«Une nouvelle ambition pour les déchets d’ici 2030 »… Voilà ce que Mahel Coppey, vice présidente (EELV) de Nantes Métropole chargée des déchets et Pascal Bolo, son homologue (PS) chargé des finances, étaient venus présenter à la presse mercredi 1er décembre, en prévision du conseil métropolitain qui se tiendra à la fin de la semaine prochaine. En réalité, c’est un faire-part de décès que les deux élus ont présenté : celui de Tri’Sac, le système de collecte presque unique en son genre utilisé dans l’agglomération nantaise depuis 2006 et dont Mediacités avait décrit les ratés il y a près de deux ans.       

« Quand on va voir les habitants, ils nous disent que c’est trop complexe et trop contraignant. Un changement s’avère nécessaire », concède ainsi Mahel Coppey après avoir présenté le nouveau seau à compost qui sera distribué d’ici trois ans à l’ensemble des Nantais. Un nouvel accessoire qui n’aura donc pas suffi à cacher l’abandon à venir des fameux sacs bleus et jaunes utilisés par huit nantais sur dix (les autres trient en poubelles jaunes ou bleus « classiques ») et dont l’annonce était pourtant reléguée dans les dernières pages du document distribué à la presse.

« Il faut un système plus économe »

Il devenait difficile de faire autrement. Les résultats de  l’étude commandée par la Métropole en début de mandat sont en effet très sévères et sans appel. Ils confirment non seulement les « ratés » listés par Mediacités il y a deux ans – et repris par les concurrents de Johanna Rolland lors des élections municipales – mais ils vont même plus loin. Un chiffre symbolise cet échec : via les bacs, 51 kilos de déchets recyclables sont collectés en moyenne par an et par habitant. Avec Tri’Sac, ce chiffre tombe à 17,2 kilos (quand l’objectif était de 45 kilos). Soit une efficacité presque trois fois moindre, alors même que moins de 10 % des déchets récoltés en sacs de couleurs partent au recyclage.         

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Sacs Tri'Sac à l’usine de traitement des déchets Alcéa de la prairie aux Mauves. Photo : Thibault Dumas

L’audit commandé par la collectivité révèle quelques-unes des raisons de cet échec. On apprend par exemple qu’un habitant de la métropole sur six ne sait pas qu’il est concerné par Tri’Sac. 35 % d’entre eux achètent même dans le commerce d’autres sacs que ceux prévus dans le dispositif. Et quand bien même ils utilisent les bons – de couleur jaune, on trouve encore à l’intérieur 6,5 % de verre... Bref, aussi ingénieux soit-il, le système ne fonctionne pas. Si au moins il coûtait moins cher au contribuable. Mais même pas : la déroute de Tri’Sac est aussi financière.

En 2020, nous parlions d’un surcoût d’au moins 1,6 million d’euros par an pour (hors investissement de départ, dans le système de tri optique de l’usine Alcéa de la prairie de Mauves par exemple). Nous étions encore loin du compte. En réalité, il se situe plutôt entre 2,5 et 3 millions d’euros (hors taxe), affirme l’étude. Soit un coût net total d’environ 50 millions d’euros sur 15 ans, selon nos calculs (pour rappel, le budget annuel du service déchets est de 75 millions d’euros).

« L’investissement et les surcoûts de départ sont amortis », assure néanmoins Pascal Bolo. « Il faut un système plus économe. Et c’est le moment ad hoc », ajoute-t-il. Et pour cause : la délégation de service public (DSP) d’Alcéa prend fin en octobre 2024, soit à la date à laquelle Tri’Sac devrait être définitivement abandonné.

Des bacs pour tous en 2024

Un changement de ton du côté du PS et de ses élus, qui ont longtemps défendu ce système hérité des années Jean-Marc Ayrault. « Ce mode de collecte a été choisi pour rationaliser le nombre de poubelles sur l'espace public dans les quartiers d'habitat dense », défendait ainsi auprès de Mediacités l’ex-vice-présidente aux déchets, Michèle Gressus, en janvier 2020. Pour l’élue le système n’avait besoin que de simples « points d'amélioration ». A contrario, l'abandon de Tri'Sac constitue une petite victoire pour les écologistes, qui critiquaient vertement le dispositif durant la campagne municipale.

Le faire-part envoyé, reste maintenant à organiser la succession. Et notamment à harmoniser la collecte en poubelles bleues et jaunes sur toute la métropole. Ce qui ne devrait pas être une mince affaire. « Un travail assez énorme, confirme Mahel Coppey. On va essayer de tenir les délais ». Car les Nantais n'abandonneront pas tout de suite leurs sacs jaunes et bleus. L’arrêt de Tri’Sac sera d’abord expérimenté pendant six mois à Nantes Nord, avant d’être étendu à l’ensemble de la ville « entre la fin de l’année 2023 et la fin du premier semestre 2024 », en finissant par le centre-ville. Des agents métropolitains sillonneront les rues pour faire de la pédagogie autour du nouveau dispositif, en même temps qu’ils présenteront la nouvelle filière de traitement de biodéchets et ses seaux à compost.        


Retrouvez nos précédentes enquêtes sur le traitement et le recyclage des déchets à Nantes et dans sa métropole

Thibault Dumas
Franco-américain, je suis journaliste professionnel à Nantes depuis plus de dix ans, en radio puis en presse écrite, comme pigiste désormais. Je collabore avec Mediacités, édition nantaise, depuis la préparation de son lancement, en 2017. Je n'ai pas de spécialité en tant que telle mais j'enquête plutôt (seul ou en équipe) sur les montages fiscaux (Waldemar Kita, FC Nantes, Manitou, etc), la politique sous toutes ses formes, le social (Le Confluent, Centrale Nantes, Beaux-Arts de Nantes, etc) et un peu d'écologie (déchets, éoliennes de Nozay, etc). Pour me contacter : thibault.dumas@mediacites.fr.