Des Pyrénées ariégeoises aux Iles Vierges Britanniques, il n'y a qu'un pas. Variscan Mines, start-up française à capitaux australiens, a décroché en février dernier un permis exclusif de recherche minière pour gratter les sous-sols du hameau de Salau, à la recherche d'un des plus gros filons mondiaux de tungstène. En mai 2017, Mediacités a déjà raconté en détail cette opération qui sent le soufre. Mais dans ce dossier, on va de surprise en surprise !

Pour engager les travaux de recherches actuellement en cours, Variscan Mines a tissé un partenariat de joint-venture avec la société Juniper Capital Partners. Laquelle a promis de poser 25 millions d'euros sur la table. Ce que nous ne savions pas à l'époque, c'est que le nom du directeur général de Juniper Capital Partners, Shahzad Ashfaq, apparaît dans les Panama Papers. Les Panama Papers ? Une fuite de plus de 11,5 millions de documents confidentiels détaillant des informations sur plus de 214 000 sociétés offshore, consultables en ligne depuis 2016 grâce au Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ). Shahzad Ashfaq apparaît comme actionnaire d'une société spécialisée dans l'exploitation de mines d'or nommée Touchstone Gold Limited, créée en 2009 et radiée en 2013. Cette société était enregistrée aux Iles Vierges Britanniques, autrement dit dans un paradis fiscal.

Il n'est pas le seul protagoniste du dossier à apparaître dans la base de données : Nigel Maund, ancien directeur du développement de Variscan Australie, y figure lui aussi. En 2014, il a ainsi pris des parts dans Phoenix Global Mining Ltd, société d'exploration minière créée en 2013, toujours active, et enregistrée aux Iles Vierges Britanniques. Dans les Panama Papers, l'adresse utilisée par Nigel Maund à l'occasion de son entrée au capital de Phoenix Global Mining Ltd est celle de la société Arcturus Geoconsult, une boite de conseil fondée en mars 2013, domiciliée en France... et plus précisément en Ariège, dans la maison familiale de Michel Bonnemaison à Dun, un village de 500 habitants ! Pour mémoire, Michel Bonnemaison est la figure emblématique du dossier de Salau, l'homme qui pousse à la réouverture de la mine. Ancien directeur général de Variscan Mines France, il est aujourd'hui à la tête de plusieurs entités (e-Mines, Les Mines du Salat, Ariège Tungstène), toutes domiciliées à Dun en Ariège, aux côtés de Arcturus Geoconsult.
Il faut aussi rappeler que Juniper Capital Partners, la société qui devait financer les travaux de recherche à Salau en Ariège, est elle-aussi domiciliée dans les Iles Vierges Britanniques. Quand le ministère de l'industrie s'en est aperçu, il a tiqué et a demandé qu'on trouve un autre financeur, moins sulfureux. Variscan a alors fait croire qu'elle avait trouvé une solution de remplacement en sortant de sa manche Apollo Minerals. Sauf que le principal actionnaire de ce nouveau venu se nomme... Juniper Capital Partners. Priée de prendre la porte par l’Etat, cette boîte sulfureuse est donc revenue par la fenêtre.

Les responsables de l'industrie minière semblent aimer particulièrement le sable blanc et les eaux turquoises des Iles Vierges Britanniques... A moins que ce soit le taux d'imposition de 0% sur les revenus, les entreprises, les bénéfices, les dividendes, les plus-values et les successions qui les attirent ainsi inéluctablement dans ce petit archipel des Antilles ?