes Métropole. » Bref, ce n’est pas tant Nantes qui déborde sur ses voisines que l’ensemble du département qui attire de plus en plus. Résultat, une bétonisation galopante, comme nous le décrivions dans de précédentes enquêtes et une artificialisation des sols difficile à endiguer.

Bidule_carre_512pxCe sont les Parisiens qui font flamber les prix

Les ex-Parisiens ayant refait leur vie à Nantes ne représentent que 0,6 % des nouveaux arrivants, selon Alain Raguideau, président du Club Immobilier Nantes Atlantique (Cina). S’ils arrivent souvent avec de gros moyens, pas de quoi expliquer néanmoins la hausse des prix. La mécanique des marchés immobiliers est infiniment plus complexe…

Bidule_carre_512px La crise du Covid a provoqué une crise du logement

Le ralentissement des chantiers inquiète les professionnels de l’immobilier nantais depuis… 2018. Et si 2020 a bien été déclarée « année blanche » pour la construction, la filière incrimine plus les élections municipales à rallonge que la crise sanitaire. Tous les professionnels de la construction savent qu’élection rime difficilement avec béton, et observent à chaque scrutin le même ralentissement… Comme le notaient les notaires de Loire-Atlantique en janvier 2021, la crise sanitaire n’a pas suscité le déferlement d’une vague de Parisiens sur le marché immobilier local. Mais le département – et notamment sa métropole – a continué d’attirer, comme il le fait depuis plus de dix ans. Ajoutez à cela un ralentissement de la construction neuve qui creuse un déficit déjà structurel et vous avez l’explication de la crise du logement actuelle.

Bidule_carre_512pxConstruire des logements neufs ne profite qu’aux riches qui peuvent les acheter

D’après l’Observatoire du logement en Loire-Atlantique, le prix moyen d’un logement neuf à Nantes Métropole était de 4 640 euros le mètre carré au premier semestre 2021 (4 880 euros le mètre carré à Nantes). Soit entre 12 % et 20 % plus cher que dans l’ancien, selon la commune concernée. « Construire plus permet de loger plus de monde », explique Hervé Patureau. Quand la construction ralentit alors que la demande augmente, « on déséquilibre le marché, ce qui conduit à une augmentation des prix, notamment dans l’ancien, par ricochet. In fine, cela favorise celui qui a les moyens… et ça pose la question de ce que deviennent les autres. » CQFD.


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