Près d’un an après la fermeture administrative de ses locaux toulousains, rue Ferdinand Lassalle, l’horizon s’éclaircit enfin pour Mix’Art Myrys. La Ville de Ramonville a confirmé sa volonté d’accueillir le collectif d’artistes sur son territoire.

L’emménagement n’aura pas lieu avant courant 2022. Il faut d’abord chiffrer les travaux, grâce à une étude financée par le Conseil départemental, qui sera lancée prochainement. Puis réunir les partenaires financiers, au premier rang desquels le département et la Région. « La communauté de communes du Sicoval a aussi déclaré son intérêt pour notre venue. Peut-être qu’on sollicitera aussi l’État », précise le coordinateur de Mix’Art Myrys, Joël Lécussan.

 « Nous avons indiqué au collectif qu’on souhaitait qu’il reste sur le territoire métropolitain et qu’on pouvait réfléchir à un accueil dans des locaux municipaux, mais une fois le bouclage financier terminé. Même si nous avons une forte volonté d’élargir la politique culturelle, nous n’avons pas les moyens de Toulouse Métropole », confirme le maire de Ramonville Christophe Lubac.

Parmi les arguments qui l’ont poussé à tendre la main au collectif d’artistes, figure le fait que celui-ci « appartient à l’histoire culturelle toulousaine, qui ne s’arrête pas aux frontières de Toulouse. On a déjà vécu le départ du Royal de Luxe à Nantes (dans les années 1980, NDLR) à cause des atermoiements de la mairie. Beaucoup de collectifs culturels ont été mis à mal, récemment le groupe Merci. La politique culturelle appartient à tous, et il faut préserver la diversité de l’offre et des publics sur notre territoire ».

Un bâtiment de 2000 m² dans le parc technologique du Canal

L’édile ne souhaite pas pour l'instant divulguer l’emplacement où s’établira le collectif. « La commune possède 55 000 m² de biens donc nous avons plusieurs possibilités ». Selon nos informations, le choix se porterait sur un bâtiment situé dans le quartier du parc technologique du Canal, non loin du Bikini et du CNRS. Déjà équipé des dispositifs incendie, le local devrait toutefois encore se mettre aux normes des établissements recevant du public. Il serait environ deux fois plus étroit que le hangar de 5000 m² de la rue Ferdinand Lassalle, mais possèderait un beau plateau de bureaux.

Une réduction de surface loin d'être insurmontable pour le collectif, car les 60 artistes et les dix associations présentes dans les locaux de Ponts Jumeaux ne suivront pas tous. Certains adhérents de Mix’Art Myrys ont opté pour une autre solution de repli. Ainsi, l’ancien pôle audiovisuel du collectif loue un nouveau lieu à Toulouse. « Avant même la fermeture administrative, certains avaient la perspective de partir et une nouvelle génération d’artistes arrivait, comme le créateur sonore Vincent Gest ou la plasticienne Ambre Muller », explique Joël Lécussan.

« On aimerait savoir combien coûtera cette opération. La taxe foncière vient d’augmenter de 18% alors que les caisses sont vides »

En revanche, l’emménagement de Mix’Art Myrys sur la commune de 15 000 habitants fait déjà grincer des dents l’opposition, qui pointe « des finances publiques pas vraiment au beau fixe »  et une offre culturelle déjà suffisante sur la commune. « On aimerait savoir combien coûtera cette opération. La taxe foncière vient d’augmenter de 18 % alors que les caisses sont vides. On a déjà le Bikini et Arto (le festival de théâtre de rue de Ramonville, NDLR). De plus, nous n’avons pas été consultés », tempête la conseillère municipale d’opposition LREM Sylvie Brot.

« Nous n’avons pas été sollicités par l’opposition alors que nous avons évoqué le sujet en commission », rétorque Christophe Lubac. Le maire se veut rassurant, évoquant à demi-mot la perspective d’un loyer qui serait versé à la commune : « Nous avons des immeubles de rapport , avec lesquels l’idée est de ne pas perdre d’argent. Même si on est prêt à faire un effort, on ne pourra pas être dans le gracieux. D’où l’importance d’un bouclage financier avec les autres collectivités tant pour l’investissement que pour le fonctionnement ».        

Quelle que soit l’échéance de son déménagement, le collectif n'abandonne pas sa procédure judiciaire à l’encontre de la métropole toulousaine, en prolongement de la mise en demeure lancée avant l’été. « Mais on ne pouvait pas se contenter de cette temporalité judiciaire. Il nous semblait indispensable de redéployer un projet tangible, explique Joël Lécussan. Avec le projet ramonvillois, on retrouve notre liberté d’action ».

Armelle Parion
Armelle Parion collabore avec Mediacités Toulouse depuis octobre 2018, enthousiaste d’avoir trouvé un média qui fait la part belle aux enquêtes. Correspondante pendant neuf ans pour le Parisien-Aujourd’hui en France, elle a aussi travaillé pour la radio (Radio France, Radio Solidaire) ainsi que des supports économiques (Touléco) et culturels (Lettre du spectacle).