Ca sent le sapin pour le Matou. Aucune annonce officielle n’a filtré, mais l’avenir du petit musée toulousain de la rive gauche semble très incertain. Le Musée de l’Affiche de Toulouse avait rouvert en avril 2017 , après deux ans de travaux de rénovation et d'agrandissement financés par la mairie à hauteur de 793 360 euros. Mais en quelques mois, le bâtiment s’est presque entièrement vidé de ses occupants. Et ce, dans la plus grande discrétion...  

Tout commence début 2020 lorsque l’ancienne directrice Sonia Gaja, qui travaille au Matou depuis 1995 et occupe le poste de directrice depuis dix ans, est affectée à un autre service de la direction de la culture, pour cause de difficultés managériales. Cette procédure de mutation d’office est engagée par la direction des musées après deux déclarations d’accidents de service par deux agentes qui dénoncent leurs mauvaises conditions de travail. Selon nos informations, l’une est toujours en arrêt maladie, tandis que l’autre a été placée dans un autre musée.

Une enquête interne, diligentée en 2019, suite « au constat de dysfonctionnements dans la structure » pointe l’absence de « projet collectif », d’« objectifs définis » à atteindre et une équipe « hétérogène et en conflit » depuis 2011. Une première enquête interne avait été menée en 2013 à l'issue de laquelle la directrice Sonia Gaja avait été confortée. Six ans plus tard, le rapport signé le 2 décembre 2019 par le directeur général de la culture de la mairie de Toulouse François Lajuzan, préconise de changer de postes quatre agents, dont la directrice.

Pas de direction et une équipe réduite

Priée de partir en 2020, Sonia Gaja conteste son affectation comme « responsable des études et de la mise en œuvre opérationnelle d’un portail d’information et de billetterie culturelle et touristique », qui ne correspond pas, selon elle, à ses compétences. La directrice engage alors une procédure en référé au tribunal administratif de Toulouse. Obtenant gain de cause en mars 2020, elle est mutée à un nouveau poste dépendant de la direction des ressources, un service de la direction générale de la culture.

À son départ du Matou, une contractuelle aurait été embauchée pour trois mois, afin de s’occuper du lancement de l’exposition « Sécurité au travail », qui s’est clôturée à la fin de l’été. Mais jusqu’à aujourd’hui, personne n’a été recruté pour reprendre la direction du musée. La gestion des affaires courantes du Matou a été confiée depuis près d’un an à Marie Bonnabel, la directrice adjointe de la direction des musées, en plus de ses responsabilités au Couvent des Jacobins.

Selon nos informations, sur les 13 agents qui composaient l’équipe début 2019, il n'en restait que cinq pour assurer les postes de surveillants et de caissiers. Les sept autres employés sont partis à la retraite, en arrêt maladie, en mobilité, en disponibilité ou ont été mutés dans d’autres musées municipaux.

Une boutique éphémère avant la suppression ?

La salle d’exposition de 85 m² a accueilli, à partir de septembre 2020, une boutique éphémère des musées et monuments de Toulouse, au moment où les expositions étaient pourtant autorisées selon les règles sanitaires en vigueur. Cette boutique (toujours annoncée sur la devanture du lieu) vendait des livres, des objets de décoration, des jouets et bijoux inspirés des collections du Musée des Augustins, du Musée Saint-Raymond, du Musée Paul-Dupuy, du Musée Georges Labit, du Musée de l’Affiche de Toulouse, de la Galerie du Château d’eau, du Couvent des Jacobins mais aussi du Castelet de l’ex-prison Saint-Michel. Des articles déjà vendus dans chacun des musées concernés. « Cette boutique éphémère s’inscrit dans la tradition des braderies régulièrement organisées par le musée de l’Affiche entre deux expositions temporaires », précisait la mairie dans un communiqué du 30 septembre.

Cette boutique a été repliée dès début janvier, sans annonce d’une quelconque programmation à venir. « Elle n’a pas marché car personne ne connaissait son existence », nous explique un agent, avec lequel nous avons pu nous entretenir derrière les grilles fermées du Matou. Réduite à peau de chagrin, l'équipe s'interroge sur son avenir. « Tous les jours, on ouvre notre boîte mail et on est dans l’attente. C’est compliqué », soupire le même agent. Une représentante du syndicat Sud Collectivités territoriales est formelle : « La suppression du Matou est en cours. La direction de la culture voulait faire le ménage pour le fermer ensuite. Voici encore un exemple d’argent public gaspillé. »

Interrogé sur l'avenir du musée et de ses employés, Pierre Esplugas-Labatut, l’adjoint en charge des musées, n'a pas souhaité nous répondre oralement. « Le Matou a connu une phase d’observation qui a conduit, sous la coordination de la Direction des musées, à une décision de réorganisation, explique cependant l’élu par écrit. Il est ainsi envisagé de le rattacher au cabinet d’arts graphiques du Musée Paul-Dupuy, conformément aux recommandations de la Direction régionale des affaires culturelles. Parallèlement, un important travail, assuré par un conservateur et deux chargés des collections, est mené sur le fonds graphique en vue d’obtenir la labellisation du Matou en Musée de France. »

La mairie assure que deux expositions sont prévues pour l’année 2021. Si la situation sanitaire le permet, la première, organisée par le Centre d’Art Nomade, sera dédiée en février-mars à Guy Bourdin, célèbre photographe de mode et de la publicité. « Le musée est actuellement fermé précisément pour procéder au montage de l’exposition », assure Pierre Esplugas-Labatut. La deuxième s’inscrira dans le cadre du Festival d’art contemporain le Printemps de Septembre.

Armelle Parion
Armelle Parion collabore avec Mediacités Toulouse depuis octobre 2018, enthousiaste d’avoir trouvé un média qui fait la part belle aux enquêtes. Correspondante pendant neuf ans pour le Parisien-Aujourd’hui en France, elle a aussi travaillé pour la radio (Radio France, Radio Solidaire) ainsi que des supports économiques (Touléco) et culturels (Lettre du spectacle).