Après très exactement 18 ans de règne, Pierre-Jean Galdin quittera ce 31 janvier 2022 « son » école de l’allée Frida Kahlo, qui accueille environ 400 élèves encadrés par 70 salariés. « J 'ai 65 ans et je pense qu'il est temps aujourd'hui de vaquer à de nouvelles activités », indique le directeur lors du conseil d’administration de l’École des Beaux-Arts Nantes Saint-Nazaire (EBANSN) du 8 octobre dernier. Pas une surprise, car « PJG  » avait exprimé plusieurs fois en interne ses envies de retraite, avant de le confirmer à Mediacités, dans l'enquête que nous consacrions il y a un an à ses étonnants privilèges.

Ancien collaborateur de Jack Lang, l’Agenais aura posé son empreinte sur l’établissement, en l’internationalisant et en portant à bras le corps son coûteux ( 41,4 millions d’euros ) déménagement sur l’île de Nantes. Le tout au prix, de dérapages pécuniaires personnels et globaux importants - listés notamment en 2019 dans un rapport pimenté de la Chambre régionale des comptes des Pays de la Loire – et sous les yeux amoureux et permissifs des 24 administrateurs de l’école – dont onze élus nantais et deux nazairiens.            

« Une situation financière très fragile »

S’il part sous les louanges de sa tutelle (lire plus bas), Pierre-Jean Galdin laisse l’école dans une situation alarmante. Validé lors du dernier conseil d’administration, le rapport comptable 2020 de l’EBANSN met en lumière une « situation financière très fragile ». Les pertes nettes de l’établissement s’élèvent à 1,14 million d’euros sur l’année et la trésorerie est réduite à 205 000 euros (contre encore 3,2 millions d’euros en 2018).

« Les résultats de l’année 2020 s’expliquent par la crise sanitaire qui a conduit notamment à une baisse des droits d’inscription [en montant global perçu, NDLR]. Cependant, la collectivité est invitée à poursuivre la maîtrise des dépenses de fonctionnement pour redresser la situation. La trésorerie est très faible et le fonds de roulement est insuffisant pour couvrir les dépenses courantes », lit-on dans ce document qu’a pu consulter Mediacités [voir ci-dessous]. L'école ne peut couvrir que 10 jours de dépenses réelles de fonctionnement quand le seuil de sécurité préconisé est de 60 jours.

AR-03_Annexe3RapportComptableEBANSN 2020

Bref, bon courage à celui ou à celle qui succédera à Pierre-Jean Galdin. Le processus est en cours et six noms ont d’ores et déjà été présélectionnés par le conseil d’administration, après un appel à candidatures publié cet été. Début novembre, chaque candidat a présenté son projet devant un jury. Les administrateurs doivent désormais faire un choix définitif ce vendredi 26 novembre, à la majorité des deux tiers (Mise à jour du 29 novembre : le conseil d'administration devant statuer sur le nom du futur directeur a finalement été repoussé au 7 décembre).

Alors, qui pour succéder à l’emblématique patron des Beaux-Arts de Nantes ? La locale de l’étape se nomme Rozenn Le Merrer, qui a travaillé pendant 14 ans dans l’école avant d’en devenir n°2 de 2017 à 2020. « Un poulain du futur ex-directeur, qui a dû bien préparer le dossier, note un connaisseur des arcanes de l’établissement. Elle a un profil rassurant pour la Métropole et est plutôt appréciée en interne. Mais le costume est peut-être un peu grand pour elle. Et on reste dans une cuisine familiale. » Autre écueil : Rozenn Le Merrer a été recrutée il y a un an comme secrétaire général d’un Institut d’études avancées (IEA) de Nantes en pleine tempête, et qui n’a pas forcément les moyens de s’offrir un nouveau jeu de chaises musicales à sa tête.

« Il y aura un avant et un après dans cette école »

Face à elle, Rozenn Le Merrer trouve quelques concurrents de poids. Parmi eux, Stéphane Sauzedde, directeur de l’École supérieure d'art Annecy Alpes (Esaaa) depuis une décennie et co-président de l’Andéa (Association nationale des écoles supérieures d’art). « Il a une reconnaissance nationale - voire internationale - dans les ministères et il a redressé Annecy », fait valoir la même source.

Sa consœur Odile Le Borgne, directrice à Rennes de l’École européenne supérieure d'art de Bretagne (Eesab) se trouve aussi sur cette short list. Tout comme Benoit Bavouset, un proche de Roselyne Bachelot, qui vient cependant d’être nommé chargé de mission responsable de la crise covid au ministère de la Culture, rue de Valois. Côté artistes, plutôt franciliens, le plasticien Matthieu Laurette et une designeuse* postulent également.

Quel que soit son ou sa successeur(e), Pierre-Jean Galdin part sous les louanges, sans nuances, de ses administrateurs/employeurs. « Il y aura un avant et un après dans cette école. Et je voulais aussi solennellement que possible exprimer toute ma gratitude, notre gratitude je l’espère, à Pierre-Jean pour son action », complimente le président du conseil d'administration, l’adjoint (PCF) nantais à la culture Aymeric Seassau, lors de la séance du 8 octobre dernier. Les finances publiques sont, elles, sans doute un peu moins reconnaissantes. Mais c'est apparemment une autre histoire.

* Mise à jour du 26 novembre 12h20 : à la demande du candidat, nous avons retiré son nom de notre article.


Lire nos précédentes enquêtes sur les Beaux-Arts de Nantes

Thibault Dumas
Franco-américain, je suis journaliste professionnel à Nantes depuis plus de dix ans, en radio puis en presse écrite, comme pigiste désormais. Je collabore avec Mediacités, édition nantaise, depuis la préparation de son lancement, en 2017. Je n'ai pas de spécialité en tant que telle mais j'enquête plutôt (seul ou en équipe) sur les montages fiscaux (Waldemar Kita, FC Nantes, Manitou, etc), la politique sous toutes ses formes, le social (Le Confluent, Centrale Nantes, Beaux-Arts de Nantes, etc) et un peu d'écologie (déchets, éoliennes de Nozay, etc). Pour me contacter : thibault.dumas@mediacites.fr.