D’abord quelques chiffres : Veolia fixe le prix du mètre cube d’eau dans la métropole Toulousaine à 1,54 euros, et Suez estime l’assainissement du mètre cube à 1,37 euros - soit un total de 2,91 euros. Si ces deux services étaient gérés en régie publique, on atteindrait 3,46 euros. Ce qui fait une différence de 0,55 euros entre l'eau privée et l'eau publique. Ce très net écart a constitué le principal argument avancé par le président de Toulouse Métropole Jean-Luc Moudenc (LR), le 15 novembre, au moment de révéler son choix de confier en délégation de service public (DSP) l’eau à Veolia et l’assainissement à Suez. Cette décision doit prendre effet le 1er mars 2020. Le président de Toulouse Métropole ajoute que l’abonné de la ville rose déboursera en moyenne 120 euros de moins par an. Dans les 36 autres communes, l’économie serait de 40 à 250 euros.

Les partisans de la régie publique, toujours mobilisés, se demandent comment Veolia et Suez peuvent proposer des tarifs aussi bas. Si l'entreprise Veolia peut revoir à la baisse son prix (-25%), pourquoi ne l’a-t-il pas fait plus tôt, elle qui gère l’eau à Toulouse depuis 1990 ? Veolia et Suez ont même accepté de réduire leur marge bénéficiaire de 3 à 1%. Comment expliquer ce prodige ? En faisant jouer une double concurrence, entre DSP et régie, entre Veolia et Suez, répond Jean-Luc Moudenc. Veolia, qui contrôle le marché de l’eau à Toulouse, étendrait son emprise à l’ensemble de la métropole : 760 000 habitants… et davantage encore dans les années à venir. Si sa marge est plus réduite, Veolia peut espérer se rattraper sur les volumes.

Les partisans de la régie (le collectif Ô Toulouse et les élus de gauche), pas convaincus par l’explication du président de la métropole, ont remarqué quelques bizarreries. Ainsi le prix de l’assainissement est inférieur au prix de l’eau, ce qui est inhabituel. En outre, c’est Pierre Trautmann, vice-président de la métropole, qui a conduit les négociations avec les candidats à la DSP. Or en 1990 ce même Pierre Trautmann, alors directeur général des services sous l’ère Baudis, avait déjà négocié la concession avec Veolia, appelé à l’époque Générale des eaux. 

Des soupçons de conflits d’intérêts planent en outre sur la procédure. Comme l’a révélé Mediacités le 24 avril, Dominique Faure, vice-présidente de Toulouse Métropole, occupe la fonction de senior advisor dans le cabinet d’audit Grant Thornton, qui conseille la même Toulouse Métropole dans ce dossier. Elle a aussi été directrice du développement chez Veolia de 2006 à 2013. Le 15 novembre, l'élu écologiste Antoine Maurice, révèle par ailleurs que Cabanes-Neveu, autre société qui conseille la métropole, a travaillé pour Veolia dans un autre dossier. Réponse de Pierre Trautmann : Veolia représente à peine 0,7% du chiffre d’affaires de Cabanes-Neveu.

https://twitter.com/MediacitesTlse/status/1011508048148516864

Comment Veolia peut-il baisser ses tarifs tout en doublant le rythme de renouvellement des conduites d’eau, qui sera porté à 0,8% par an ? Les partisans de la régie accusent Veolia et Suez de présenter des prix « insincères ». « Nous avons fait des vérifications », rétorque Naldeo, la troisième société conseillant la métropole. Le contrat avec les deux groupes présente des clauses de revoyure, c'est à dire la possibilité d’augmenter leurs prix même si ceux-ci sont encadrés. Les tarifs en délégation de service public seront-ils encore inférieurs à ceux de la régie au bout de cinq ou dix ans de contrat ?

Des élus de l’opposition demandent aujourd’hui l’accès à tous les documents portant sur les négociations avec Veolia et Suez. Pierre Trautmann assure qu’ils seront disponibles à partir du 28 novembre, deux semaines avant le vote sur la gestion de l’eau, le 13 décembre à Toulouse Métropole. Le résultat de ce vote ne fait guère de doute : la majorité de droite devrait approuver le choix de Jean-Luc Moudenc. Cela ne refermera pas le dossier. Des associations d’usagers et de lutte contre la corruption annoncent leur intention de déposer plainte au pénal et devant le tribunal administratif. Cette histoire d’eau n’a pas fini de faire des remous.